Un rapport de l’INSEE qui tombe comme un couperet : 30% des jeunes ne parlent jamais de sexualité avec un pro. Et après ?
On nous sort une nouvelle stratégie nationale pour la santé sexuelle des jeunes, avec des dates, des acronymes (EVARS, PJJ, ESSMS), et des objectifs ambitieux. Très bien. Mais sur le terrain, les choses ne bougent pas assez vite. Pourquoi ? Parce que les structures censées porter ces changements sont déjà à la limite de l’effondrement.
Prenez les EVARS (Espaces de Vie Associés à la Réussite Scolaire). Sur le papier, ils sont censés être des lieux d’écoute et d’information pour les ados. Dans la réalité, beaucoup fonctionnent à moitié. Un rapport de la DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) en 2023 montrait que 42% des EVARS n’ont aucun professionnel de santé dédié à la santé sexuelle. Zéro. Et quand bien même il y en aurait, comment voulez-vous qu’un jeune ose en parler, alors que le climat scolaire est déjà pourri ?
La PJJ, ce service public qui court après les dégâts
La Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), c’est le service qui gère les mineurs en conflit avec la loi ou en danger. Sauf que depuis 2020, les effectifs ont chuté de 12%. Résultat : les éducateurs sont noyés sous les dossiers, et la prévention ? Elle passe après. Un mineur qui se fait violer dans un foyer ? Un autre qui se drogue pour oublier ses galères ? La PJJ n’a pas le temps de faire du social, encore moins de la prévention.
Et puis il y a les ESSMS (Établissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux). Ils sont censés accompagner les jeunes les plus fragiles. Sauf que beaucoup d’entre eux sont sous-financés, sous-équipés, et surtout, mal placés. Un jeune en rupture familiale, en foyer, ou en quartier sensible ? Il a une chance sur deux de ne jamais croiser un professionnel formé à la santé sexuelle. Un chiffre ? L’Observatoire National de la Protection de l’Enfance (ONPE) estime qu’en 2023, seulement 18% des ESSMS avaient un protocole clair pour aborder la sexualité avec les mineurs sous leur responsabilité.
Le problème n’est pas le manque d’idées, mais le manque de moyens sur le terrain
La stratégie 2026-2030, c’est bien. Mais entre aujourd’hui et 2026, il y a un gouffre. Et ce gouffre, ce sont les jeunes qui le paient.
Prenez l’exemple des Centres de Planification Familiale (CPF). Ils ferment un à un. En 2022, 15 CPF ont dû réduire leurs horaires, voire fermer purement et simplement, faute de moyens. Résultat ? Les jeunes se tournent vers les urgences hospitalières pour des questions qui devraient être traitées en amont. Une étude de la DREES montre que 22% des consultations pour IVG chez les mineures sont faites en urgence, parce qu’elles n’ont pas pu avoir accès à une contraception avant.
Et puis il y a l’accès aux droits. Un jeune sur cinq (selon une enquête de l’INJEP en 2023) ne sait même pas où se renseigner sur ses droits en matière de santé sexuelle. Pourquoi ? Parce que les associations qui font ce boulot sont sous-financées, et que les campagnes de sensibilisation ? Elles coûtent cher.
Ce que la stratégie 2026-2030 ignore : les inégalités territoriales
Paris et ses alentours ? Ça va. Les jeunes ont accès à des structures, des associations, des professionnels. Mais en zone rurale ? En Outre-mer ? En quartiers prioritaires ? Là, c’est la galère.
Prenez la Martinique. Un seul CPF pour 150 000 habitants. Un seul. Et encore, il est saturé. Résultat ? Les jeunes prennent des risques. Une étude de l’ARS Martinique en 2023 révélait que 40% des adolescentes avaient déjà eu recours à une méthode de contraception d’urgence, parce qu’elles n’avaient pas accès à autre chose.
Même problème en Guyane. Là-bas, le taux de grossesses chez les mineures est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Pourquoi ? Parce que les structures manquent, parce que l’information n’arrive pas, et parce que les professionnels formés sont rares.
La vraie question : et si on arrêtait de faire semblant ?
La stratégie 2026-2030, c’est du beau papier. Mais sur le terrain, les jeunes crèvent.
- Les EVARS manquent de moyens.
- La PJJ est à bout.
- Les ESSMS ne savent pas quoi faire.
- Les CPF ferment.
- Les inégalités territoriales creusent l’écart.
Alors oui, il faut une stratégie. Mais une stratégie, ça ne sert à rien si on ne la finance pas, si on ne forme pas assez de monde, si on ne donne pas les moyens aux associations et aux professionnels.
Le pire ? Personne ne semble vouloir en parler.
Parce que c’est plus facile de sortir un communiqué de presse avec des dates et des objectifs que d’avouer que le système est en train de lâcher.
Et pendant ce temps, les jeunes, eux, continuent de prendre des risques.