La rage tue encore, et personne ne veut en parler
En 2023, l’OMS a recensé 59 000 décès humains dus à la rage dans le monde. Le Maroc ? Entre 20 et 30 cas par an, selon les rapports de l’ONSSA. Des chiffres officiels, bien sûr, qui minimisent probablement la réalité. Parce que dans les zones rurales, où les chiens errants pullulent et où les centres de santé sont à des heures de route, on meurt encore de morsures non soignées. Et on ne le déclare pas toujours.
Pourtant, la rage, c’est 100% évitable. Un vaccin, une piqûre, et hop, plus de risque. Sauf que voilà : au Maroc, la prévention, c’est comme les feux rouges à Casablanca. Tout le monde sait que ça existe, mais personne ne les respecte vraiment. L’ONSSA lance donc cette campagne gratuite, du 1er au 30 septembre 2026. Une bonne idée, sur le papier. Dans les faits ? On va voir pourquoi ça risque de ne servir à rien.
Votre chien, vous le vaccinez quand il vous embête
Le problème, c’est que la vaccination des animaux, ici, c’est une question de commodité, pas de santé publique. Vous vaccinez votre chien quand il vous empêche de voyager. Quand il faut un passeport pour l’emmener en Europe. Quand le véto vous rappelle que, non, un certificat de complaisance à 50 dirhams, ça ne suffit pas. Mais en dehors de ça ? Rien.
Pourquoi ? Parce que la rage, pour beaucoup, c’est une maladie de chiens errants. Pas de votre chien. Sauf que les chiens errants, justement, ils se baladent. Ils mordent. Et un jour, c’est votre gamin qui se fait attaquer. Ou votre voisin. Ou vous.
L’ONSSA a beau offrir le vaccin gratuitement, il faut encore que les gens amènent leurs bêtes. Et là, c’est le drame. Parce que amener un chien ou un chat chez le véto, au Maroc, c’est souvent une expédition. Il faut une voiture, du temps, et l’envie de dépenser 100 dirhams en transport pour un vaccin qui, normalement, coûte déjà 200 dirhams. Sauf que cette fois, c’est gratuit. Alors pourquoi est-ce que ça ne suffira pas ?
Parce que la gratuité, ici, ne compense pas l’inertie. Ni la méfiance.
Les vétérinaires ne sont pas prêts, et c’est normal
Imaginez : du jour au lendemain, l’État vous dit que pendant un mois, tous les chiens et chats du pays peuvent être vaccinés gratuitement. Super. Sauf que les cliniques vétérinaires, elles, ne sont pas des usines. Elles ont déjà leurs rendez-vous, leurs urgences, leurs clients réguliers. Et là, soudain, il faut absorber des centaines, voire des milliers, d’animaux en plus.
Résultat ? Des files d’attente interminables. Des propriétaires qui abandonnent après deux heures d’attente. Des vétérinaires épuisés qui finissent par refuser du monde. Et des animaux qui repartent sans vaccin.
L’ONSSA a pensé à tout ça ? Peut-être. Mais organiser une campagne nationale, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Il aurait fallu former plus de vétérinaires, ouvrir des centres éphémères dans les zones reculées, et surtout, communiquer avant le 1er septembre. Parce que là, c’est trop tard. Les gens ne savent même pas que la campagne existe.
La rage, c’est comme le choléra : on attend que ça pète pour agir
Le Maroc a un problème avec les maladies évitables. On attend que ça devienne une crise pour réagir. La rage ? On vaccine quand il y a un cas médiatisé. Le choléra ? On désinfecte les puits après des dizaines de morts. La leishmaniose ? On traite les chiens après que des villages entiers soient touchés.
Pourquoi ? Parce que la prévention, ça ne se voit pas. Un vaccin, c’est invisible. Un chien qui ne meurt pas de la rage, c’est un non-événement. Alors que fermer un marché à cause d’une épidémie, ça, ça fait la une des journaux.
L’ONSSA fait ce qu’elle peut. Mais une campagne d’un mois, c’est de la com’. Pas une solution. Pour éradiquer la rage, il faudrait vacciner 70% des chiens du pays. Tous les ans. Pas juste en septembre. Et là, clairement, on en est loin.
Ce que l’ONSSA ne vous dit pas
Officiellement, cette campagne est une réussite. Dans les communiqués, on parle de « sensibilisation », de « mobilisation », de « succès ». Mais dans les faits ? Les chiffres ne mentent pas. En 2022, l’ONSSA avait vacciné 1,2 million de chiens. En 2023, à peine 900 000. Et en 2024 ? Moins encore.
Pourquoi ? Parce que les Marocains ne vaccinent pas leurs animaux par conviction. Ils le font par obligation. Quand il faut un passeport pour voyager. Quand le véto menace de ne plus soigner le chien s’il n’est pas à jour. Mais une campagne gratuite, sans contrainte, sans urgence ? Ça ne marche pas.
Et puis, il y a un autre problème : la confiance. Beaucoup de gens pensent que les vaccins gratuits sont de mauvaise qualité. Que c’est de la camelote. Que si c’était vraiment efficace, ce ne serait pas gratuit. C’est idiot ? Bien sûr. Mais c’est comme ça.
Alors, vous allez y aller, vous ?
Si vous avez un chien ou un chat, et que vous habitez près d’une clinique vétérinaire, peut-être. Si vous avez le temps, la voiture, et l’envie de faire la queue pendant deux heures. Mais si vous êtes dans un douar, à 50 kilomètres du premier véto ? Oubliez.
L’ONSSA a fait un effort. C’est déjà ça. Mais une campagne de vaccination, c’est comme un régime : ça ne marche que si on s’y tient sur la durée. Et là, clairement, on en est loin. Alors oui, vaccinez votre animal si vous pouvez. Parce que la rage, ça ne pardonne pas. Mais ne vous faites pas d’illusions : cette campagne, c’est une goutte d’eau dans l’océan.
Et l’océan, il est toujours là. Avec ses chiens errants, ses morsures, et ses morts qu’on ne déclare pas.