La Réunion mise sur l’Inserm pour sauver sa santé publique, mais les moyens suivent-ils vraiment ?

Un contrat entre la Région et l’Inserm veut booster la recherche médicale à La Réunion. Sur le papier, c’est une bonne idée. Dans les faits, les blocages sont nombreux, et les résultats, incertains. On fait le point sur ce qui change, ce qui reste flou, et pourquoi cette alliance divise déjà.

Publié le 10 septembre 2026 à 22:09
La Réunion mise sur l’Inserm pour sauver sa santé publique, mais les moyens suivent-ils vraiment ?

Le contrat qui ne dit pas tout sur les maladies qui tuent à La Réunion

En 2023, le diabète a frappé 25 % de la population réunionnaise. Un chiffre. Un seul. Assez pour comprendre que la santé publique, ici, n’est pas une option, mais une urgence. Pourtant, quand la Région Réunion et l’Inserm signent un Contrat d’Objectifs, de Moyens et de Performance (COMP) pour « renforcer la recherche en santé », personne ne vous expliquera vraiment comment ces 25 % vont baisser. Juste qu’il faut « innover ».

Et puis, il y a le mot performance. Toujours ce mot. Comme si la santé se mesurait à l’aune de graphiques et de tableaux Excel, et pas à celle des urgences saturées, des médecins en grève, ou des patients qui attendent des mois pour un rendez-vous de spécialiste.

Mais passons. Le COMP, c’est officiel. 5 millions d’euros sur cinq ans, des laboratoires qui s’ouvrent, des protocoles qui se signent. Sur le papier, ça ressemble à une avancée. Dans les couloirs de l’hôpital, on vous répondra autre chose.

L’Inserm arrive, mais avec quels outils ?

L’Inserm, c’est le géant français de la recherche médicale. À La Réunion, ça fait des années que les chercheurs locaux se battent pour avoir ne serait-ce qu’un échantillon de son expertise. Résultat : aujourd’hui, l’île compte un seul centre de recherche Inserm, à Saint-Pierre, et une poignée de projets ponctuels. Le COMP, c’est censé changer la donne. Sauf que.

Sauf que les moyens annoncés sont dérisoires comparés aux besoins. 5 millions sur cinq ans, c’est moins de 1 million par an. Pour comparer : l’AP-HP à Paris, elle, dépense plus de 100 millions par an rien que pour la recherche en diabétologie. À La Réunion, on parle de « partenariats renforcés » et de « synergies ». En clair : on fait avec ce qu’on a.

Et ce qu’on a, c’est une infrastructure vieillissante. Les laboratoires manquent d’équipements. Les chercheurs manquent de temps. Les patients, eux, manquent de réponses. Le COMP prévoit des « formations ciblées » pour les soignants. Très bien. Mais quand le dernier scanner de l’hôpital de Saint-Paul tombe en panne depuis six mois, une formation, ça ne répare pas une machine.

Le vrai problème : personne ne veut vraiment régler le vrai problème

Le diabète, l’obésité, les maladies tropicales négligées, tout le monde sait que La Réunion est un terrain de jeu idéal pour étudier ces fléaux. Sauf que personne ne veut vraiment s’y attaquer frontalement. Pourquoi ? Parce que ça coûterait cher. Parce que ça remettrait en cause des habitudes. Parce que ça obligerait à des choix politiques.

Prenez l’alimentation. À La Réunion, 70 % des adultes sont en surpoids (source : Santé Publique France, 2022). Les régimes créoles, riches en sucres et en graisses, sont pointés du doigt depuis des années. Mais interdire quoi ? Le rougail ? Le cari ? Le bonbon piment ? Personne n’ose. Alors on fait semblant de chercher des solutions. On signe des COMP. On parle d’« éducation nutritionnelle ».

Sauf que l’éducation, ici, ça se heurte à la réalité : les produits ultra-transformés sont deux fois moins chers que les légumes frais (étude CREDO, 2021). Vous voulez vraiment éduquer quelqu’un à manger sain quand le kilo de patates douces coûte 5 euros et le paquet de biscuits, 1 ?

