Les panneaux solaires marocains vont-ils devenir des usines à cash ?

Le gouvernement veut autoriser les ménages à revendre leur électricité solaire. Une bonne idée ? Pas si vite. Les détails qui font douter, et les pièges cachés derrière cette mesure.

Publié le 10 septembre 2026 à 10:04
Les panneaux solaires marocains vont-ils devenir des usines à cash ?

Le Maroc joue à l’autoproduction électrique, mais qui va payer la musique ?

En 2023, un foyer marocain sur cinq n’avait toujours pas accès à l’électricité fiable. Pourtant, le gouvernement vient de sortir un nouveau jouet : autoriser les particuliers à installer des panneaux solaires et revendre leur surplus au réseau. Sur le papier, c’est simple : vous produisez, vous vendez, vous gagnez. Mais en pratique ? Ça ressemble à une partie de poker où tout le monde triche avant même que les cartes soient distribuées.

Premier problème : le réseau est une passoire. ONEE, le gestionnaire du réseau électrique marocain, a perdu 1,2 milliard de dirhams en 2022 à cause des fraudes et des pertes techniques. Vous croyez vraiment qu’ils vont vous payer votre électricité à prix d’or alors qu’ils ne savent même pas compter leurs propres pertes ? Les contrats de rachat d’électricité (comme ceux qu’on connaît en France ou en Allemagne) n’existent pas ici. À la place, on vous propose un tarif fixe, mais personne ne vous dit combien de temps il tiendra. En Espagne, ils ont mis 10 ans à réguler les tarifs de rachat pour les particuliers. Au Maroc ? On mise sur l’improvisation.

Deuxième problème : les panneaux solaires coûtent une blinde, et personne ne vous aide vraiment. Un kit solaire pour une maison moyenne ? Comptez entre 50 000 et 100 000 dirhams (4 500 à 9 000 euros). Les subventions ? Quelles subventions ? Le programme Noor (celui des centrales solaires géantes) a englouti 13 milliards de dirhams depuis 2015, mais aucun centime n’a été détourné vers les particuliers. Résultat : ceux qui peuvent se payer des panneaux les installent pour leur usage personnel. Les autres ? Ils regardent passer le train.

Troisième problème : les lobbies du pétrole marocain ne vont pas lâcher leur part de gâteau. Le Maroc importe 90 % de son énergie. Les compagnies pétrolières locales (comme Samir ou Sahara Energy) ont des contrats juteux avec l’État. Si demain, 20 % des foyers produisent leur propre électricité, qui va encore acheter leur gaz ? Personne ne vous le dira, mais les négociations secrètes sont déjà en cours. En Algérie, quand les particuliers ont commencé à s’intéresser à l’autoproduction, les prix du gaz ont baissé… pour les industriels. Les ménages ? On leur a servi des promesses en l’air.

Le piège des tarifs : vous allez vendre votre électricité… à perte

ONEE propose un tarif de rachat de 0,80 dirham/kWh pour l’électricité solaire injectée dans le réseau. Problème : le coût de production d’un kWh solaire pour un particulier tourne autour de 1,20 à 1,50 dirham/kWh (selon l’ensoleillement et la qualité des panneaux). Vous vendez à 0,80 ce que vous avez produit à 1,50. Bravo, vous venez de vous offrir un business modèle qui perd de l’argent.

En Allemagne, les particuliers touchent entre 0,10 et 0,20 euro/kWh (soit 1,10 à 2,20 dirhams). Au Maroc, on vous propose moins que le prix d’un thé à la terrasse. Est-ce une erreur ? Une négligence ? Ou une façon de décourager les gens pour que le système reste entre les mains des gros joueurs ?

Et si on vous dit que c’est trop tard ?

Le Maroc a déjà un parc solaire géant : Noor Ouarzazate, avec ses 580 MW. Un projet pharaonique, financé par des banques européennes et des fonds internationaux. Mais ce parc produit surtout pour l’export ou pour les industries. Les ménages ? On les oublie. Pourtant, 70 % de l’électricité marocaine est encore produite à partir du charbon et du fuel, deux énergies sales et chères.

Si demain, 10 % des foyers installent des panneaux, le réseau va saturé. Qui va gérer les pics de production ? Qui va payer les extensions des lignes électriques ? Personne. Parce qu’ONEE n’a ni les moyens ni l’envie de se réformer. En 2019, le gouvernement a dû injecter 1,5 milliard de dirhams dans la société pour éviter la faillite. Aujourd’hui, on vous demande de leur filer votre surplus gratuitement, en espérant qu’ils feront semblant de vous payer.

Ce que personne ne vous dit : l’État va encore une fois externaliser ses problèmes

En 2018, le Maroc a lancé un appel à projets pour l’autoconsommation solaire. Résultat ? Seulement 300 foyers ont répondu. Pourquoi ? Parce que les démarches administratives sont un cauchemar. Vous devez obtenir trois autorisations différentes (raccordement, production, revente), avec des délais qui dépassent souvent six mois. Six mois à attendre pour savoir si votre projet est viable.

