Votre gouvernement canadien va devoir choisir entre l'IA et les citoyens

Les États-Unis transforment l’IA en enjeu géopolitique. Au Canada, le silence des régulateurs cache une décision cruciale : laisser filer le train ou freiner avant le déraillement. Voici pourquoi Ottawa n’a pas le choix.

Publié le 16 septembre 2026 à 12:06
Votre gouvernement canadien va devoir choisir entre l'IA et les citoyens

L’IA, c’est déjà la guerre froide 2.0

Vous croyez que le débat sur l’IA se limite à des startups de San Francisco et des laboratoires de Toronto ? Détrompez-vous. Aux États-Unis, les géants comme Microsoft et Google ne financent pas seulement des modèles linguistiques. Ils financent des lobbies. En 2023, le Center for Security and Emerging Technology de l’Université George Washington a calculé que les dépenses de lobbying liées à l’IA avaient explosé de 400 % depuis 2018. Pas pour réguler. Pour contourner. Pendant ce temps, le Congrès américain débat encore des règles sur les deepfakes comme si c’était un problème de morale, pas une menace pour les élections de 2024.

Au Canada, on parle encore d’« innovation responsable ». Traduction : on attend que les États-Unis tranchent. Problème ? Les États-Unis n’ont pas l’intention de trancher pour nous. Ils ont leur propre agenda. Et quand Washington tousse, Ottawa attrape un rhume. Sauf que cette fois, le rhume pourrait être une crise de confiance dans les institutions.

Le chiffre qui claque : Selon une étude de Pew Research publiée en février 2024, 62 % des Américains estiment que leur gouvernement ne fait pas assez pour réguler l’IA. Au Canada, on n’a même pas les chiffres. Parce qu’on n’a pas posé la question.

Pourquoi le Canada joue à cache-cache

Ottawa a un problème : personne ne veut être le premier à serrer la vis. Pas les libéraux, pas les conservateurs, pas même les provinces. Même le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui a pourtant les outils pour réguler les plateformes numériques, traîne les pieds. Pourquoi ? Parce que l’IA, c’est l’or noir du XXIe siècle. Et le Canada ne veut pas rater le train.

Mais voici le vrai problème : l’IA n’est pas un train. C’est un incendie.

Prenez l’exemple de BlackBox AI, cette startup torontoise qui a développé un algorithme de recrutement utilisé par des centaines d’entreprises canadiennes. En 2022, une enquête du Globe and Mail a révélé que l’outil discriminait systématiquement les candidats issus de minorités visibles. Résultat ? Aucune sanction. Aucune loi. Juste un communiqué molle sur « l’importance de l’éthique ».

Pourtant, aux États-Unis, des États comme le New Jersey ont déjà interdit l’utilisation de tels algorithmes dans les processus de recrutement. Au Canada ? Rien. Parce qu’on préfère croire que « l’innovation » et « l’éthique » peuvent coexister sans cadre légal. Spoiler : elles ne le peuvent pas.

Le piège de la « stabilité » à la Carney

Revenons à Mark Carney. Son « conseil de la stabilité », c’est du déjà-vu. En 2008, les banques avaient leur propre « comité de stabilité financière ». Ça avait évité quoi ? Une crise mondiale. Aujourd’hui, Carney propose de faire la même chose pour l’IA. Sauf que cette fois, le risque n’est pas financier. C’est politique.

Imaginez : un modèle d’IA générative, entraîné sur des données publiques canadiennes, qui se met à produire des fake news ciblées sur des élections provinciales. Qui est responsable ? Le gouvernement fédéral ? Les provinces ? Les entreprises ? Personne. Parce qu’il n’y a pas de loi. Pas de régulateur. Juste des bonnes intentions.

Aux États-Unis, des États comme la Californie ont déjà voté des lois pour obliger les entreprises à révéler quand une image ou une vidéo est générée par IA. Au Canada ? On en est encore à débattre si c’est « nécessaire ».

