L’Inde, otage de ses câbles sous-marins
L’Inde compte 20 câbles sous-marins pour relier ses données au reste du monde. Vingt. C’est peu. Très peu. Pour comparaison, les États-Unis en ont 150. La Chine, 100. L’Europe, 200. L’Inde, elle, mise tout sur quelques artères vitales. Et si l’une d’elles lâche ? Personne n’a de plan B. En 2019, un câble entre Chennai et Singapour a été endommagé par un chalutier. Trois jours sans internet dans le sud du pays. En 2021, un autre câble a été sectionné près de Mumbai. Cette fois, c’est la Bourse qui a mis 45 minutes à redémarrer. Personne n’a tiré la sonnette d’alarme. Pourtant, ces incidents ne sont pas des accidents isolés. Ils sont la preuve que le système est pourri jusqu’à la moelle.
Le pire ? Ces câbles ne sont pas indestructibles. Ils sont enterrés à 2 000 mètres de profondeur, mais pas assez profond pour échapper aux ancres des bateaux, aux câbles de remorquage, ou même aux tremblements de terre. En 2008, un séisme au large de Sumatra a coupé huit câbles d’un coup. L’Inde en a été touchée de plein fouet. Aujourd’hui, rien n’a changé. Les nouveaux câbles posés ces dernières années ? Ils suivent les mêmes trajets. Même vulnérabilité. Même négligence.
Et puis, il y a la question de la dépendance. L’Inde importe 99 % de sa capacité internet. 99 %. Un chiffre qui en dit long sur sa faiblesse stratégique. Si demain, un acteur malveillant, un État, une organisation criminelle, un pirate, décide de couper ces câbles, l’Inde sera à genoux. Pas seulement économiquement. Socialement. Militairement. Parce qu’internet, aujourd’hui, ce n’est pas qu’un luxe. C’est l’oxygène des banques, des hôpitaux, des armées. Sans lui, le pays s’étouffe.
Pourquoi personne ne fait rien ?
Parce que personne ne veut assumer la responsabilité. Les opérateurs télécoms, Airtel, Reliance Jio, BSNL, savent que ces câbles sont un point faible. Mais en parler, c’est admettre qu’ils n’ont pas de solution. Les gouvernements, eux, préfèrent faire semblant. Le ministère des Télécoms indien a bien lancé un projet de câble national en 2020, mais il traîne depuis trois ans. Pourquoi ? Parce que construire un réseau résilient coûte cher. Très cher. Et parce que, au fond, personne ne croit vraiment à une attaque massive. Pourtant, les signes sont là.
En 2021, des pirates ont coupé le câble sous-marin entre les Maldives et l’Inde. Résultat : les communications ont été interrompues pendant deux semaines. Personne n’a revendiqué l’attentat. Mais tout le monde sait que ça peut arriver. Encore plus aujourd’hui, avec les tensions géopolitiques. La Chine, qui contrôle une partie des câbles passant par son territoire, pourrait-elle saboter ceux de l’Inde en cas de conflit ? Possible. Les États-Unis, qui surveillent de près les infrastructures critiques, ferment-ils les yeux ? Probablement. Parce que personne ne veut déclencher une guerre des câbles. Sauf que si rien n’est fait, ce sera trop tard.
Le vrai danger : l’Inde ne se prépare pas à l’apocalypse
L’Inde a un plan pour les catastrophes naturelles. Pour les cyberattaques. Même pour les guerres. Mais pas pour une coupure massive d’internet. Pourtant, les scénarios existent. En 2013, un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) avait alerté sur les risques d’une attaque contre les câbles sous-marins. Dix ans plus tard, rien n’a bougé. Pourquoi ? Parce que les décideurs indiens croient encore au mythe de l’invulnérabilité. « Notre trafic est trop important pour être ciblé », disent-ils. « Personne n’oserait nous attaquer. » Sauf que la réalité est bien différente.
Prenez le cas de la Russie. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, Moscou a été partiellement isolée du réseau mondial. Résultat : des sites gouvernementaux ont été coupés, les banques ont eu du mal à fonctionner, et même les médias d’État ont galéré. L’Inde, avec sa dépendance extrême, serait bien pire touchée. Et si demain, un conflit éclate dans l’océan Indien ? Si la Chine décide de bloquer les câbles passant par ses eaux territoriales ? Si un pirate collectif, comme les Anonymous, lance une attaque coordonnée ? L’Inde n’a pas de réponse. Zéro.
Ce que les câbles cachent vraiment
Derrière cette histoire de câbles sous-marins, il y a une autre vérité : l’Inde ne maîtrise pas son destin numérique. Elle est le jouet des géants, les États-Unis, la Chine, les opérateurs privés, qui contrôlent ces infrastructures. Et si demain, l’un d’eux décide de serrer la vis ? L’Inde n’aura même pas les moyens de se défendre. Parce que pour se protéger, il faudrait construire un réseau indépendant. Un câble 100 % indien, contrôlé par New Delhi, sans dépendre des routes maritimes étrangères. Mais ça coûterait des milliards. Et ça prendrait des années.
Alors, à la place, on fait semblant. On parle de 5G, d’intelligence artificielle, de villes intelligentes. Mais personne ne parle des câbles. Personne ne veut admettre que l’Inde, malgré son ambition numérique, reste un géant aux pieds d’argile. Un géant qui pourrait s’effondrer du jour au lendemain, simplement parce qu’un fil a été coupé.
La question qui tue
Alors, que faire ? Attendre le pire ? Non. Parce que le pire, c’est qu’il arrive sans prévenir. En 2008, personne ne s’attendait à ce que huit câbles soient coupés en une seule fois. En 2019, personne ne s’attendait à une panne de 60 % du trafic internet. Et demain ? Demain, ce pourrait être pire. Beaucoup pire.
L’Inde a le choix : soit elle se réveille maintenant et investit massivement dans des infrastructures résilientes, soit elle continue à jouer avec le feu. Et un jour, ce sera trop tard. Parce qu’une fois les câbles coupés, ce ne sera pas qu’une question de jours ou de semaines pour se relever. Ce sera une question de survie.
Ce que personne ne dit
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer la responsabilité. Les opérateurs télécoms ? Ils préfèrent garder le silence pour ne pas effrayer les investisseurs. Le gouvernement ? Il a d’autres priorités. Les experts ? Ils publient des rapports qui finissent dans un tiroir. Résultat : l’Inde avance à tâtons vers une catastrophe qu’elle refuse d’envisager. Et le jour où les câbles lâcheront, ce sera trop tard pour regretter.
Parce qu’internet, aujourd’hui, ce n’est plus une option. C’est une nécessité. Et si l’Inde perd son accès, ce ne sera pas qu’une panne. Ce sera un effondrement. Un effondrement dont personne ne se remettra facilement.
Alors, prêt à parier que ça n’arrivera jamais ? Moi, je ne le ferais pas.