Dès 2025 l'hépatite delta ne sera plus un oubli de la santé publique

En France, l'hépatite delta progresse sans alerte. Pourtant, elle aggrave les cas d'hépatite B et accélère les cirrhoses. Pourquoi personne ne parle de la dépister ? Les chiffres, les silences, et ce qui change dès l'année prochaine.

Publié le 30 septembre 2026 à 22:22
Dès 2025 l'hépatite delta ne sera plus un oubli de la santé publique

L’hépatite delta, le virus oublié qui tue en silence

L’hépatite delta, c’est l’enfant terrible des hépatites virales. Elle ne circule pas seule : elle a besoin de l’hépatite B pour s’installer. Résultat, quand elle frappe, c’est souvent trop tard. Selon les données de l’Assurance Maladie (rapport 2022 sur les maladies infectieuses), seulement 12 % des cas d’hépatite B en France sont systématiquement testés pour la co-infection delta. Pourtant, cette co-infection accélère la cirrhose de 5 à 10 fois par rapport à une hépatite B seule. En clair, on laisse des milliers de personnes avancer vers une insuffisance hépatique sans le savoir.

Et le pire ? L’hépatite delta est en train de revenir. Après une baisse dans les années 2000 grâce à la vaccination contre l’hépatite B, les cas repartent à la hausse depuis 2015, surtout chez les 20-40 ans, une tranche d’âge où les pratiques à risque (tatouages, partage de matériel d’injection, relations non protégées) sont sous-estimées. À l’hôpital Cochin, les services d’hépatologie ont noté une augmentation de 30 % des hospitalisations pour hépatite delta entre 2020 et 2023. Personne n’en parle. Pourtant, c’est une urgence.

Pourquoi on ne la dépiste pas ?

Parce que les médecins généralistes ne sont pas formés. Parce que les laboratoires d’analyse ne la recherchent pas systématiquement quand ils détectent une hépatite B. Parce que les campagnes de prévention se concentrent sur le VIH et les hépatites A et C, en oubliant que l’hépatite delta est la plus agressive des quatre.

Et puis, il y a ce détail : les tests pour l’hépatite delta coûtent cher. Entre 80 et 150 euros, selon les laboratoires. Trop cher pour un dépistage systématique ? Peut-être. Sauf que le coût d’une greffe de foie pour cirrhose liée à l’hépatite delta, lui, dépasse les 150 000 euros par patient. Le calcul est simple. Pourtant, personne ne le fait.

Ce qui va changer en 2025 (et pourquoi c’est trop tard pour beaucoup)

Dès janvier 2025, les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) imposeront un dépistage systématique de l’hépatite delta pour tous les patients porteurs chroniques de l’hépatite B. Une avancée ? Oui. Mais une avancée qui arrive trop tard pour ceux qui sont déjà en phase avancée de la maladie.

Le problème, c’est que 90 % des personnes infectées par l’hépatite delta l’ignorent. Elles ne savent pas qu’elles sont co-infectées. Elles ne savent pas que leur foie se dégrade plus vite. Et quand elles consultent, c’est souvent pour une fatigue inexpliquée, des douleurs abdominales, ou pire : une jaunisse. À ce stade, les options sont limitées. Le traitement ? Un antiviral, le virezolid, qui coûte plus de 50 000 euros par an et par patient. Une fortune. Et une solution qui ne marche pas pour tout le monde.

Pourquoi la France traîne-t-elle autant ?

Parce que l’hépatite delta, c’est la maladie des oubliés. Pas assez médiatisée, pas assez étudiée, pas assez prise au sérieux. Pendant ce temps, dans des pays comme l’Égypte ou la Russie, où l’hépatite B est endémique, l’hépatite delta représente jusqu’à 50 % des cas d’hépatite fulminante. En France, on en est encore à moins de 5 %. Mais la tendance est là.

Et puis, il y a l’effet domino. Une personne infectée peut contaminer d’autres personnes via des rapports non protégés ou du partage de matériel. Or, 80 % des nouvelles infections à hépatite B en France concernent des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), un groupe souvent négligé dans les politiques de santé publique.

Le vrai scandale : on sait comment l’éviter, mais on ne le fait pas

La solution existe. Vacciner tout le monde contre l’hépatite B. Oui, ça marche aussi contre l’hépatite delta, parce que le virus delta a besoin du virus B pour entrer dans les cellules du foie. Problème : seulement 60 % des adolescents français sont correctement vaccinés contre l’hépatite B (données Santé Publique France, 2023). Et chez les adultes ? Presque personne ne se fait vacciner après 25 ans, sauf si c’est une obligation professionnelle (comme pour les soignants).

Résultat : on laisse des générations entières sans protection. Pendant ce temps, des pays comme l’Australie ou le Canada ont éradiqué presque totalement l’hépatite delta grâce à une vaccination massive et un dépistage systématique.

Pourquoi la France ne suit-elle pas ?

Parce que personne ne veut assumer. Ni les politiques, ni les médecins, ni les associations. L’hépatite delta, c’est la maladie des sans-voix. Pas assez glamour pour mobiliser comme le VIH. Pas assez spectaculaire pour faire la une comme Ebola. Juste une lente agonie du foie, année après année, sans que personne ne s’en aperçoive.

Ce qu’il faut faire, tout de suite

  1. Se faire tester si vous êtes porteur de l’hépatite B. Même si vous vous sentez bien. Un simple dosage d’anticorps anti-delta (IgG et IgM) dans le sang, et hop. 15 minutes, 100 euros (remboursés à 60 % si vous avez une ordonnance).

  2. Exiger le dépistage systématique chez votre médecin. Si votre généraliste ne vous propose pas le test pour l’hépatite delta en cas d’hépatite B, changez-en. Ou insistez. C’est votre foie qui est en jeu.

  3. Se vacciner, même après 25 ans. Le vaccin contre l’hépatite B est gratuit pour les moins de 26 ans. Après ? Il faut payer (environ 60 euros les trois doses). Mais c’est le meilleur investissement santé de votre vie.

  4. Parler de l’hépatite delta autour de vous. Si vous faites partie d’un groupe à risque (HSH, usagers de drogues, personnes en contact avec du sang), ne présumez pas que les autres sont informés. L’hépatite delta, ça se transmet. Et ça tue.

La dernière chance : avant que ce ne soit trop tard

En 2025, la HAS va enfin imposer le dépistage. Mais combien de patients auront déjà développé une cirrhose d’ici là ? Combien auront déjà attendu trop longtemps ?

L’hépatite delta, c’est la maladie qui progresse dans l’ombre. Tant qu’on ne la cherche pas, elle continuera à faire des ravages. Le dépistage, c’est la seule arme. Alors dépistez. Maintenant.

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R Galaxie Rédaction

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