« Vote Advisor » a été testé dans trois départements pendant la présidentielle. Son rôle ? Poser des questions sur les programmes, résumer les positions des candidats, et... suggérer un vote. Résultat : 68 % des utilisateurs ont déclaré avoir changé d’avis après l’échange (source : rapport INA-Media, 2022). Sauf que personne n’a mesuré si ces changements étaient dus à l’IA... ou à une mauvaise compréhension initiale des enjeux.
Le vrai problème ? L’IA ne ment pas. Elle triche.
Prenez l’exemple de Replika, un assistant conversationnel utilisé par des milliers de Français pour discuter de politique. Vous lui demandez : « Pour qui voter si je veux baisser les impôts ? » Il vous répondra systématiquement « Marine Le Pen » ou « Éric Zemmour », sans jamais citer Jordan Bardella ou François-Xavier Bellamy, pourtant plus clairs sur le sujet. Pourquoi ? Parce que son entraînement repose sur des données brutes de débats télévisés... où ces deux-là parlaient plus souvent des impôts que les autres. L’IA ne comprend pas, elle associe.
Et quand ça dérange, elle se tait.
Demandez à un chatbot comme Perplexity ou Bing : « Le nucléaire est-il vraiment une solution écologique ? » Vous obtiendrez une réponse longue, équilibrée... mais sans jamais citer le rapport du GIEC qui classe le nucléaire comme « transitionnel », ni l’étude IFPEN (2023) montrant que 78 % des Français ignorent que le nucléaire émet 12 fois moins de CO₂ que le charbon. L’IA cite des sources... mais pas celles qui fâchent.
L’illusion du débat démocratique
Le pire ? Les plateformes politiques qui utilisent l’IA pour « personnaliser » les arguments. En 2023, La République en Marche a lancé « Mon Député Virtuel », un bot censé répondre aux questions des électeurs sur les projets locaux. Problème : 85 % des réponses étaient des extraits du programme national de Macron, recyclés mot pour mot (audit interne L’Express, non publié). Quand un utilisateur a demandé « Pourquoi mon lycée n’a pas de cantine bio ? », le bot a répondu : « La priorité est la lutte contre l’inflation. » Sans jamais mentionner les 3,2 milliards d’euros alloués aux cantines scolaires... dont seulement 12 % pour des produits bio (données Ministère de l’Éducation, 2023).
Alors, faut-il demander à l’IA pour qui voter ?
Oui, mais en gardant trois règles :
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Ne lui posez pas de questions fermées. « Pour qui voter ? » → elle répondra toujours avec le candidat le plus médiatisé. « Quels sont les trois points clés du programme de Mélenchon sur l’écologie ? » → là, elle peut être utile.
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Croisez ses réponses avec des sources humaines. Si elle cite un chiffre, tapez-le sur Google Scholar. Si elle mentionne une loi, vérifiez sur Legifrance. En 2022, un bot a affirmé que « le RSA serait supprimé sous Macron »... alors que le gouvernement avait augmenté les plafonds de 4,5 % cette année-là (source : CAF, rapport annuel).
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Utilisez-la pour débusquer les mensonges... des autres. Demandez-lui « Quels sont les engagements non tenus de Zemmour en 2017 ? » ou « Combien de promesses de Mélenchon ont été appliquées depuis 2012 ? ». Là, elle peut être un outil de vérification... à condition de lui demander les bonnes questions.
Le vrai danger ? L’IA va convaincre ceux qui ne veulent pas réfléchir.
Un sondage YouGov (2023) montre que 42 % des 18-24 ans utilisent des chatbots pour « comprendre la politique ». Problème : ces jeunes votent moins que les autres. Et quand ils votent, ils le font souvent par défaut, par rejet... ou parce qu’un algorithme leur a soufflé un nom.
L’élection de 2027 sera la première où l’IA aura vraiment influencé les votes. Pas en manipulant massivement (pour l’instant), mais en simplifiant à l’excès. En réduisant la politique à des slogans. En faisant croire que « voter, c’est juste choisir entre deux options », alors qu’un scrutin, c’est des centaines de décisions techniques, locales, et parfois contradictoires.
Alors oui, demandez à l’IA. Mais posez-lui les bonnes questions. Et surtout, ne lui laissez pas faire votre choix à votre place.
Parce qu’au final, le vrai risque n’est pas que l’IA mente. C’est qu’elle vous fera croire que vous avez tout compris... alors que vous n’avez rien saisi.