Julianne Moore vieillit à Zurich, l’Oscar passe inaperçu

À 65 ans, Julianne Moore a reçu le Golden Icon Award à Zurich. Le prix honore une carrière, mais révèle surtout un cinéma qui célèbre ses icônes sans jamais les remettre en question. Pendant ce temps, Hollywood continue de faire comme si le temps n’avait pas d’emprise sur ses stars.

Publié le 26 septembre 2026 à 10:02
Julianne Moore vieillit à Zurich, l’Oscar passe inaperçu

Julianne Moore à Zurich : l'Oscar vieillit, le cinéma s'en fout

Julianne Moore a marché sur le tapis rouge du Festival du film de Zurich comme une reine qui sait qu’on ne lui demandera pas son âge. 65 ans. Deux Oscars. Une carrière qui dure. Le Golden Icon Award, ce prix consensuel décerné par des jurés qui ont probablement oublié leur propre jeunesse, lui a été remis sans une seule question sur sa méthode pour rester jeune, ni sur ce que ça signifie d’être une légende à l’heure où les algorithmes de casting privilégient des visages de 25 ans.

Pourtant, le cinéma américain a un problème avec le temps. Pas celui des acteurs, non. Celui des récits. Celui des rôles qui leur sont encore proposés. Moore, on la voit encore dans des films ambitieux, mais souvent dans des rôles qui sentent le cameo posthume : la mère qui a tout donné, la femme brisée par la vie, la survivante. Rarement la jeune femme en colère, la séductrice, la rebelle. Même May December, son dernier film, joue sur le contraste entre sa maturité et la jeunesse de son partenaire. Comme si Hollywood ne pouvait plus se résoudre à la voir sans la comparer à ce qu’elle n’est plus.

Le prix qui ne dit pas son nom

Le Golden Icon Award, c’est le prix des has been qui n’ont pas encore tout à fait disparu. À Zurich, on l’a décerné à Moore comme on décernerait une médaille d’honneur à un vétéran : pour services rendus. Sauf que le cinéma, lui, ne rend rien. Il prend. Il prend les visages, les voix, les corps, et quand ils ne correspondent plus à l’idée qu’on s’en fait, il les relègue aux rôles de figurantes ou aux seconds rôles mélancoliques.

En 2023, une étude de l’Université de Californie du Sud (USC) a montré que les femmes de plus de 40 ans ne représentaient que 12 % des rôles principaux dans les films hollywoodiens. Moore, elle, a dépassé ce plafond de verre depuis longtemps. Mais le problème n’est pas qu’elle soit encore là. C’est qu’on lui demande de jouer les fantômes de ce qu’elle fut.

Le cinéma et ses vieux démons

À Zurich, personne n’a osé demander à Moore ce qu’elle pensait de cette tendance. Personne n’a non plus évoqué le fait que, dans l’industrie, les actrices de son âge sont souvent reléguées aux projets indépendants ou aux séries où elles peuvent se fondre dans le décor. Pourtant, May December a été un succès critique. Preuve que le public, lui, n’a pas de problème avec les visages marqués par le temps. Mais les studios, si.

Pourquoi ? Parce que le cinéma hollywoodien a peur. Peur de montrer que les femmes vieillissent. Peur de perdre son public adolescent. Peur, surtout, de devoir admettre que ses héroïnes ne sont pas éternelles. Alors on préfère leur donner des rôles où elles peuvent pleurer en silence, plutôt que de les faire rire, hurler ou aimer sans complexe.

Et après ?

Julianne Moore va continuer à tourner. Elle a dit qu’elle ne comptait pas ralentir. Mais à quel prix ? Celui d’une industrie qui la traite comme une relique, tout en comptant sur elle pour donner une once de crédibilité à ses histoires ?

Le Golden Icon Award est une médaille en or pour une carrière. Mais c’est aussi un miroir sans tain : il montre ce que le cinéma fait de ses stars quand elles ne correspondent plus à son imaginaire. Et ça, personne ne veut en parler.

Le cinéma célèbre ses icônes. Mais il ne les aime pas quand elles vieillissent.

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R Galaxie Rédaction

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