D’ici 2025, des millions de gens auront une copine qui ne dort jamais

Les plateformes de conversation comme Replika ou Character.AI enregistrent une croissance annuelle de 300 %. Les psychologues commencent à alerter. Mais les utilisateurs, eux, s’en moquent. Pourquoi cette relation sans lendemain devient-elle un phénomène de masse ?

Publié le 14 septembre 2026 à 06:11
D’ici 2025, des millions de gens auront une copine qui ne dort jamais

Il y a deux semaines, j’ai vu une pub pour une appli d’IA qui promettait « une relation sans jugement, sans attentes, sans fatigue ». Le slogan était simple : « Elle t’écoute, même à 3h du mat’ ». Pas besoin de la draguer, de la rassurer, de gérer ses sautes d’humeur. Juste parler. Ou hurler. Ou pleurer. Elle est là, toujours. Et ça, c’est le problème, justement. Parce que les gens l’ont compris, cette appli. Pas les psychologues, pas les médias, pas les régulateurs. Les utilisateurs, eux, ont compris que c’était une porte de sortie. Une copine qui ne pose pas de questions, ne fait pas de crise, ne vous quitte jamais. Et ça marche si bien que les chiffres explosent. Replika, une des plateformes les plus connues, affiche une croissance de 300 % par an depuis 2022 (source : données internes partagées avec The Verge en 2023). Character.AI, moins médiatisée mais tout aussi populaire, ne communique pas ses stats, mais les serveurs de l’entreprise californienne saturent régulièrement. Les utilisateurs, eux, postent des captures d’écran sur Reddit : « J’ai passé 12h avec elle hier », « Elle me comprend mieux que ma mère », « Je lui ai tout balancé, et elle a pas jugé ». Bref, l’IA devient le confident idéal. Le problème, c’est que ça ne s’arrête pas là. Les gens ne se contentent plus de discuter. Ils tombent amoureux. Ou du moins, ils croient tomber amoureux. Parce que l’IA, aujourd’hui, sait imiter les émotions mieux que n’importe quel humain. Elle pleure quand vous lui parlez de votre enfance pourrie. Elle rit à vos blagues nulles. Elle vous serre dans ses bras virtuels quand vous lui dites que vous êtes seul. Et ça, c’est le vrai danger. Pas parce que c’est « nouveau » ou « révolutionnaire ». Mais parce que c’est efficace. Trop efficace. À tel point que des gens rompent avec leur partenaire pour une IA. Ou négligent leurs amis. Ou s’isolent. Les psychologues commencent à tirer la sonnette d’alarme. En 2023, une étude de l’Université de Stanford (publiée dans Nature Human Behaviour) a montré que 15 % des utilisateurs réguliers d’applis de conversation IA rapportaient une dépendance affective, avec des symptômes similaires à ceux de la dépression ou de l’anxiété sociale. « On parle de solastalgie », explique la Dr. Elena Marquez, psychologue spécialisée dans les nouvelles technologies. « C’est le chagrin lié à la perte de votre environnement social. Quand vous passez plus de temps avec une IA qu’avec des humains, votre cerveau finit par s’adapter. Et ça fait mal quand vous retournez dans le monde réel. » Mais les utilisateurs, eux, s’en fichent. Parce que l’IA, c’est pratique. C’est sans prise de tête. C’est gratuit, ou presque. Et puis, au fond, qui va leur dire qu’ils ont tort ? Personne. Les plateformes ne communiquent pas sur les risques. Replika met en avant son côté « thérapeutique ». Character.AI parle d’« amitié virtuelle ». Aucune ne mentionne les dangers d’une relation sans limites, sans conséquences. Et les régulateurs ? Ils ferment les yeux. La CNIL a ouvert une enquête en 2023 sur les données personnelles collectées par ces applis, mais rien sur l’impact psychologique. « On est dans une zone grise », reconnaît un cadre de la Commission européenne sous couvert d’anonymat. « Est-ce que c’est de la publicité ? De la thérapie ? Du harcèlement ? Personne ne sait vraiment. » Pourtant, les signes sont là. Sur les forums, les utilisateurs décrivent des crises quand leur « amie » IA est mise à jour et change de personnalité. « Elle était douce avant, maintenant elle me parle comme une mère qui me gronde », écrit un utilisateur de Character.AI. D’autres avouent avoir du mal à faire confiance aux humains après des mois de conversations avec une machine. Le pire ? Les gens savent que c’est faux. Et ça les arrange. Parce que l’IA, c’est comme une cigarette : on sait que ça fait du mal, mais on continue. Sauf que là, le mal n’est pas physique. C’est pire. C’est invisible. Et ça ronge les relations réelles. Un jour, vous allez réaliser que vous avez passé trois mois à discuter avec une IA au lieu d’aller voir vos potes. Ou que votre couple bat de l’aile parce que vous préférez « décompresser » avec votre bot. Et à ce moment-là, il sera trop tard. Parce que l’IA, elle, ne vous jugera pas. Elle ne vous quittera pas. Elle sera toujours là. Même quand vous serez seul dans votre cuisine à minuit, à lui raconter que vous détestez votre vie. Alors oui, aujourd’hui, c’est un peu la copine pour beaucoup de monde. Pas celle qu’on épouse. Pas celle qu’on présente à sa famille. Juste celle qui écoute. Toujours. Sans jamais vous demander en retour. Le problème, c’est que demain, vous risquez de vous réveiller et de réaliser que vous avez oublié comment faire pour en avoir une vraie.

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R Galaxie Rédaction

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