9509 morts par an en Belgique, et on en parle encore trop peu

Un IMC élevé a tué plus de 9500 personnes en Belgique en 2022. Sciensano alerte sur 157 000 années de vie perdues, mais les politiques de prévention traînent. Pourquoi on ne se réveille pas ?

Publié le 1 octobre 2026 à 22:10
9509 morts par an en Belgique, et on en parle encore trop peu

Le chiffre que personne ne veut commenter

Sciensano, l’institut de santé publique, a publié ses données sans faire de vagues. Pas de communiqué tapageur, pas de conférence de presse, juste un rapport posé sur la table comme un fait parmi d’autres. Pourtant, 9509 morts par an, c’est l’équivalent de deux Boeing 737 qui s’écrasent chaque année, mais en silence. Personne ne manifestait en 2022 pour ces vies perdues. Personne n’a sonné l’alarme. Juste des chiffres dans un tableau, comme si c’était normal.

Et pourtant, ce n’est pas normal. Un IMC élevé, c’est un marqueur de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète, certains cancers. C’est aussi un indicateur social : plus on est pauvre, plus on mange mal, plus on bouge peu. À Bruxelles, par exemple, près de 60 % des habitants sont en surpoids ou obèses. À Charleroi, c’est pire. Les inégalités tuent, et elles tuent deux fois : d’abord par la précarité, ensuite par les conséquences sanitaires. Mais on préfère parler de tout sauf de ça.

Pourquoi les politiques de prévention sont un échec

La Belgique a des plans, des stratégies, des recommandations. En 2018, le gouvernement fédéral a lancé un plan national nutrition-santé avec des objectifs ambitieux : réduire la consommation de sel, de sucre, et promouvoir l’activité physique. Résultat ? Rien. Ou presque. Les campagnes de sensibilisation ? Oubliées. Les subventions pour les légumes ? Dilapidées dans des budgets qui fuient ailleurs. Les programmes scolaires sur l’alimentation ? Supprimés ou réduits à une heure par an, le temps de cocher une case.

Et puis il y a l’industrie. Les fast-foods, les distributeurs de sodas dans les écoles, les publicités pour les snacks à la télé. Tout est conçu pour que manger mal soit facile, rapide, et bon marché. À l’inverse, manger sain coûte cher. Un kilo de pommes de terre ? 1,50 €. Un burger ? 1 €. Le choix est simple, et il n’est pas neutre.

Ce qui se passe quand on ignore le problème

En 2022, 157 178 années de vie ont été perdues à cause d’un IMC élevé. Autrement dit, si on additionnait toutes ces années, ça ferait plus de 430 vies humaines entières effacées. 430 personnes en moins qui auraient pu vieillir, travailler, profiter de leurs petits-enfants. À l’échelle d’un pays, c’est une hémorragie silencieuse.

Et le pire ? On sait comment agir. Pas besoin de révolution. Juste des mesures simples : taxer les produits ultra-transformés, interdire la pub pour les junk foods avant 21 heures, rendre les fruits et légumes abordables pour tous, et enfin, financer des programmes de sport dans les quartiers défavorisés. Mais non. On préfère attendre que les gens meurent un peu plus, sans faire de vagues.

Pourquoi les régulateurs n’ont pas bougé

Parce que c’est compliqué. Parce que l’industrie agroalimentaire a des lobbies, des influenceurs, des campagnes qui marchent. Parce que les politiques préfèrent les mesures symboliques, une campagne de sensibilisation par an, un panneau « Mangez cinq fruits et légumes par jour » dans les gares, plutôt que de toucher aux vrais leviers. Parce que la santé, ça ne rapporte pas de voix.

Et puis, il y a la question du confort. Parler d’obésité, c’est parler de responsabilité individuelle. C’est dire aux gens qu’ils ont échoué. Pourtant, personne ne naît avec un IMC à 30. C’est l’environnement qui le façonne : le stress, la pauvreté, le manque de temps, l’accès limité aux soins. Mais c’est plus facile de pointer du doigt le citoyen que de regarder en face les failles du système.

Ce qu’on pourrait faire, mais qu’on ne fait pas

En France, la loi EGAlim a interdit les publicités pour les produits sucrés et gras à la télé avant 22h. En Angleterre, un impôt sur les sodas a réduit leur consommation de 15 % en deux ans. Au Mexique, la taxe sur les boissons sucrées a fait baisser les achats de 12 %. Rien de tout ça chez nous. Juste des discours, des rapports, et des chiffres qui s’allongent.

La dernière chance

Sciensano a encore une fois sonné l’alarme. Mais cette fois, il faut que ça change. Pas avec des mots, pas avec des bonnes intentions, mais avec des actes. Si on ne veut pas que ces 9509 morts deviennent 10 000, puis 11 000, il est temps d’agir. Vraiment.

Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : la Belgique a le choix. Soit elle continue à ignorer le problème, et les chiffres vont continuer à monter. Soit elle se réveille, et elle agit. Le compteur est lancé.

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R Galaxie Rédaction

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