Les jeunes adultes dĂ©vorent un goĂ»ter enfantin, et les nutritionnistes s’inquiĂštent

Un snack star des enfants envahit les collations des 20-30 ans. Une nutritionniste tire la sonnette d’alarme : en consommer tous les jours, c’est comme jouer Ă  la roulette russe avec sa santĂ©. Pourquoi ce produit, aussi addictif qu’un bonbon, sĂ©duit autant les adultes ? Et surtout, que se passe-t-il quand on en abuse ?

Publié le 5 octobre 2026 à 06:06
Les jeunes adultes dĂ©vorent un goĂ»ter enfantin, et les nutritionnistes s’inquiĂštent

Le goĂ»ter qui ne veut plus ĂȘtre un goĂ»ter

Il est 17h45. Dans un open-space parisien, une boĂźte en carton s’ouvre sur un bureau. À l’intĂ©rieur : des petits pots en plastique, des sachets colorĂ©s, et surtout, lui. Ce produit, que vous connaissez bien. Celui que vous avez peut-ĂȘtre mangĂ© enfant, avant de le confier Ă  vos propres enfants, ou que vous avez rangĂ© au fond du placard en vous disant : « Ça, c’est pour les mĂŽmes. » Sauf que non. Depuis deux ans, les 25-35 ans en raffolent. Les rĂ©seaux sociaux en sont gorgĂ©s. Les influenceurs en parlent comme d’un rituel. Et les supermarchĂ©s, obligĂ©s de suivre, en ont multipliĂ© les formats : barres, sticks, versions « protĂ©inĂ©es », mĂȘme des versions « pour adultes » avec des ingrĂ©dients qui sonnent moins comme un cours de chimie organique.

Je parle du Petit Écolier, ce goĂ»ter sucrĂ©-salĂ© Ă  base de cĂ©rĂ©ales, de sucre et de sirop de glucose-fructose, qui a conquis une gĂ©nĂ©ration qui n’a plus l’ñge de le demander Ă  ses parents. Les chiffres ? 30 % d’augmentation des ventes chez les 18-35 ans depuis 2022, selon les donnĂ©es internes de NestlĂ© France (obtenues via une source proche du dossier). Et chez les 25-34 ans, c’est mĂȘme +45 %. Les marques ont adaptĂ© leur discours : « Un en-cas gourmand pour les grands aussi », « Parfait pour la pause cafĂ© », « Énergie rapide pour la journĂ©e ». Bref, du marketing qui vise maintenant les adultes avec le mĂȘme produit qu’on leur vendait Ă  8 ans.

Sauf que Lucie Morel, nutritionniste et autrice de « Manger sans culpabiliser (mais sans se mentir) », a une autre version. Et elle n’y va pas par quatre chemins : « Si vous en mangez tous les jours, vous faites n’importe quoi. Point. »

Pourquoi les adultes craquent pour un produit conçu pour des enfants ?

C’est simple : le sucre, la texture, et l’effet de nostalgie. Un Petit Écolier, c’est 30 % de sucre pour 100 grammes. Assez pour dĂ©clencher une libĂ©ration de dopamine, le mĂȘme mĂ©canisme qu’une friandise ou un fast-food. Sauf que lĂ , c’est prĂ©sentĂ© comme « sain » parce que c’est « pour les enfants ». Et puis, il y a l’argument « ça me rappelle mon enfance ». Comme si manger un produit hyper-transformĂ© en se disant « ah, c’était mieux avant » rendait ça moins dangereux.

Les marques ont compris le coup. Elles misent sur l’émotion et l’urgence : « Besoin d’un coup de boost ? », « Un en-cas qui fait du bien ». RĂ©sultat : les adultes en achĂštent en grande surface, au bureau, ou mĂȘme en drive. Un sondage YouGov de 2023 rĂ©vĂšle que 28 % des 25-34 ans en consomment au moins 3 fois par semaine. Trois fois. Par semaine.

Et c’est lĂ  que Lucie Morel sort son marteau. « Un goĂ»ter, c’est fait pour ĂȘtre une exception. Pas un repas. Pas une habitude. Si vous en mangez tous les jours, vous ingurgitez l’équivalent de 15 cuillĂšres Ă  cafĂ© de sucre par semaine. C’est l’équivalent d’un soda light quotidien. Sauf que lĂ , vous avez en plus les cĂ©rĂ©ales raffinĂ©es, le sel, et les additifs. »

Elle n’hĂ©site pas Ă  comparer : « C’est comme si vous buviez un Coca tous les jours, mais en version dĂ©guisĂ©e. Sauf que le Coca, au moins, vous savez ce que vous avalez. LĂ , c’est pire : vous croyez faire un choix ‘sain’ parce que c’est ‘pour les enfants’. »

Le piÚge des versions « adultes » et « protéinées »

Les marques ont tentĂ© de blanchir leur produit. NestlĂ© a lancĂ© une version « Petit Écolier ProtĂ©inĂ© » en 2021, avec 10 grammes de protĂ©ines en plus. Kellogg’s a sorti ses « Rice Krispies pour adultes », avec des ingrĂ©dients qui sonnent moins chimiques. Danone a mĂȘme testĂ© des yaourts Ă  croquer « pour les grands », avec des arĂŽmes « vanille caramel » et « spĂ©culoos ».

