HyPrSpace a trois ans pour ne pas rater son premier vol
En 2021, quand HyPrSpace a été fondée, l’Europe rêvait d’indépendance spatiale. Aujourd’hui, on se demande si ce n’est pas un cauchemar qui commence. Trois ans. C’est le délai que s’est fixé la start-up pour réussir son premier tir orbital avec Baguette One. Trois ans, c’est court. Trois ans, c’est aussi le temps qu’il a fallu à Isar Aerospace pour passer de l’échec (2025) à la réussite (2025 aussi, mais en septembre). Trois ans, c’est l’écart entre le premier vol prévu de Baguette One… et la date à laquelle l’Allemagne a déjà placé un satellite en orbite avec son concurrent. La France mise sur un lanceur qui n’existe pas encore, alors que l’Allemagne a déjà gagné la première manche.
HyPrSpace, c’est l’histoire d’une équipe qui a quitté ArianeGroup pour tenter le tout pour le tout. Leur atout ? Un moteur à propergol solide, plus simple à développer qu’un moteur à ergols liquides. Leur problème ? Personne n’a jamais vu ce moteur fonctionner en conditions réelles. Pas de test en vol, pas de campagne de tir au sol sous pression. Juste des calculs, des maquettes, et l’espoir que la physique ne les trahira pas. En 2024, l’Europe compte déjà trois acteurs privés capables de lancer des satellites : Rocket Factory Augsburg (Allemagne), Isar Aerospace (Allemagne encore), et The Exploration Company (France). HyPrSpace n’est pas dans la liste.
Pourtant, le ministère des Armées mise sur eux. 10 millions d’euros, c’est l’équivalent de ce que coûte un petit satellite aujourd’hui. Assez pour financer trois ou quatre tirs ratés. Assez pour dire : « On vous fait confiance, mais si ça foire, on ne vous aidera pas une deuxième fois. » Le message est clair. La France ne veut pas rater son train spatial.
L’Allemagne a déjà gagné la course, mais personne n’en parle
En septembre 2025, Isar Aerospace a réussi là où personne n’y était arrivé avant : placer une charge utile en orbite. Pas un satellite opérationnel, non, mais une preuve que le privé européen pouvait tenir tête à SpaceX. Un an après, l’Allemagne a déjà deux lanceurs privés opérationnels (ou presque). Rocket Factory Augsburg, lui, a réussi son premier vol en 2023. Deux échecs, deux réussites. L’Allemagne a déjà deux acteurs dans la course, et la France en a zéro qui fonctionne.
HyPrSpace, c’est le troisième larron. Le dernier espoir pour éviter que l’Europe ne devienne le terrain de jeu exclusif d’ArianeGroup et de ses lanceurs lourds, chers et lent à produire. Mais un espoir, ça ne suffit pas.
Le vrai problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que fait HyPrSpace. Pas de transparence sur les tests, pas de détails techniques publiés, pas de roadmap claire. Isar Aerospace, lui, a communiqué sur chaque échec, chaque succès, chaque détail technique. Résultat ? Les investisseurs et les clients savent où ils mettent les pieds. HyPrSpace, lui, reste dans le flou. Et l’État français, lui, signe un chèque en blanc.
Le vrai risque n’est pas l’échec, mais le retard
En 2024, l’Europe spatiale est un champ de ruines. Ariane 6 a décollé une fois, en juillet 2024, après des années de retard. Un seul tir réussi, et déjà des rumeurs sur un Ariane 7 en préparation. Pendant ce temps, SpaceX en est à plus de 100 lancements par an. L’Europe prend son temps, et les États-Unis accélèrent.
HyPrSpace, c’est l’idée que la France peut rattraper son retard avec des petits lanceurs légers, moins chers, plus flexibles. Mais un lanceur qui n’a jamais volé, ça ne sert à rien.
Le vrai danger, ce n’est pas que Baguette One explose au décollage. C’est qu’il mette cinq ans à décoller, comme Ariane 6. Parce qu’à ce rythme-là, l’Europe aura déjà perdu la bataille des petits lanceurs.
Pourquoi l’État prend-il ce risque ? Parce qu’il n’a pas le choix
Le ministère des Armées a un problème : il a besoin de lanceurs. Pas ceux d’ArianeGroup, trop chers et trop lents. Pas ceux de SpaceX, trop américains. Il lui faut des alternatives européennes, et vite.
HyPrSpace, c’est une option. Une option risquée, mais une option. Parce que si ça marche, la France aura son propre lanceur léger. Si ça ne marche pas, elle aura perdu 10 millions d’euros.
Le vrai calcul, c’est celui-ci : valeur un lanceur qui fonctionne, ou coût d’un échec ?
En 2024, personne ne sait encore si Baguette One décollera un jour. Mais une chose est sûre : si ça rate, ce ne sera pas faute d’avoir été prévenu.
La France mise sur un pari fou. Et si ça échouait ?
En 2025, Isar Aerospace a réussi. En 2024, HyPrSpace n’a même pas encore essayé. La France joue son va-tout sur un lanceur qui n’existe pas encore.
Le problème, ce n’est pas l’argent. C’est le temps. Trois ans pour réussir. Trois ans, c’est court.
Si Baguette One rate son premier vol, ce ne sera pas un échec technique. Ce sera un échec stratégique. Parce que pendant ce temps, l’Allemagne aura déjà deux lanceurs opérationnels, et l’Europe aura encore plus de mal à rattraper son retard.
Le ministère des Armées mise sur HyPrSpace. Mais la vraie question, c’est : et si la France perdait encore une fois ?