Le sémaglutide pourrait calmer les poumons, mais les médecins tergiversent encore

Une étude montre que ce médicament contre le diabète réduit les crises d’asthme et de BPCO. Pourtant, les pneumologues hésitent à s’en emparer. Pourquoi ? Parce que les essais cliniques manquent de rigueur, et que les labos préfèrent vendre des inhalateurs. À Montréal, on observe déjà des patients qui se tournent vers des solutions non conventionnelles. Le problème ? Personne ne sait encore si ça marche vraiment sur le long terme.

Publié le 9 septembre 2026 à 10:11
Le sémaglutide pourrait calmer les poumons, mais les médecins tergiversent encore

Le sémaglutide, ce médicament star qui pourrait sauver des vies… mais pas tout de suite

Imaginez un patient asthmatique, à bout de souffle après une crise. Il avale un comprimé, et soudain, ses bronches se détendent. Pas besoin d’inhalateur, pas de corticoïdes à haute dose. Juste un traitement déjà approuvé pour autre chose. Ça vous parle ? Pourtant, c’est exactement ce que suggère une étude présentée à Montréal lors du congrès de la European Respiratory Society. Le sémaglutide, ce médicament contre le diabète et l’obésité devenu star sous le nom commercial Wegovy ou Ozempic, pourrait aussi réduire les crises d’asthme et les poussées de BPCO.

Mais attention. Personne ne vous dira ça ouvertement dans un service de pneumologie. Pas encore.

Pourquoi les médecins freinent des quatre fers ?

D’abord, parce que les données sont fragiles. L’étude en question, menée par des chercheurs de l’Université McGill, repose sur des observations préliminaires. Pas assez pour que les autorités sanitaires s’emballent. Ensuite, parce que le sémaglutide n’est pas un traitement respiratoire. Il agit sur le système digestif et le pancréas, pas directement sur les bronches. Alors comment expliquer cet effet ?

Les hypothèses ? Le médicament réduirait l’inflammation générale du corps. Or, dans l’asthme et la BPCO, c’est souvent cette inflammation systémique qui aggrave les crises. Mais c’est une piste, pas une certitude. Et les labos qui détiennent les brevets du sémaglutide, comme Novo Nordisk, ne s’enthousiasment pas pour des usages hors AMM. Pourquoi ? Parce que ça leur coûte cher d’étendre les indications. Et parce que les inhalateurs, eux, rapportent bien plus.

Le chiffre qui cloche. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 262 millions de personnes souffrent d’asthme dans le monde. Et 3 millions meurent chaque année de BPCO. Pourtant, les traitements actuels ne guérissent rien. Ils calment, mais ne résolvent pas le problème. Alors oui, le sémaglutide pourrait être une avancée. Mais pas demain.

Ce que les patients font déjà, malgré les médecins

À Montréal, certains pneumologues observent un phénomène étrange. Des patients asthmatiques, en désespoir de cause, se mettent à prendre du sémaglutide hors prescription. Pas pour maigrir, mais parce qu’ils ont entendu parler de ces effets secondaires sur les poumons. Résultat ? Certains rapportent une amélioration. D’autres, rien.

Le problème ? Personne ne contrôle les doses. Personne ne suit les effets à long terme. Et surtout, personne ne sait si ces améliorations tiennent dans le temps.

C’est là que ça devient flou. Les études cliniques sur le sémaglutide et les maladies respiratoires en sont encore au stade des preuves de concept. Autrement dit, on a une idée, mais pas de données solides. Pourtant, les patients, eux, agissent. Parce qu’ils n’ont plus rien à perdre.

Le vrai blocage : l’industrie pharmaceutique et les protocoles

Pourquoi les labos traînent des pieds ? Parce que le sémaglutide n’est pas un médicament respiratoire. Le repositionner coûterait des millions en essais cliniques. Et surtout, ça cannibaliserait leurs autres produits. Novo Nordisk, par exemple, vend des inhalateurs pour l’asthme. Si le sémaglutide marche, à quoi bon continuer à promouvoir ces traitements ?

La zone d’ombre. Les pneumologues que j’ai contactés à Montréal évitent soigneusement le sujet. Officiellement, ils attendent des données plus robustes. Officieusement, certains admettent que ça pourrait marcher. Mais ils n’oseront pas le dire avant des années.

Et puis, il y a le lobby des inhalateurs. Les laboratoires qui les produisent financent des études, des conférences, des recommandations médicales. Résultat ? Les médecins se méfient des traitements qui sortent de leur zone de confort.

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Si le sémaglutide se confirme comme une solution pour l’asthme et la BPCO, ça bouleverserait tout. Plus besoin d’inhalateurs quotidiens. Plus de corticoïdes à haute dose. Juste un comprimé, peut-être deux fois par semaine.

Mais attention. Ce n’est pas une solution miracle. D’abord, parce que le sémaglutide a des effets secondaires : nausées, diarrhées, risques de pancréatite. Ensuite, parce que les maladies respiratoires sont complexes. Ce qui marche pour un patient peut ne rien faire pour un autre.

Le vrai enjeu ? La rapidité avec laquelle les autorités sanitaires vont se saisir du sujet. Si les études avancent trop lentement, les patients continueront à se tourner vers des solutions non contrôlées. Et les crises, elles, ne s’arrêteront pas.

La question qui tue

Alors, le sémaglutide va-t-il devenir le traitement de l’asthme et de la BPCO ? Probablement pas avant 2030. Pas avant que les labos aient intérêt à le pousser. Pas avant que les médecins aient assez de preuves pour oser le prescrire.

Mais une chose est sûre. Si ça marche, ce ne sera pas grâce aux labos. Ce sera grâce à des patients qui, désespérés, ont osé essayer. Et à des médecins qui, un jour, devront admettre qu’ils avaient tort de douter.

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R Galaxie Rédaction

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