Un chiffre qui cloche depuis des semaines
Les consultations pour infections respiratoires aiguës (IRA) en Polynésie française restent au-dessus de la moyenne saisonnière depuis début juin. Pas une simple poussée passagère : un plateau qui s’étire, sans signe de répit. Selon le dernier bulletin de veille sanitaire de la Direction de la Santé, les passages aux urgences et en médecine libérale ne redescendent pas sous le seuil de base, celui qu’on observe généralement après la saison des pluies. Et ça, c’est nouveau.
D’habitude, à cette période, les IRA commencent à décliner. Pas cette année. Les virus circulent toujours, et les médecins en ont marre de répéter la même chose : « Portez un masque si vous êtes malade, aérez les pièces, lavez-vous les mains. » Des conseils basiques, mais qui ne suffisent plus. Pourquoi ? Parce que le problème n’est pas qu’un manque d’hygiène. C’est plus profond.
Les hôpitaux en mode alerte permanente
À l’hôpital de Tahiti, les services de pédiatrie et de réanimation respiratoire tournent encore en urgence. Pas de larmoiements, pas de discours sur la charge mentale des soignants, juste des lits qui manquent et des patients qui attendent. Le Dr. Maeva Temauri, chef de service en pneumologie, l’a résumé sans détour lors d’une réunion avec les élus locaux : « On a l’impression de jouer à la roulette russe avec les lits. Un seul cluster dans une école, et c’est la surcharge. »
Le pire ? Les IRA touchent autant les adultes que les enfants. Les plus de 65 ans, souvent fragilisés, arrivent en nombre croissant. Et les cas graves, ceux qui nécessitent une oxygénation, ne diminuent pas. Pourquoi cette persistance ?
1. Un virus qui résiste : le VRS, ce vieux connard des IRA
Le virus respiratoire syncytial (VRS) est de retour, et il ne lâche rien. Ce n’est pas une surprise pour les épidémiologistes : le VRS a un cycle bizarre. Il peut réapparaître en pleine saison sèche, surtout dans les zones tropicales comme la Polynésie. Mais cette année, il est plus agressif que d’habitude.
« On voit des formes plus sévères, surtout chez les adultes non vaccinés », explique le Pr. Hiti Tehura, virologue à l’Institut Louis Malardé. Problème : la Polynésie n’a pas de campagne de vaccination massive contre le VRS. Les stocks de vaccins sont limités, et les priorités ont été données aux personnes âgées. Résultat : les moins de 50 ans, souvent en bonne santé, se retrouvent hospitalisés pour des bronchiolites ou des pneumonies.
2. Le masque, ce fantôme des années Covid
Oui, on vous a tous seriné pour les masques. Mais aujourd’hui, personne ne les porte plus. Les gens ont oublié. Ou alors, ils les trouvent « inutiles ». Erreur.
À Pirae, dans les marchés bondés, les postillons volent. Dans les bus, les enfants toussent sans se couvrir la bouche. La transmission est facile. Et les variants du VRS, comme ceux de la grippe, mutent. Plus ils circulent, plus ils deviennent résistants aux traitements.
« On est dans une logique de négligence collective », lance une infirmière en service aux urgences, qui préfère rester anonyme. « On a cru que le Covid était fini. En réalité, il a juste laissé la place à d’autres virus. »
3. Les écoles, ce terrain de jeu des IRA
Les crèches et les écoles primaires sont les principaux foyers de contamination. Pourquoi ? Parce que les enfants ne sont pas vaccinés contre le VRS, et parce que les protocoles sanitaires ont été allégés. Plus de gel hydroalcoolique à l’entrée des classes. Plus de masques obligatoires dans les bus scolaires.
« Un enfant tousse en classe, et trois jours plus tard, c’est l’épidémie dans la famille », raconte une enseignante de Papara. Les parents ne se rendent pas compte. Ils croient que c’est « juste un rhume ». Sauf que non.
Le gouvernement fait-il assez ?
Officiellement, oui. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées. Des stocks de masques ont été redistribués. Mais sur le terrain, ça ne suffit pas.
Preuve n°1 : le manque de lits en réanimation. Preuve n°2 : l’absence de stratégie vaccinale claire pour les moins de 60 ans. Preuve n°3 : les retards dans la détection des clusters. « On réagit toujours après la catastrophe », critique un élu de Bora Bora, excédé.
Le gouvernement polynésien mise sur l’immunité collective. Problème : avec les variants actuels, personne n’est à l’abri. Et les hospitalisations, elles, continuent de monter.
Ce que personne ne dit
Il y a un autre facteur, plus politique. La Polynésie n’a pas les moyens d’une vraie campagne vaccinale massive.
- Les vaccins coûtent cher. Et l’État français, qui finance une partie des soins, ne débloque pas assez de fonds pour une stratégie offensive.
- Les médecins sont en nombre insuffisant. Beaucoup ont quitté le territoire ces dernières années. Résultat : les centres de santé sont sous-dotés, et les médecins généralistes saturent.
- La population se méfie des vaccins. Après les polémiques sur le Covid, beaucoup refusent de se faire vacciner, même contre la grippe.
Bref, on est dans la merde. Et personne ne veut en assumer la responsabilité.
Que faire, concrètement ?
Si vous ne voulez pas finir aux urgences avec une pneumonie, voici ce que vous pouvez faire, sans attendre les consignes du gouvernement :
- Masque en intérieur. Oui, même en 2024. Surtout si vous êtes malade ou si vous vivez avec des personnes fragiles.
- Vaccinez vos enfants. Le vaccin contre le VRS existe pour les nourrissons. Pourquoi prendre le risque ?
- Aérez. Vraiment. Pas juste « ouvrir la fenêtre 5 minutes ». Faites circuler l’air, surtout le soir.
- Évitez les rassemblements fermés. Les mariages, les fêtes d’entreprise, les soirées entre potes sont des bombes à virus.
Le gouvernement ne va pas vous sauver. À vous de jouer.
Le vrai problème : on a oublié comment se protéger
Le Covid a été un électrochoc. Puis on a baissé la garde. Aujourd’hui, les IRA reviennent en force, et personne ne semble s’en soucier.
Pourtant, les chiffres sont là : +25 % de consultations pour bronchiolite chez les moins de 2 ans depuis mai. +18 % d’hospitalisations pour pneumonie chez les plus de 60 ans.
Alors oui, c’est la saison. Oui, les virus circulent toujours. Mais cette fois, c’est différent. Parce que personne ne réagit à temps. Parce que les hôpitaux sont à la limite. Parce que la population a oublié les bases.
La Polynésie peut encore éviter le pire. Mais il faut agir maintenant. Pas dans trois semaines. Pas quand les urgences seront saturées.
La dernière ligne droite
Si la tendance ne s’inverse pas d’ici fin juillet, on risque une nouvelle crise sanitaire. Pas une épidémie massive, non. Juste un affaiblissement général, des lits qui manquent, des familles qui s’épuisent.
Le gouvernement peut encore agir :
- Obliger les écoles à appliquer des protocoles stricts (masques en cas de cluster, tests systématiques).
- Lancer une campagne de vaccination massive pour les 60-70 ans.
- Débloquer des fonds pour recruter du personnel soignant.
Mais il ne le fera pas. Parce que ça coûte cher. Parce que ça dérange. Parce que personne ne veut entendre parler de restrictions.
Alors à vous de choisir. Vous attendez que les urgences soient pleines pour réagir ? Ou vous agissez avant que ce soit trop tard ?