120 consultations en moins par mois pour Chevillon, et personne ne s’en émeut vraiment
Le premier mercredi du mois, c’est devenu une habitude. Le cabinet médical mobile du Conseil départemental s’installe devant la salle des fêtes de Chevillon, entre 9h et 12h. Sur le papier, c’est simple : pas besoin de rendez-vous, pas de liste d’attente, juste une permanence pour ceux qui n’ont pas de médecin traitant ou qui peinent à en trouver un. Sauf que ça ne marche pas comme ça.
En six mois, le bilan est clair : environ 120 consultations en moins par mois par rapport à ce que le département espérait. Pas parce que les habitants ne viennent pas. Parce qu’ils viennent trop tard. Parce que le médecin n’est pas toujours là. Parce que, parfois, le cabinet ferme ses portes avant la fin de la journée, laissant des patients en plan.
Le chiffre que le Conseil départemental ne publie pas
Les chiffres officiels ? Ils n’existent pas. Ou alors, ils sont enterrés quelque part dans un rapport interne que personne ne lit. On sait juste que, depuis le lancement en mai, le taux de satisfaction est « élevé », une formule toute faite qui ne veut rien dire. Ce qu’on ignore, c’est le nombre de personnes qui se présentent et repartent sans avoir vu un médecin. Ou pire : qui n’osent même pas venir, parce qu’elles ont déjà attendu une heure dans la file d’attente pour se faire dire que le praticien était parti.
D’après les retours des habitants, entre 30 et 40 personnes par passage se retrouvent sans consultation. Pas parce qu’elles n’ont pas réussi à prendre rendez-vous, il n’y en a pas. Parce que le médecin décide de lever le camp avant la fin de la plage horaire. Officiellement, c’est pour « optimiser les temps de transport ». En réalité, c’est souvent parce que le médecin a une autre obligation, ou tout simplement parce qu’il en a marre d’attendre que la file se dégage.
Pourquoi les habitants se battent pour un service qui les ignore
À Chevillon, comme dans beaucoup de petites communes, les déserts médicaux ne sont pas une abstraction. C’est une réalité quotidienne. Pourtant, le cabinet mobile arrive comme une bouffée d’oxygène… qui ne dure pas. Les personnes âgées, les travailleurs précaires, ceux qui n’ont pas de voiture, ils sont les premiers à en profiter. Mais seulement si tout se passe bien.
Prenez le cas de Mme Leroy, 72 ans, qui vient tous les mois depuis le début. « La première fois, j’ai attendu deux heures, raconte-t-elle. Deux heures. À la fin, le médecin m’a dit qu’il n’avait plus le temps. » Elle est revenue le mois suivant. Même scénario. Aujourd’hui, elle y va quand même, mais elle se prépare mentalement : « Je sais que je vais peut-être repartir sans ordonnance. Mais au moins, j’ai essayé. »
Le problème ? Personne ne lui a jamais expliqué que c’était normal. Personne ne lui a dit que si elle arrivait avant 10h, ses chances de voir un médecin augmentaient. Personne ne lui a proposé une alternative quand le cabinet fermait trop tôt.
Ce que le Conseil départemental ne veut pas voir
Le département assume mal ses ratés. Quand on leur demande des chiffres précis, les réponses sont évasives. « Le dispositif fonctionne globalement bien », assure une source proche du dossier. « Globalement », ce mot résume tout. Parce que, oui, pour certains, ça marche. Mais pour d’autres, non.
Le vrai problème, c’est l’organisation. Un cabinet médical mobile, ça ne s’improvise pas. Ça demande des créneaux fixes, des médecins disponibles à 100%, un suivi des patients qui ne se présentent pas. Or, rien de tout ça n’est en place. Les horaires glissent, les médecins changent, et les habitants, eux, doivent s’adapter.
Et puis, il y a la question des coûts. Le Conseil départemental dépense environ 8 000 euros par passage (transport, médecin, matériel). Si seulement la moitié des consultations prévues ont lieu, c’est de l’argent jeté à la poubelle. Sauf que personne ne veut le reconnaître.
La solution qui dérange
La vraie question, c’est : et si on arrêtait de faire semblant ?
- Option 1 : On garde le cabinet mobile tel quel, avec ses imperfections, et on assume que ça ne suffit pas pour tout le monde. Dans ce cas, autant être honnête : ce service est un pansement sur une jambe de bois.
- Option 2 : On le professionnalise. Horaires fixes, médecins dédiés, suivi des patients, communication claire. Mais ça coûterait plus cher. Et le département n’a pas l’air pressé de mettre les moyens.
- Option 3 : On avoue que le problème est plus large. Un cabinet mobile, ça ne résout pas les déserts médicaux. Ça les masque, parfois. La vraie solution ? En finir avec l’idée que la médecine de proximité est un luxe.
Ce que ça signifie pour vous, si vous habitez Chevillon
Si vous êtes dans cette situation, pas de médecin, pas de rendez-vous, pas d’alternative, voici ce que vous devez savoir :
- Venez tôt. Avant 9h30, si possible. Les premiers de la file ont plus de chances d’être vus.
- Préparez-vous à attendre. Parfois, ça dure trois heures. Parfois, vous repartirez sans rien.
- Ne comptez pas sur le département pour vous aider. Les plaignants se heurtent à un mur de silence.
- Si vous avez une urgence, allez aux urgences. Parce que le cabinet mobile n’est pas équipé pour ça.
Le pire ? Personne ne vous le dira. Pas le médecin, pas le département, pas les associations locales. Juste vous, et votre propre expérience.
La dernière vérité
Ce cabinet mobile, c’est un leurre. Un leurre utile, parfois. Un leurre qui donne l’impression que quelque chose est fait, alors que le vrai problème, l’absence totale de médecins dans les zones rurales, reste entier.
Le département pourrait en faire un outil efficace. À la place, il en fait un service approximatif, où les plus vulnérables trinquent toujours.
Et ça, c’est une décision politique. Pas un accident.