Le communiqué du SAMES qui a tout déclenché : un ultimatum en forme de coup de poing dans la gueule du gouvernement
Le 12 mars dernier, le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES) a sorti un communiqué qui ne laisse aucune place au doute. « Nous ne sommes plus des employés, nous sommes des professionnels en colère », écrit-on, noir sur blanc. Derrière ce ton sec se cache une réalité crue : depuis des mois, les praticiens sénégalais sont à bout. Pas seulement à cause des salaires, même si le décalage avec l’inflation est une insulte, mais parce que le ministère de la Santé, dirigé par Abdoulaye Diouf Sarr, semble jouer les sourds. Pire : il répond par des circulaires, des notes de service, et des promesses en l’air.
Pourtant, les chiffres parlent. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publiée en 2022, le Sénégal compte 1 médecin pour 1 500 habitants, contre 1 pour 300 en France. Et encore, ces chiffres sont-ils biaisés : beaucoup de médecins sénégalais travaillent à l’étranger, ou ont tout simplement abandonné, las des conditions de travail. Le SAMES, lui, ne lâche rien. « On nous demande de soigner avec des mains liées », lance un chirurgien de Dakar sous le couvert de l’anonymat. « Les hôpitaux manquent de tout : médicaments, matériel, même des basiques comme les gants stériles. Et quand on alerte, on se fait traiter de ‘syndicalistes ingérats’ ».
Le ministre joue les durs, mais qui va payer ?
Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Santé depuis 2022, a toujours eu un style direct, parfois brut. Dans une récente interview à Wal Fadjri, il a balayé les revendications du SAMES d’un revers de main : « Les médecins doivent comprendre que le budget de l’État n’est pas une tirelire ». Sauf que personne ne nie l’évidence : le budget santé au Sénégal est l’un des plus bas d’Afrique de l’Ouest. En 2023, il représentait 3,5% du PIB, contre 5,3% en moyenne en Afrique subsaharienne (Banque mondiale). Et dans ce gâteau déjà maigre, les salaires des soignants sont souvent les premiers à être rognés.
Pourtant, le ministre semble croire que la menace de grève, brandie à plusieurs reprises, est un simple coup de bluff. « Le SAMES a déjà menacé en 2021, et puis quoi encore ? », aurait-il lâché en privé, selon des sources proches du dossier. Sauf que cette fois, c’est différent. Les médecins ne parlent plus seulement d’argent. Ils dénoncent un mépris institutionnel. « On nous traite comme des fonctionnaires, pas comme des professionnels de santé », résume un pharmacien de Thiès. « Quand un médecin meurt en service, on nous dit de ‘faire avec’. Quand un hôpital manque de sérums, on nous demande de ‘prioriser’. »
Le problème ? Personne ne veut assumer la responsabilité. Le gouvernement pointe du doigt les syndicats, qui accusent en retour un manque de dialogue. Pendant ce temps, les patients s’entassent dans des structures déjà saturées. À l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar, les files d’attente dépassent parfois 12 heures pour une consultation. « On voit des gens mourir parce qu’on ne peut pas les soigner à temps », témoigne une infirmière. « Et après, on nous dit de ‘faire preuve de résilience’ ? »
Ce que le gouvernement ne veut pas voir : le SAMES a raison sur un point
Oui, les salaires sont une plaie. Oui, la bureaucratie étouffe les initiatives. Mais le vrai nœud du problème, personne ne l’évoque vraiment : le Sénégal n’a pas de politique de santé publique cohérente. Pas de plan à moyen terme. Pas de fonds dédiés. Juste des pansements sur une jambe de bois.
Prenez l’exemple des centres de santé communautaires (CSCOM). Théoriquement, ils doivent être le socle du système de santé. En pratique ? Seulement 30% d’entre eux fonctionnent correctement, selon un rapport de l’ONG Médecins du Monde publié en 2023. Pourquoi ? Parce qu’il manque médecins, infirmiers, et surtout, des moyens. Le ministère promet des formations, des recrutements… mais les postes restent vacants, les promesses traînées en longueur.
Le SAMES a un argument massue : « Sans nous, le système s’effondre. » Et ils ont raison. Sans médecins, pas de consultations. Sans pharmaciens, pas de médicaments distribués. Sans chirurgiens-dentistes, des milliers de Sénégalais souffrent en silence. « On nous dit de ‘gérer’. Mais gérer quoi ? Un système en décomposition ? », lance un membre du bureau du SAMES.
La vraie question : jusqu’où ira la grève ?
Pour l’instant, le gouvernement mise sur l’usure. « Les médecins vont finir par céder, comme d’habitude », murmure-t-on dans les couloirs du ministère. Sauf que cette fois, le SAMES a préparé son coup. Ils ne parlent plus seulement de salaires. Ils réclament aussi une refonte complète du système de santé, avec des budgets dédiés, des embauches massives, et une vraie reconnaissance de leur métier.
Leur ultimatum ? « Si rien ne bouge d’ici fin avril, on arrête tout. » Pas une grève perlée. Pas des mouvements symboliques. Un arrêt net des soins non urgents. Résultat ? Les hôpitaux publics seraient submergés. Les patients devraient se tourner vers le privé, si leurs moyens le permettent. Ceux qui ne peuvent pas ? Ils attendront. Et certains mourront.
Le ministre Diouf Sarr a jusqu’à fin avril pour réagir. Soit il cède sur le fond, soit il assume l’effondrement d’un système déjà fragilisé. Une chose est sûre : ce conflit ne se réglera pas par des communiqués et des notes de service. Il faudra des actes. Et pour l’instant, personne n’en voit le bout.
Ce que personne ne dit : le SAMES détient un pouvoir que le gouvernement craint
Voilà le vrai enjeu. Le SAMES n’est pas un syndicat comme les autres. Ses membres contrôlent l’accès aux soins dans un pays où 60% de la population dépend du secteur public (Banque mondiale, 2023). Si les médecins lâchent prise, ce n’est pas seulement leur travail qui s’arrête. C’est un pan entier du système qui vacille.
Et c’est ça que le gouvernement ne veut pas affronter. Parce que reconnaître les revendications du SAMES, c’est admettre que la santé publique sénégalaise est un champ de ruines. Que les promesses de campagne sont restées des promesses. Que les réformes annoncées à grand renfort de discours n’ont jamais vu le jour.
Pourtant, la fenêtre de tir est étroite. Si la grève a lieu, les patients seront les premiers à trinquer. Mais si le gouvernement cède maintenant, il enverra un signal clair : « Les soignants ont du pouvoir. Et ils savent l’utiliser. »
Reste à savoir si Dakar est prêt à entendre ce message.
La santé du Sénégal n’est pas un jeu de dupes
À force de traiter les médecins comme des fonctionnaires récalcitrants et les patients comme des statistiques, le gouvernement a perdu de vue l’essentiel : un système de santé, ça ne se gère pas comme un budget. Ça se construit. Avec des moyens. Avec du respect. Avec une vraie volonté politique.
Pour l’instant, personne ne semble en avoir.
Et les patients, eux, attendent toujours.