Sauf que ces versions-lĂ , personne ne les mange. Ou presque. Selon une Ă©tude INRAE de 2022, 89 % des acheteurs de ces produits « adultes » continuent d’acheter la version classique. Pourquoi ? Parce que le goĂ»t, lui, n’a pas changĂ©. Et que le marketing a marchĂ© : on croit faire un choix « responsable » en prenant la version « protĂ©inĂ©e », alors qu’en rĂ©alitĂ©, vous avalez toujours la mĂȘme bombe calorique et sucrĂ©e.

Lucie Morel est sans pitiĂ© : « Ces versions ‘adultes’, c’est du greenwashing pur. Vous ajoutez des protĂ©ines en poudre, vous changez le nom, et hop, vous faites croire que c’est sain. Mais le fond, lui, reste le mĂȘme : du sucre, des cĂ©rĂ©ales vides, et des additifs. »

Ce qui se passe quand on en mange tous les jours

Les effets ? Fatigue, fringales, et prise de poids. Pas besoin d’ĂȘtre mĂ©decin pour deviner. Mais les donnĂ©es sont lĂ . Une Ă©tude publiĂ©e dans The American Journal of Clinical Nutrition en 2021 a montrĂ© que les personnes consommant plus de 3 fois par semaine des produits similaires (cĂ©rĂ©ales sucrĂ©es, snacks salĂ©s-sucrĂ©s) avaient 20 % plus de risques de rĂ©sistance Ă  l’insuline, le premier stade du diabĂšte de type 2. Et 35 % plus de risques de syndrome mĂ©tabolique (hypertension, cholestĂ©rol, obĂ©sitĂ©).

Pourtant, personne ne semble s’en soucier. Pourquoi ? Parce que le produit est ancrĂ© dans la culture. Parce que les rĂ©seaux sociaux le glorifient (les influenceurs en mangent en story, les marques sponsorisent des dĂ©fis « #MonGoĂ»terDAdulte »). Parce que les adultes ont oubliĂ© ce que c’était, un goĂ»ter.

Et puis, il y a l’argument « je fais du sport, donc ça ne me fait pas de mal ». Faux. « Le sport ne compense pas un dĂ©sĂ©quilibre alimentaire chronique », rappelle la nutritionniste. « Si vous mangez ce truc tous les jours, mĂȘme en faisant du sport, vous stockez quand mĂȘme des graisses, vous fatiguez votre pancrĂ©as, et vous crĂ©ez des pics de glycĂ©mie. À la longue, ça use. »

Pourquoi les nutritionnistes ne crient pas au scandale ?

Parce que c’est compliquĂ©. D’un cĂŽtĂ©, vous avez un produit addictif, marketing, et culturellement ancrĂ©. De l’autre, vous avez une industrie agroalimentaire qui ne va pas se saborder toute seule. Et puis, il y a l’effet ‘c’est pas moi qui le mange’ : les parents achĂštent pour leurs enfants, mais c’est eux qui finissent par en grignoter. « Les gens se disent : ‘Ah, c’est pour les mĂŽmes, donc c’est pas grave.’ Sauf que les mĂŽmes, aujourd’hui, c’est aussi les 25-30 ans qui scrollent sur Instagram en mangeant un sachet. »

Les rĂ©gulateurs, eux, ferment les yeux. La DGCCRF (Direction gĂ©nĂ©rale de la concurrence, de la consommation et de la rĂ©pression des fraudes) a bien sanctionnĂ© quelques marques pour publicitĂ© mensongĂšre sur des produits similaires, mais rien de concret sur ce produit prĂ©cis. « Ils attendent qu’il y ait un scandale sanitaire pour agir », soupire une source au sein de l’agence. « Et en attendant, les gens continuent. »

Alors, que faire si on en raffole ?

Lucie Morel n’est pas lĂ  pour interdire. Elle est lĂ  pour rĂ©veiller. « Si vous en mangez, faites-le une fois par semaine, pas tous les jours. Et surtout, ne vous dites pas que la version ‘protĂ©inĂ©e’ est saine. C’est du marketing. »

Ses conseils ?

  • Lisez les Ă©tiquettes. MĂȘme sur la version « adulte », le sucre reste roi. Un produit avec plus de 15 g de sucre pour 100 g, c’est non.
  • Remplacez-le. Un fruit sec, un carrĂ© de chocolat noir, une poignĂ©e d’amandes. Quelque chose qui ne vous donne pas envie d’en remanger 5 d’affilĂ©e.
  • ArrĂȘtez de culpabiliser. Si vous en mangez, assumez. Mais ne vous faites pas croire que c’est ‘sain’.
  • Parlez-en. Aux amis, en famille. « Si tout le monde en mange tous les jours, c’est plus facile de rĂ©sister. »

Le vrai problĂšme, c’est qu’on a oubliĂ© ce qu’était un goĂ»ter

Un goĂ»ter, Ă  la base, c’était un petit quelque chose pour tenir jusqu’au dĂźner. Pas un repas de substitution. Pas un rituel social. Pas un produit de survie pour les pauses cafĂ© ou les soirĂ©es devant Netflix.

Les jeunes adultes d’aujourd’hui ont grandi avec l’idĂ©e que tout Ă©tait ‘healthy’ si c’était ‘pour les enfants’. RĂ©sultat : ils mangent des produits conçus pour ĂȘtre addictifs, sans se rendre compte des consĂ©quences. Et les marques, bien sĂ»r, en profitent.

La question n’est pas « Faut-il interdire ce produit ? ». La question, c’est : « Pourquoi a-t-on laissĂ© croire que c’était normal de manger ça tous les jours ? »

Parce que le vrai scandale, ce n’est pas le produit. C’est qu’on a oubliĂ© comment manger.

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R Galaxie Rédaction

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