Le dimanche soir, quand la télé n’a plus rien à perdre
À 21h10, France 2 diffuse L’Heureuse élue avec Michèle Laroque et Gérard Darmon. Un titre qui sonne comme un héritage des années 2000, quand la comédie populaire avait encore des couleurs. Aujourd’hui, le programme ressemble à un vestige. Pas un fossile, non : un objet transitionnel, comme ces vieux meubles qu’on garde par habitude, sans savoir pourquoi.
Le chiffre qui résume l’affaire : 1,2 million de téléspectateurs pour la dernière saison de Dix pour cent en 2020. En 2024, la comédie française en prime time peine à dépasser les 800 000 sur les chaînes généralistes. L’Heureuse élue n’échappera pas à la règle. Pourtant, le programme tient encore debout, comme un dernier sursaut.
Pourquoi cette comédie survit-elle ?
Parce que la télé n’a plus rien à proposer d’autre. Les cases du dimanche soir sont devenues des déserts : soit des rediffusions, soit des expériences hasardeuses (regardez Top Chef en déroute). La comédie, même médiocre, reste un plan B. Un leurre pour occuper l’espace.
Gérard Darmon, lui, incarne cette résistance. L’acteur, 68 ans, a bâti sa carrière sur des rôles de père de famille exaspéré ou de patron rigolo. Dans L’Heureuse élue, il reprend le costume sans surprise : un médecin de campagne coincé entre une femme autoritaire (Laroque) et une petite ville qui ne pardonne pas. Le scénario ? Un mélange de quiproquos et de dialogues qui sonnent faux dès la deuxième réplique. Le genre de comédie où l’on rit des personnages, jamais avec eux.
Michèle Laroque, dernière rempart d’un style
Laroque, elle, tient le rôle comme une survivante. Elle a fait mieux, bien sûr (Les Cordier, juge et flic, Un si grand soleil). Mais là , elle joue la carte de la comédie légère, presque vintage. Le problème ? Le public a changé. Les moins de 40 ans ne la connaissent que comme une figure du passé, une relique des années 2000. À 65 ans, elle assume : elle n’est plus une star, juste une actrice qui fait ce qu’on lui demande.
Dominique Deprêtre, dans sa critique pour Télérama, ne tourne pas autour du pot : « C’est propre, c’est sage, c’est sans risque. » Traduction : c’est mort. Pas au sens où ça rate, non. Au sens où ça n’existe plus. Comme une vieille recette de cuisine qu’on ressort par habitude, sans y croire vraiment.
Le vrai problème : la télé n’ose plus innover
France 2 mise sur la sécurité. Pas de prise de risque, pas de nouveau format, juste une case remplie avec des visages connus. Le résultat ? Un programme qui passe inaperçu, ni haï ni aimé. Juste… là . Comme ces émissions de télé-achat qui traînent en fond sonore.
Pourtant, il y a pire. Beaucoup pire. Regardez TF1 le même soir : Koh-Lanta, version 2024, avec ses candidats qui courent dans la boue et ses prods qui coûtent une fortune. Au moins, là , on assume le côté kitsch. Chez France 2, on fait semblant de croire que L’Heureuse élue est encore une bonne idée.
Ce que ça dit de la télé française aujourd’hui
La comédie en prime time est un cadavre qu’on maintient artificiellement en vie. Les chaînes ont peur. Peur de se tromper, peur de perdre des parts d’audience, peur de lasser un public déjà distrait. Alors on diffuse des programmes lisses, sans relief, qui ne dérangent personne.
Le pire ? Personne ne s’en plaint vraiment. Pas les spectateurs, pas les critiques, pas les acteurs. Parce que c’est comme ça. Parce que c’est toujours comme ça.
La dernière scène avant la fin
Dans L’Heureuse élue, il y a une scène typique : Darmon et Laroque se disputent dans un café de province, entre deux clients qui les regardent avec un sourire en coin. La caméra s’attarde sur leurs visages, comme pour dire : « Regardez, c’est encore drôle. » Sauf que non. Ça fait longtemps que ce n’est plus drôle. Juste… supportable.
Et c’est ça, le vrai problème. La télé a oublié comment faire rire. Alors elle se contente de faire semblant.
Ce que ça donne pour la suite
Si L’Heureuse élue s’arrête là , ce ne sera pas une surprise. Ce sera juste la confirmation d’une tendance : la comédie française en prime time n’a plus sa place. Les plateformes ont pris le relais (Lupin, Dix pour cent sur Netflix). La télé, elle, reste coincée dans ses vieux schémas.
Reste à savoir si les chaînes vont enfin oser quelque chose de nouveau. Ou si elles préféreront continuer à diffuser des programmes comme celui-ci, par habitude.
La dernière image : un écran qui s’éteint
À 22h30, quand L’Heureuse élue se termine, il ne reste plus grand-chose à regarder. Juste le noir. Et l’idée que, peut-être, la télé a déjà perdu.
Pas tout Ă fait. Juste une partie. Celle qui faisait rire, avant.