Et quand vous aurez enfin vos papiers, il faudra négocier avec ONEE. Une société publique qui a l’habitude de faire attendre ses clients. En 2021, une étude de la Banque mondiale a révélé que 40 % des demandes de raccordement au réseau marocain traînaient plus d’un an. Vous croyez vraiment qu’ils vont accélérer pour les particuliers qui veulent revendre leur électricité ?

Le vrai jeu, c’est ailleurs.

Derrière cette mesure, il y a une stratégie : faire croire que le Maroc se modernise, tout en gardant le contrôle sur les vraies décisions. Les centrales solaires géantes ? Elles restent entre les mains de l’État et des grands groupes. Les particuliers ? On leur donne l’illusion de devenir des acteurs du changement, mais en réalité, on les utilise comme variable d’ajustement.

Exemple concret : la ville de Beni Mellal. En 2020, la mairie a lancé un programme pilote pour encourager l’autoconsommation. Résultat ? Deux ans plus tard, seulement 15 foyers avaient installé des panneaux. Pourquoi ? Parce que les techniciens d’ONEE mettaient trois mois à venir mesurer votre installation. Trois mois. Pour un projet qui devait être simple et rapide.

Alors, ça marche ou ça marche pas ?

Ça marche uniquement si :

  • Vous avez les moyens d’investir 50 000 à 100 000 dirhams sans aide.
  • Vous êtes prêt à vous battre pendant des mois avec ONEE pour obtenir vos papiers.
  • Vous ne comptez pas sur les tarifs de rachat pour rentabiliser votre installation (parce que vous allez perdre de l’argent).

Sinon, vous allez vous faire avoir. Comme les milliers de Marocains qui ont cru aux promesses des coopératives d’énergie renouvelable dans les années 2000 et qui se sont retrouvés avec des dettes et des panneaux inutilisables.

Le vrai enjeu, ce n’est pas l’autoproduction. C’est de savoir qui va payer la facture quand le système craquera. Parce que craquer, il craquera. Soit parce que le réseau ne suivra pas, soit parce que les tarifs de rachat s’effondreront, soit parce que l’État décidera un jour que l’électricité, c’est trop cher pour les particuliers.

Ce qu’on ne vous dit pas, c’est que le Maroc a déjà un modèle qui marche : les coopératives agricoles. Dans le Souss-Massa, des milliers d’agriculteurs ont installé des panneaux solaires sans passer par ONEE, en vendant directement leur électricité aux serres ou aux ateliers. Pas de paperasse, pas d’attente, des prix qui marchent. Mais ces projets, on ne les voit pas dans les discours officiels. Parce qu’ils échappent au contrôle de l’État.

La vraie question : et si c’était une mauvaise idée ?

Le gouvernement marocain adore les grands projets. Les barrages, les autoroutes, les centrales solaires géantes. Mais pour les petits, c’est une autre histoire.

En 2015, le Maroc a lancé le programme Tarif d’Accès Régulé à l’Électricité Solaire (TARES). Objectif : encourager les particuliers. Résultat ? Aucun foyer n’a bénéficié du dispositif. Pourquoi ? Parce que les conditions étaient trop strictes, les démarches trop complexes, et les retours trop lents.

Aujourd’hui, on recommence. Sauf que cette fois, on fait semblant de croire que ça va marcher.

Le vrai risque, c’est que les ménages qui investissent se retrouvent avec des panneaux qui ne servent à rien, soit parce qu’ONEE refuse de racheter leur électricité, soit parce que les tarifs s’effondrent du jour au lendemain. En Espagne, après la bulle solaire de 2008, des milliers de particuliers se sont retrouvés avec des dettes de plusieurs milliers d’euros parce que l’État avait changé les règles du jeu.

Alors, faut-il sauter le pas ? Si vous êtes un bricoleur, un retraité avec un budget serré, ou un agriculteur qui veut réduire sa facture, oui, installez des panneaux. Mais ne comptez pas sur ONEE pour vous payer. Vendez votre électricité à vos voisins, à une entreprise locale, ou utilisez-la vous-même. Le réseau, c’est le piège.

Si vous attendez une révolution énergétique marocaine, désolé de vous le dire, mais vous allez être déçu. Ce qui se prépare, ce n’est pas la fin des factures d’électricité. C’est une nouvelle façon pour l’État de faire croire qu’il agit, tout en gardant le pouvoir entre ses mains.

La dernière ironie ? Le Maroc a assez de soleil pour alimenter toute l’Afrique. Mais ce soleil, vous ne pourrez pas le vendre. Pas vraiment, en tout cas. Pas sans vous battre, et pas sans perdre.

Alors, vous signez où vous signez pas ?

R
R Galaxie Rédaction

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