AffairesLe carnet de commandes de Leonardo bat des records avec 55 milliards de francs.
R Galaxie Rédaction · 5 novembre 2026 à 22:03 · 4 min de lecture
Le groupe italien d’industrie de défense et aéronautique franchit pour la première fois le seuil des 60 milliards d’euros de commandes, porté par une demande mondiale accrue en systèmes militaires. Quels sont les moteurs de cette croissance et quelles en sont les conséquences pour les États et les citoyens ?
Un mécanisme de commandes soutenu par la demande militaire mondiale
Les carnets de commandes de Leonardo, premier groupe européen de défense et d’aéronautique, sont désormais évalués à plus de 60 milliards d’euros (55 milliards de francs). Cette performance repose sur un mécanisme simple : les États, confrontés à des tensions géopolitiques persistantes, augmentent leurs budgets militaires et diversifient leurs approvisionnements. Les commandes proviennent principalement des marchés européens, américains et asiatiques, où les conflits récents ont accéléré les besoins en équipements de défense.
Les délais de livraison dépendent des priorités nationales et des capacités industrielles. Les contrats les plus urgents, souvent liés à des crises en cours, bénéficient de financements accélérés, tandis que les projets structurants (comme les drones ou les systèmes de radar) s’inscrivent dans des calendriers pluriannuels. Les États paient généralement à la commande ou selon des échéances négociées, avec des garanties de remboursement en cas de retard.
Pour Leonardo, cette croissance s’accompagne d’une augmentation de ses effectifs et de ses investissements en recherche et développement, notamment dans les technologies de pointe comme l’intelligence artificielle appliquée à la défense ou les systèmes hypersoniques.
Qui décide des commandes et selon quelles règles ?
Les décisions d’achat relèvent des ministères de la Défense ou des agences gouvernementales spécialisées, comme la Direction générale de l’armement (DGA) en France ou le Defence Science and Technology Laboratory (Dstl) au Royaume-Uni. Ces institutions évaluent les besoins en fonction des menaces identifiées, des alliances stratégiques et des contraintes budgétaires.
Les règles varient selon les pays : certains, comme les États-Unis, privilégient les appels d’offres publics pour garantir la transparence, tandis que d’autres, comme la Chine ou la Russie, centralisent les commandes auprès de groupes nationaux. L’Union européenne tente d’harmoniser les procédures via des programmes communs, comme le Fonds européen de défense, qui finance des projets collaboratifs.
Les commandes de Leonardo s’inscrivent souvent dans des partenariats industriels transnationaux, comme le programme Eurofighter ou le futur drone de combat MALE (Medium Altitude Long Endurance). Ces collaborations imposent des règles strictes de partage des coûts et des technologies, négociées au cas par cas.
Quels pays et quels types d’armes sont les plus demandés ?
Les données disponibles ne détaillent pas la répartition géographique des commandes, mais les tendances sectorielles sont claires : les systèmes aériens (avions de combat, drones, hélicoptères) et les équipements électroniques (radars, cybersécurité) représentent une part croissante des ventes. Les pays du Golfe, confrontés à des tensions régionales, sont des clients historiques, tout comme les nations d’Europe de l’Est, qui renforcent leurs capacités militaires après l’invasion de l’Ukraine.
Les États-Unis restent le premier marché pour les exportations d’armement, suivis par l’Asie-Pacifique, où la Chine et l’Inde investissent massivement dans leurs forces armées. En Europe, les commandes publiques sont souvent accompagnées de clauses de souveraineté industrielle, obligeant les groupes comme Leonardo à maintenir une production locale.
Quelles conséquences pour les citoyens et les budgets publics ?
L’augmentation des commandes militaires a un impact direct sur les budgets nationaux.
Pour les citoyens, les conséquences sont doubles : d’un côté, ces investissements créent des emplois qualifiés dans les filières industrielles et aéronautiques ; de l’autre, ils peuvent se traduire par une hausse des impôts ou une réduction des dépenses publiques dans d’autres secteurs, comme la santé ou l’éducation.
Les groupes comme Leonardo justifient cette croissance par la nécessité de garantir la sécurité collective et de maintenir une autonomie stratégique européenne face à des concurrents comme les États-Unis, la Russie ou la Chine. Cependant, cette logique soulève des questions sur la priorité accordée à la défense au détriment d’autres enjeux, comme la transition écologique ou la cohésion sociale.
Quelles alternatives existent pour maîtriser ces dépenses ?
Plusieurs pistes sont envisagées pour limiter l’impact des dépenses militaires sans affaiblir la défense. La première consiste à renforcer la coopération européenne, afin de mutualiser les coûts et éviter les redondances entre États membres.
Une autre approche consiste à privilégier les innovations duales, c’est-à-dire des technologies civiles réutilisables en milieu militaire (comme les satellites de télécommunication ou les drones agricoles).
Un contexte géopolitique qui ne montre pas de signe d’apaisement
Le dépassement des 60 milliards d’euros de commandes par Leonardo s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la persistance des conflits et la course aux armements. Les tensions en mer de Chine méridionale, les crises en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que la montée des rivalités technologiques entre grandes puissances, maintiennent une demande stable, voire croissante, en équipements militaires.
Dans ce paysage, les groupes européens comme Leonardo jouent un rôle clé, à la fois comme fournisseurs de souveraineté pour leurs États et comme acteurs d’un marché mondial en pleine expansion. Leur succès reflète moins une volonté de provocation que la réalité d’un monde où la sécurité reste indissociable de la puissance économique.
Les questions qui subsistent portent moins sur la légitimité de ces commandes que sur leur équilibre : comment concilier les impératifs de défense avec les contraintes budgétaires et environnementales ? Et jusqu’où les citoyens accepteront-ils de financer une course aux armements dont les bénéfices indirects (emplois, innovations) ne compensent pas toujours les sacrifices imposés ?
Photo : aeroman3, domaine public, via Openverse.
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