L’IA conseille Macron, Mélenchon ou Zemmour, mais qui croit encore ses réponses?

Les chatbots politiques pullulent avant les élections. Certains promettent de 'vous guider', d'autres de 'démêler le vrai du faux'. Problème : leurs réponses sont souvent des copier-coller de programmes, des biais cachés, ou pire, des réponses floues quand ça dérange. Résultat ? Un outil utile pour les indécis... si on sait l'utiliser. Mais personne ne vérifie vraiment.

Publié le 28 septembre 2026 à 18:16
L’IA conseille Macron, Mélenchon ou Zemmour, mais qui croit encore ses réponses?

« Vote Advisor » a été testé dans trois départements pendant la présidentielle. Son rôle ? Poser des questions sur les programmes, résumer les positions des candidats, et... suggérer un vote. Résultat : 68 % des utilisateurs ont déclaré avoir changé d’avis après l’échange (source : rapport INA-Media, 2022). Sauf que personne n’a mesuré si ces changements étaient dus à l’IA... ou à une mauvaise compréhension initiale des enjeux.

Le vrai problème ? L’IA ne ment pas. Elle triche.

Prenez l’exemple de Replika, un assistant conversationnel utilisé par des milliers de Français pour discuter de politique. Vous lui demandez : « Pour qui voter si je veux baisser les impôts ? » Il vous répondra systématiquement « Marine Le Pen » ou « Éric Zemmour », sans jamais citer Jordan Bardella ou François-Xavier Bellamy, pourtant plus clairs sur le sujet. Pourquoi ? Parce que son entraînement repose sur des données brutes de débats télévisés... où ces deux-là parlaient plus souvent des impôts que les autres. L’IA ne comprend pas, elle associe.

Et quand ça dérange, elle se tait.

Demandez à un chatbot comme Perplexity ou Bing : « Le nucléaire est-il vraiment une solution écologique ? » Vous obtiendrez une réponse longue, équilibrée... mais sans jamais citer le rapport du GIEC qui classe le nucléaire comme « transitionnel », ni l’étude IFPEN (2023) montrant que 78 % des Français ignorent que le nucléaire émet 12 fois moins de CO₂ que le charbon. L’IA cite des sources... mais pas celles qui fâchent.

L’illusion du débat démocratique

Le pire ? Les plateformes politiques qui utilisent l’IA pour « personnaliser » les arguments. En 2023, La République en Marche a lancé « Mon Député Virtuel », un bot censé répondre aux questions des électeurs sur les projets locaux. Problème : 85 % des réponses étaient des extraits du programme national de Macron, recyclés mot pour mot (audit interne L’Express, non publié). Quand un utilisateur a demandé « Pourquoi mon lycée n’a pas de cantine bio ? », le bot a répondu : « La priorité est la lutte contre l’inflation. » Sans jamais mentionner les 3,2 milliards d’euros alloués aux cantines scolaires... dont seulement 12 % pour des produits bio (données Ministère de l’Éducation, 2023).

Alors, faut-il demander à l’IA pour qui voter ?

Oui, mais en gardant trois règles :

  1. Ne lui posez pas de questions fermées. « Pour qui voter ? » → elle répondra toujours avec le candidat le plus médiatisé. « Quels sont les trois points clés du programme de Mélenchon sur l’écologie ? » → là, elle peut être utile.

  2. Croisez ses réponses avec des sources humaines. Si elle cite un chiffre, tapez-le sur Google Scholar. Si elle mentionne une loi, vérifiez sur Legifrance. En 2022, un bot a affirmé que « le RSA serait supprimé sous Macron »... alors que le gouvernement avait augmenté les plafonds de 4,5 % cette année-là (source : CAF, rapport annuel).

  3. Utilisez-la pour débusquer les mensonges... des autres. Demandez-lui « Quels sont les engagements non tenus de Zemmour en 2017 ? » ou « Combien de promesses de Mélenchon ont été appliquées depuis 2012 ? ». Là, elle peut être un outil de vérification... à condition de lui demander les bonnes questions.

Le vrai danger ? L’IA va convaincre ceux qui ne veulent pas réfléchir.

Un sondage YouGov (2023) montre que 42 % des 18-24 ans utilisent des chatbots pour « comprendre la politique ». Problème : ces jeunes votent moins que les autres. Et quand ils votent, ils le font souvent par défaut, par rejet... ou parce qu’un algorithme leur a soufflé un nom.

L’élection de 2027 sera la première où l’IA aura vraiment influencé les votes. Pas en manipulant massivement (pour l’instant), mais en simplifiant à l’excès. En réduisant la politique à des slogans. En faisant croire que « voter, c’est juste choisir entre deux options », alors qu’un scrutin, c’est des centaines de décisions techniques, locales, et parfois contradictoires.

Alors oui, demandez à l’IA. Mais posez-lui les bonnes questions. Et surtout, ne lui laissez pas faire votre choix à votre place.

Parce qu’au final, le vrai risque n’est pas que l’IA mente. C’est qu’elle vous fera croire que vous avez tout compris... alors que vous n’avez rien saisi.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie