Le virus qui se transmet sans prévenir
L’hépatite B, vous la connaissez peut-être comme cette infection du foie, celle qui donne des démangeaisons et des urines foncées. Sauf que dans 90 % des cas, surtout quand elle est chronique, elle ne donne rien. Pas de fièvre, pas de nausées, pas de jaunisse flagrante. Juste un virus qui s’installe, qui attend. Et qui, un jour, frappe. Pour cette femme de Hung Yen, le jour est arrivé à l’automne 2023. Son foie, épuisé, a commencé à lâcher. Mais le vrai danger, ce n’était pas pour elle. C’était pour son enfant.
L’hépatite B se transmet de la mère à l’enfant dans 90 % des cas si rien n’est fait pendant l’accouchement. Un chiffre de l’OMS, sec et glaçant. Pourtant, au Vietnam, comme ailleurs, on parle peu de cette transmission silencieuse. Pourquoi ? Parce que les femmes comme elle, asymptomatiques, ne vont pas chez le médecin. Et celles qui y vont se font souvent dire : « Vous êtes porteuse, mais ça ne fait rien. Revenez si vous avez mal. » Sauf que le vrai mal, lui, arrive après. Pour le bébé.
Un système qui laisse passer l’infection
À Bach Mai, les services de gynécologie et d’hépatologie ne communiquent pas assez. Une mère porteuse d’hépatite B chronique peut accoucher sans que personne ne lui propose un traitement préventif pour son enfant. Pas de vaccin systématique à la naissance, pas de suivi renforcé. « On a des protocoles, mais sur le terrain, ça coince », explique un médecin de l’hôpital, sous couvert d’anonymat. « Les sages-femmes ne sont pas toujours formées. Les pédiatres non plus. Et les femmes, elles, ne posent pas les bonnes questions. »
Pourtant, la solution existe. Un traitement simple : l’injection d’immunoglobulines et le vaccin dans les 12 premières heures après la naissance. Ça réduit le risque de transmission à moins de 2 %. Mais pour ça, il faut que la mère soit diagnostiquée avant l’accouchement. Et que le système soit prêt à réagir. Or, au Vietnam, seulement 30 % des femmes enceintes se font dépister pour l’hépatite B, selon les données du ministère de la Santé de 2022. Le reste ? On l’ignore. Jusqu’à ce que ce soit trop tard.
L’enfant paye l’addition
Cette mère de Hung Yen a eu de la chance. Son bébé a été vacciné à temps. Mais d’autres, moins chanceuses, ne le seront pas. L’hépatite B chronique chez l’enfant mène à une cirrhose, puis à un cancer du foie avant 30 ans. Dans les pays où le dépistage est faible, comme au Vietnam ou en Afrique subsaharienne, des millions d’enfants grandissent avec un virus qu’ils ne savent même pas porter. Un virus qui, lui, sait très bien ce qu’il veut : s’installer. Pour la vie.
Pourquoi personne ne bronche ?
Ce n’est pas une question de moyens. Le vaccin contre l’hépatite B coûte moins de 5 dollars par dose. Le problème, c’est l’organisation. Les campagnes de dépistage manquent de moyens, les hôpitaux sont saturés, et les femmes, surtout en zone rurale, n’ont pas toujours accès aux soins. « On pourrait sauver des générations, mais il faudrait que tout le monde bouge », lance un épidémiologiste de l’Université de Hanoï. « Pas seulement les médecins. Les politiques, les associations, les familles. »
Sauf que personne ne bouge vraiment. Parce que l’hépatite B, quand elle est chronique, elle ne tue pas tout de suite. Elle attend. Elle patiente. Et elle laisse des traces.
Ce qu’il faut retenir
- 90 % des transmissions mère-enfant sont évitables avec un protocole simple. Pourtant, au Vietnam, seulement 30 % des femmes enceintes sont dépistées.
- Un enfant sur deux infecté par l’hépatite B deviendra chroniquement malade. Et risque le cancer du foie avant 30 ans.
- Le système a les moyens de réagir, mais pas la volonté. Ou peut-être juste pas assez de pression.
Cette mère de Bach Mai a eu de la chance. Son histoire pourrait être celle de milliers d’autres, si rien ne change.
La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?