Ce que le COMP ne dit pas sur les inégalités sanitaires

Le COMP, c’est aussi une question de territoire. La Réunion, c’est 800 000 habitants, mais des déserts médicaux dans l’intérieur. Des communes où les médecins refusent de s’installer parce que les salaires sont de misère et que les patients viennent à pied ou en 4x4 pour consulter. Le COMP prévoit des « actions de dépistage ciblées ». Très bien. Mais qui va les faire, ces dépistages ? Avec qui ?

À Saint-Denis, les centres de santé sont saturés. À Saint-Paul, les infirmières manquent. À Saint-Pierre, le seul laboratoire Inserm est à 30 minutes de route de l’hôpital central. Comment voulez-vous faire de la recherche performante avec ça ?

Et puis, il y a la question des populations les plus touchées. Les femmes, les précaires, les ruraux. Ceux qui n’ont pas les moyens de se déplacer, de sauter une journée de travail pour un rendez-vous. Le COMP parle de « santé pour tous ». Mais quand vous savez que 30 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté (INSEE, 2023), « pour tous » sonne comme une blague.

L’Inserm va-t-il enfin briser le silence sur les maladies oubliées ?

Il y a des maladies ici que personne ne veut étudier. Parce qu’elles sont « trop locales ». Parce qu’elles ne rapportent rien aux laboratoires. Parce qu’elles font peur.

Prenez la leptospirose. Chaque année, 50 à 100 cas sont déclarés. Mais on estime que le vrai nombre est dix fois plus élevé, parce que les symptômes ressemblent à une grippe et que personne ne fait le lien. Résultat : des décès évitables. Des familles qui perdent un proche sans comprendre pourquoi.

L’Inserm a-t-il les moyens, et la volonté, de creuser ? Le COMP mentionne « l’amélioration de la surveillance épidémiologique ». Traduction : on va compter mieux les morts. Pas les sauver.

Et puis il y a le chikungunya, la dengue, ces virus qui reviennent chaque année comme une malédiction. L’Inserm a des centres de recherche en métropole. À La Réunion, on se contente de « renforcer les collaborations ». Comme si une collaboration, ça suffisait.

Le vrai enjeu : qui décide, et pour qui ?

Un COMP, ça se signe entre la Région et l’Inserm. Mais qui le finance vraiment ? Qui le contrôle ? Qui en tire les ficelles ?

La Région, c’est Nicolas Teixeira qui préside. Un homme politique qui a fait de la santé un de ses chevaux de bataille. Très bien. Sauf que ses priorités ne sont pas toujours celles des soignants. En 2022, il a lancé un plan « Réunion Santé 2030 ». Des objectifs ambitieux. Des promesses. Et aucun bilan public un an après.

L’Inserm, lui, c’est un organisme public. Mais un organisme qui dépend des subventions de l’État. Et l’État, à La Réunion, c’est souvent synonyme de lenteur, de paperasse, de décisions prises à Paris sans jamais consulter Saint-Denis.

Alors qui va vraiment tirer ce COMP vers le haut ? Qui va exiger des résultats ? Qui va sanctionner les échecs ?

Personne, probablement. Parce que personne ne veut assumer les coûts. Personne ne veut entendre parler des sacrifices nécessaires. Et surtout, personne ne veut admettre que la santé à La Réunion, ça se joue ailleurs qu’en signant des contrats.

La recherche, ça ne se décrète pas. Ça se vit.

Le COMP, c’est un bon début. Ou peut-être juste une nouvelle couche de peinture sur un mur qui pourrit.

Ce qui manque, c’est du concret. Des cliniques équipées. Des salaires décents pour les soignants. Des politiques publiques qui osent dire les choses clairement : « À La Réunion, on mange trop sucré. On bouge trop peu. Et ça nous tue. »

La recherche, ça ne sert à rien si elle ne change pas les vies. Et à La Réunion, les vies, elles, ne changent pas assez vite.

Alors oui, l’Inserm arrive. Mais avec quels outils ? Et surtout, avec quelle volonté politique de vraiment régler le problème ?

La réponse, elle, ne sera pas dans le COMP.

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R Galaxie Rédaction

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