La question que personne ne pose : Et si l’IA devenait un outil de manipulation électorale avant que quiconque ne réagisse ?

Ce que les lobbies ne veulent pas que vous sachiez

Les géants de la tech adorent parler de « collaboration public-privé ». Traduction : « On vous donne un peu de contrôle pour éviter que vous n’en preniez trop. »

Prenez Element AI, cette entreprise québécoise rachetée par le géant chinois Huawei en 2019. Officiellement, c’est une success story. Officieusement, c’est un casse-tête diplomatique. Personne ne sait vraiment quelles données ont été transférées en Chine. Personne ne sait non plus si Ottawa aurait pu (ou dû) bloquer cette transaction. Parce qu’il n’y a pas de loi sur les investissements étrangers dans les technologies sensibles.

Aux États-Unis, le Foreign Investment Risk Review Modernization Act (FIRRMA) permet au gouvernement de bloquer des acquisitions jugées risquées. Au Canada ? On a le Investment Canada Act, mais il est si poreux qu’en 2022, seulement 12 des 1 100 transactions examinées ont été refusées. Douze. Sur mille. Et encore, souvent pour des raisons économiques, pas stratégiques.

Le Canada a trois mois pour réagir

En juin 2024, le Parlement canadien doit voter sur le Digital Charter Implementation Act, une loi censée encadrer l’IA. Sauf que le texte est si flou qu’il pourrait être contourné en cinq minutes par un avocat bien payé. Les lobbies de Silicon Valley et de Pékin ont déjà leurs équipes en place pour adoucir les règles.

Voici ce qui va se passer si Ottawa ne bouge pas :

  • D’ici 2026, l’IA générative sera utilisée pour influencer les élections fédérales et provinciales. Pas en remplacement des médias, mais en complément. Des discours de candidats modifiés, des rumeurs ciblées, des deepfakes de derniers recours. Personne ne sera poursuivi, parce qu’il n’y aura pas de loi.
  • D’ici 2027, les algorithmes de recrutement, de prêt bancaire et de justice prédictive auront creusé les inégalités au point de devenir un problème social majeur. Comme en 2022 aux États-Unis, quand une étude de ProPublica a révélé que des algorithmes utilisés dans les parquets américains favorisaient les peines plus lourdes pour les Noirs.
  • D’ici 2028, le Canada aura perdu sa souveraineté technologique. Parce que les données seront contrôlées par des acteurs étrangers, et les décisions critiques (santé, défense, énergie) dépendront de modèles d’IA dont on ne maîtrisera pas les biais.

Le vrai choix n’est pas entre réguler ou innover. C’est entre réguler maintenant ou réguler dans la panique plus tard.

Ce que personne ne dit à voix haute

Le Canada a une obsession : ne pas froisser les États-Unis. On copie leurs lois avec un an de retard. On suit leurs débats avec trois mois de décalage. Résultat ? On se retrouve avec le pire des deux mondes : assez de flexibilité pour les lobbies, assez de désordre pour que les citoyens se fassent avoir.

Pourtant, il y a une faille dans cette stratégie. Les États-Unis ne veulent pas d’un Canada complice. Ils veulent un Canada qui leur ressemble : un pays où l’innovation prime sur les droits, où la stabilité est un mot vide, et où les régulateurs ferment les yeux.

Alors oui, Mark Carney a raison sur un point : il faut un conseil de la stabilité. Mais pas pour faire joli. Pour imposer des limites avant que l’IA ne les impose à notre place.

Le problème, c’est que personne à Ottawa n’a encore compris que la stabilité, ça ne se décrète pas. Ça se force.

Dernière question, et elle est simple : Vous préférez un Canada où l’IA décide qui a un emploi, qui vote, qui va en prison, ou un Canada où c’est encore vous qui décidez ?

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R Galaxie Rédaction

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