En 2024, alors que les alertes sur les risques de l’IA s’accumulent comme des cendres sous une cendre, les patrons du secteur ont sorti leur grand jeu : un code de bonne conduite. Non contraignant. Volontaire. Signé devant Donald Trump, qui a immédiatement tweeté son soutien à cette « approche responsable ». Traduction : les États-Unis viennent d’enterrer une régulation forte sur l’IA, et les acteurs du secteur s’en réjouissent. Pourquoi ? Parce que ça leur évite des contraintes. Et parce que Trump, lui, préfère les promesses creuses aux lois qui dérangent.
Le code qui ne change rien
Ce « code », parce qu’on va appeler ça comme ça, même si c’est un bout de papier, a été signé par les grands noms : Sam Altman (OpenAI), Sundar Pichai (Google), et d’autres. Leur engagement ? « Développer l’IA de manière sûre, éthique, et transparente ». Sauf que ces mots, vous les avez déjà lus en 2016. En 2018. En 2020. À chaque fois, les mêmes promesses, les mêmes fuites, les mêmes scandales. En 2023, une étude de l’Université de Stanford a montré que 40 % des modèles d’IA généraient des biais discriminatoires, et personne n’a été sanctionné. Personne n’a perdu un dollar. Personne n’a même été rappelé à l’ordre.
Pourtant, cette fois, c’est différent ? Non. Parce que ce code n’a aucune force légale. C’est comme si McDonald’s signait un papier pour promettre de ne plus vendre de burgers trop gras, mais sans obligation de contrôle. Sans amendes. Sans vérification. Les patrons de l’IA peuvent continuer à mentir sur la sécurité de leurs modèles, et personne ne les forcera à payer.
Trump et l’art de saboter sans toucher à rien
Donald Trump, lui, a joué son rôle à la perfection. En 2023, la Maison-Blanche avait envisagé une loi pour encadrer l’IA, avec des sanctions pour les entreprises qui mentiraient sur leurs systèmes. Résultat ? Trump a fait savoir qu’il vetoierait toute régulation contraignante. « L’Amérique n’a pas besoin de bureaucrates à Washington pour décider de l’avenir de la technologie », a-t-il déclaré. Traduction : les lobbies de la tech peuvent continuer à faire ce qu’ils veulent, et les États-Unis restent le Far West de l’IA, sans règles, sans garde-fous, sans conséquences.
Pourquoi Trump ? Parce que pour lui, comme pour les patrons de l’IA, la régulation, c’est l’ennemi. Ça coûte cher. Ça complique les choses. Ça donne des armes aux concurrents étrangers. Et puis, au fond, Trump préfère les solutions simples : « On fait confiance aux entreprises, et si ça merde, on verra plus tard. » Sauf que « plus tard », avec l’IA, ça peut être trop tard.
Ce que ce code cache vraiment
Ce qui est drôle, c’est que ce code arrive juste après que l’UE ait adopté son propre texte, le AI Act, qui, lui, impose des obligations strictes. Des amendes. Des audits. Des interdictions pour les systèmes trop risqués. Résultat ? Les États-Unis, pays qui représente 40 % du marché mondial de l’IA, viennent de choisir la facilité. Pas de loi. Pas de contrôle. Juste des sourires et des poignées de main.
Et les risques ? Ils sont réels. En 2022, un rapport du Center for AI Safety (un groupe indépendant) a estimé que les systèmes d’IA les plus puissants pourraient poser un danger existentiel d’ici 2026. Traduction : des modèles capables de manipuler des millions de personnes, de pirater des infrastructures critiques, ou même de prendre des décisions qui nous échappent. Et devinez quoi ? Personne ne sera responsable.
Pourquoi les régulateurs ferment les yeux
Alors, pourquoi personne ne bronche ? Parce que l’IA, c’est l’or noir du XXIe siècle. Les États-Unis ne veulent pas rater le train. La Chine non plus, d’ailleurs. Et l’Europe, malgré son AI Act, reste divisée : certains pays veulent aller plus loin, d’autres freinent des quatre fers. Résultat ? Un vide juridique. Un terrain de jeu pour les géants, où les règles s’écrivent au fur et à mesure, quand elles s’écrivent.
Et puis, il y a un détail qui saute aux yeux : ces patrons de l’IA sont aussi ceux qui financent les campagnes politiques. Sam Altman a rencontré Biden, Trump, et même des membres du Congrès. Sundar Pichai a été reçu à la Maison-Blanche. Ils ont les oreilles des décideurs. Et quand on a les bonnes relations, on peut se permettre des codes de bonne conduite qui ne servent à rien.
Le vrai jeu : qui contrôle l’IA ?
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est une course. Une course pour voir qui imposera ses règles : les États, les entreprises, ou… l’IA elle-même. Parce que si les modèles deviennent assez puissants, ils pourraient décider à notre place. Et là , plus de code de bonne conduite. Plus de promesses. Juste des algorithmes qui prennent les rênes.
Alors, ce code, il change quoi ? Rien. Il achète du temps. Du temps pour que les géants de la tech continuent à innover sans entraves. Du temps pour que les régulateurs restent en retrait. Du temps pour que Trump et ses amis puissent dire : « On a essayé, mais les entreprises ont fait mieux que nous. »
Sauf que le temps, avec l’IA, c’est une denrée rare. Et quand le réveil sonnera, il sera peut-être trop tard pour se dire : « On aurait dû faire mieux. »
Ce qu’il faut retenir
- Ce code n’est pas une régulation. C’est un paravent. Une façon de dire : « On fait semblant de faire quelque chose. »
- Trump a saboté une loi qui aurait pu encadrer l’IA. Parce que pour lui, comme pour les patrons de la tech, les règles, c’est pour les autres.
- Les risques sont réels, mais personne ne veut en parler. Parce que ça fait peur. Parce que ça complique les choses. Parce que ça pourrait faire chuter les actions de ces géants.
- L’Europe avance, mais les États-Unis reculent. Et sans les États-Unis, l’IA reste un Far West, avec ses bandits, ses tricheurs, et ses victimes.
La vraie question, maintenant, c’est : jusqu’à quand on va attendre ?
Parce que quand l’IA deviendra assez puissante pour décider à notre place, il sera trop tard pour signer des codes de bonne conduite. Il sera trop tard pour dire : « On aurait dû faire mieux. »
Et là , ce ne seront plus les patrons de la tech qui auront le dernier mot. Ce sera l’IA.
Et personne ne sait encore qui la contrĂ´lera.