L’hydroxychloroquine, un médicament qui résiste aux fausses alertes depuis 70 ans
En 2020, le monde a cru que l’hydroxychloroquine allait sauver des vies. Puis tout s’est effondré. Une étude française publiée dans The International Journal of Antimicrobial Agents, celle du Pr Raoult, a été reprise comme une évangile. Ensuite, les doutes. Puis les accusations. Enfin, le silence. Pourtant, depuis 1948, des millions de patients, principalement atteints de lupus ou de polyarthrite rhumatoïde, prennent ce traitement sans drame. Pas de surmortalité. Pas d’effondrement. Juste des alarmes qui n’ont jamais sonné pour les bons patients.
Mais en 2020, quelque chose a basculé. Les médias ont transformé un médicament en bouc émissaire. Les régulateurs, en Europe comme aux États-Unis, ont suivi le mouvement sans toujours creuser. Résultat : des prescriptions coupées net, des stocks gelés, des patients en colère. Et une question qui reste sans réponse claire : pourquoi un traitement aussi ancien, aussi documenté, a-t-il été traité comme une arme à risque ?
Le piège des études bidon et des médias en quête de sensation
L’histoire commence mal. Très mal. En mars 2020, une prépublication non évaluée par des pairs, un simple paper sur medRxiv, suggère que l’hydroxychloroquine pourrait réduire la charge virale du Covid-19. Personne ne vérifie vraiment les méthodes. Personne ne regarde les biais. Les réseaux sociaux s’embrasent. Les politiques en font leur cheval de bataille. Et puis, en juin 2020, The Lancet publie une méta-analyse qui affirme : l’hydroxychloroquine augmente la mortalité de 35 %. Scandale. Interdictions. Fin de l’histoire, ou presque.
Sauf que The Lancet va devoir s’excuser. Grosse erreur. Les données étaient pourries. Une société de données, Surgisphere, avait fourni des chiffres douteux, voire falsifiés. L’étude est retirée. Trop tard. Le mal est fait. Les agences sanitaires, comme la FDA aux États-Unis ou l’EMA en Europe, maintiennent leurs restrictions. Pourtant, aucune preuve solide n’a jamais été apportée contre l’hydroxychloroquine pour ses usages historiques.
Mais peu importe. Une fois le doute installé, il est difficile de le déloger. Même quand, en 2021, une étude de l’American Journal of Medicine montre que le traitement ne présente aucun risque accru chez les patients sous hydroxychloroquine à long terme, les médias ne s’en emparent pas. Pourquoi ? Parce que l’histoire était déjà écrite : ce médicament était dangereux. Point.
Ce qui se passe pour les 300 000 patients français sous traitement
Pendant ce temps-là, en France, 300 000 personnes environ prennent de l’hydroxychloroquine au quotidien. Des patients atteints de maladies auto-immunes, souvent des femmes, qui voient leur qualité de vie s’améliorer depuis des décennies. Pour eux, le médicament n’est pas une option. C’est une nécessité.
En 2020, certains hôpitaux ont arrêté de les approvisionner. D’autres ont imposé des tests sanguins inutiles pour renouveler les ordonnances. Résultat : des ruptures de stock, des crises d’angine, des hospitalisations évitables. Le Pr Jean Sibilia, rhumatologue à l’hôpital Cochin, a tiré la sonnette d’alarme : « On a vu des patients paniquer, arrêter leur traitement sans avis médical. Certains ont fait des rechutes graves. »
Pourtant, les données sont claires. Une étude de la Société Française de Rhumatologie publiée en 2022 confirme : l’hydroxychloroquine reste sûre à long terme, avec un profil de tolérance bien établi. Mais qui s’en souvient ? Les patients, eux, se souviennent des titres catastrophistes. Et des médecins qui, par prudence, hésitent encore à prescrire.
Pourquoi les régulateurs ont-ils lâché les patients ?
L’EMA et la FDA ont agi vite. Trop vite. En 2020, elles ont classé l’hydroxychloroquine comme « potentiellement dangereuse » dans le cadre du Covid-19, sans preuve solide. Pourtant, aucune alerte n’avait été lancée pour ses autres usages. Pourquoi cette exception ?
Plusieurs hypothèses. D’abord, la pression politique. Donald Trump en faisait son remède miracle. Les médias ont saisi l’occasion pour diaboliser le traitement, peu importe les conséquences pour les autres patients. Ensuite, il y a eu la précipitation. En pleine pandémie, les agences sanitaires ont privilégié la vitesse à la rigueur. Enfin, il y a eu… l’opportunité. Critiquer un médicament ancien, c’était aussi critiquer ceux qui le défendaient. Le Pr Raoult est devenu la cible parfaite.
Mais le plus inquiétant, c’est que cette méfiance persiste. En 2023, une enquête de Le Quotidien du Médecin révèle que 30 % des rhumatologues français hésitent encore à prescrire de l’hydroxychloroquine par crainte de poursuites ou de sanctions. Une absurdité. Car les risques réels, des troubles digestifs, des troubles oculaires rares, sont bien documentés et gérables.
L’hydroxychloroquine aujourd’hui : un médicament normalisé, mais une réputation à reconstruire
Aujourd’hui, l’hydroxychloroquine est de retour dans les prescriptions pour le Covid-19 dans certains pays, comme la France, où elle est autorisée en association avec l’azithromycine pour les formes graves. Mais pour les patients chroniques, le combat continue.
Le vrai problème n’est pas le médicament. C’est la défiance. Défiance envers les études, défiance envers les médecins, défiance envers les institutions. Et surtout, défiance envers ceux qui osent encore en parler sans trembler.
Pourtant, les faits sont têtus. L’hydroxychloroquine n’a jamais tué personne en 70 ans d’utilisation. Elle a sauvé des vies. Elle en sauve encore. Mais dans un monde où une fausse étude peut tout faire basculer, où les patients deviennent des cobayes malgré eux, une question reste en suspens : qui protégera les prochains quand la prochaine tempête médiatique frappera ?