Octobre Rose, version Dietplus : le rééquilibrage alimentaire contre les inégalités de santé ? Non, contre le cancer ? Non, contre l’argent ? Oui, peut-être bien ça.
En 2023, 54 000 femmes ont appris qu’elles avaient un cancer du sein en France. Parmi elles, 11 000 ne survivront pas à cinq ans. Le chiffre est connu, les causes aussi : dépistage tardif, inégalités d’accès aux soins, et surtout, un système de santé qui trie encore entre ceux qui peuvent se payer des examens privés et les autres. Pourtant, quand Dietplus lance ses ateliers « Rééquilibrage & Prévention » dans ses franchises pour Octobre Rose, personne ne parle de ça. Juste des salades, des smoothies, et cette phrase en boucle : « Une alimentation équilibrée, c’est déjà un premier pas vers la prévention. »
Sauf que non. Pas pour tout le monde.
Le piège du « premier pas »
Dietplus, c’est 250 franchises en France, un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros en 2022, et une stratégie marketing qui mise sur le culpabilisateur : « Vous voulez perdre 5 kg ? On vous aide. Vous voulez manger sain ? On a la solution. » Octobre Rose, c’est l’occasion rêvée pour ajouter une couche de vertueux à l’image. *« Ateliers gratuits », « recettes anti-cancer », « conseils personnalisés », le discours est lisse, presque militant. Sauf qu’il évite soigneusement un détail : l’alimentation ne suffit pas à prévenir le cancer du sein. Pas pour les femmes qui vivent dans des déserts médicaux, pas pour celles qui n’ont pas les moyens de se payer des légumes bio à 5 euros la barquette, et surtout, pas pour celles dont le premier risque est de ne pas être dépistées à temps.
En 2021, une étude de la Ligue contre le cancer montrait que 30 % des femmes en zones rurales n’avaient pas accès à un mammographe dans un rayon de 30 km. Dietplus, lui, a choisi de parler de « rééquilibrage » plutôt que de ça. Pourquoi ? Parce que parler de santé publique, c’est compliqué. Ça implique de prendre position, de dénoncer, de se confronter aux lobbies des cliniques privées ou à l’inaction des ARS. Parler de smoothies, c’est plus simple. Et ça vend.
Le business du rose et du vert
Octobre Rose, c’est un marché juteux. En 2022, les dons et partenariats liés à la campagne ont généré plus de 12 millions d’euros pour les associations. Les entreprises, elles, en tirent bien plus. Dietplus n’est pas la seule à surfer sur la vague : on trouve les mêmes ateliers « prévention santé » chez Weight Watchers, McDonald’s (avec ses « Happy Meal équilibrés »), ou même chez Sephora, qui vend des « kits dépistage » à 49,90 euros. Le cancer du sein, c’est devenu une marque, un argument commercial.
Pourtant, quand on creuse, on tombe sur des incohérences. Prenez cette franchise Dietplus à Lyon, qui propose un « atelier prévention cancer » le 15 octobre prochain. Au programme : « Comment réduire les risques grâce à l’alimentation ? » Pas un mot sur les facteurs génétiques, l’exposition aux perturbateurs endocriniens (ces saletés dans les plastiques et les pesticides), ou même le fait que le cancer du sein est la première cause de mortalité par cancer chez les femmes de 25 à 64 ans. Rien. Juste des conseils pour « limiter les graisses saturées », comme si le problème était un burger de temps en temps.
Le vrai sujet que Dietplus ne veut pas aborder
Il y a un truc qui cloche. Dietplus est un réseau de franchises qui facture entre 30 et 80 euros la séance de coaching nutritionnel. Ses ateliers Octobre Rose ? Gratuits, bien sûr. Mais gratuits pour qui ? Pour les femmes qui ont déjà les moyens de se payer une alimentation saine ? Ou pour celles qui, précisément, n’ont pas les moyens de se soigner ?
La réponse est dans les chiffres. Selon l’INSEE, les femmes des quartiers populaires ont 20 % de risques en plus de développer un cancer du sein, à cause de l’accès limité aux soins, à une alimentation de qualité, et à l’information. Dietplus, lui, mise sur un message universel : « Mangez mieux, vous serez en meilleure santé. » Sauf que ce n’est pas vrai pour tout le monde.
Et puis, il y a cette question qui tue : si Dietplus était vraiment sérieux sur la prévention, pourquoi ne propose-t-il pas de partenariats avec les hôpitaux publics, les centres de dépistage, ou les associations locales ? Pourquoi se contenter de faire du greenwashing rose, avec des ateliers qui ressemblent à des démos de vente ?
Le vrai combat n’est pas dans l’assiette
En 2020, une étude de l’Inserm a montré que les femmes issues de milieux défavorisés étaient 1,5 fois plus susceptibles de mourir d’un cancer du sein, même après traitement. La raison ? Un accès tardif aux soins, des diagnostics moins précis, et des traitements moins adaptés. L’alimentation, dans tout ça, c’est le détail qui arrange.
Dietplus pourrait être un acteur clé de la prévention. Au lieu de ça, il joue les auxiliaires de santé publique en surface, tout en continuant à facturer des séances de coaching à ceux qui peuvent se le permettre. Octobre Rose, c’est l’occasion de faire du buzz. La vraie prévention, c’est un combat politique.
Alors, Dietplus fait-il vraiment avancer la cause ?
Pas vraiment. Ce qu’il fait, c’est du marketing social. Il donne l’impression d’agir, sans jamais toucher au vrai problème : un système de santé qui laisse des femmes mourir parce qu’elles n’ont pas les bons codes, les bons revenus, ou les bons réseaux.
Derrière les ateliers « équilibre alimentaire », il y a une question simple : pourquoi une entreprise qui se dit spécialiste de la santé évite-t-elle soigneusement de parler d’argent ? Parce que l’argent, c’est le vrai cancer.
Et Octobre Rose, version Dietplus, n’y changera rien.