Google a porté plainte contre Bruxelles. Et ça va faire mal à tout le monde, sauf aux utilisateurs.
Début 2024, la Commission européenne a sorti un rapport qui sonnait comme un ultimatum : Google devait lâcher du lest sur Android et sa domination dans les moteurs de recherche. Résultat des courses ? Le géant a balancé un recours devant la Cour de justice de l’UE, comme si Bruxelles avait osé toucher à ses revenus publicitaires, estimés à 282 milliards de dollars en 2023 (source : rapport annuel Google-Alphabet). Sauf que cette fois, ce n’est pas qu’une question de chiffres. C’est une guerre pour savoir qui contrôle votre écran quand vous ouvrez votre smartphone.
Et devinez quoi ? Les utilisateurs, eux, sont les dindons de la farce.
Android : quand Bruxelles veut casser le modèle, Google joue les martyrs
La Commission européenne a deux gros griefs contre Google :
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Forcer les fabricants à préinstaller son moteur de recherche et son navigateur par défaut sur les smartphones Android. En clair, si vous achetez un Samsung, un Xiaomi ou un autre, vous êtes coincé avec Google Search et Chrome, sauf à tout désinstaller manuellement. Une pratique que Bruxelles qualifie de « abus de position dominante ».
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Bloquer les alternatives en empêchant les fabricants de modifier l’écran d’accueil ou le menu des applications pour favoriser d’autres services. Résultat : impossible de désactiver Google Search sans passer par des manipulations techniques. Même les constructeurs qui veulent proposer leur propre solution (comme Samsung avec son navigateur ou Bing avec ses offres promotionnelles) se heurtent à un mur.
Google répond que c’est « pour la sécurité et la simplicité ». Traduction : « On vous donne ce qu’on veut, et si ça ne vous plaît pas, c’est votre problème ».
Sauf que la réalité, c’est que 90 % des smartphones dans le monde tournent sous Android (source : StatCounter, 2024). Et si Google perd ce procès, les fabricants pourraient enfin proposer des versions d’Android « épurées », sans Google Search imposé. Du coup, des moteurs comme Bing, DuckDuckGo ou Qwant pourraient enfin avoir leur chance.
Problème : Google mise tout sur la justice pour gagner du temps. En attendant, les utilisateurs restent prisonniers d’un système verrouillé.
La recherche en ligne : un marché où Google étouffe la concurrence
Côté recherche, Bruxelles accuse Google d’avoir abusé de sa position dominante pour écarter les concurrents. Comment ? En favorisant ses propres services dans ses résultats, en bloquant l’accès aux données des concurrents, et en utilisant des clauses abusives dans ses contrats avec les sites web.
Prenez l’exemple des liens sponsorisés : quand vous tapez une requête sur Google, les trois premiers résultats sont souvent des pubs pour Google Shopping, Google Maps ou Google Flights. Les vrais sites indépendants se retrouvent relégués en page 2, voire 3. Résultat : 70 % des clics sur les résultats de recherche vont vers Google lui-même (étude de la Commission européenne, 2023).
Google rétorque que c’est « pour offrir la meilleure expérience utilisateur ». Sauf que quand vous tapez « meilleur restaurant à Paris », vous tombez sur Google Maps avant même d’avoir vu les avis TripAdvisor ou TheFork. Coïncidence ?
Et puis il y a le monopole des données. Google a accès à vos recherches, vos localisations, vos habitudes d’achat. Les concurrents, eux, doivent se battre pour obtenir ne serait-ce qu’un échantillon de ces données. Bref, c’est comme si vous deviez courir un marathon avec un sac de 50 kg sur le dos.
Pourquoi cette bataille est un mauvais coup pour les utilisateurs
Vous vous dites peut-être : « Mais moi, ça ne me dérange pas, j’utilise Google et c’est pratique. » Peut-être. Sauf que cette guerre a des conséquences bien plus larges.
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Moins de choix, moins d’innovation : Si Google garde le monopole, les alternatives comme DuckDuckGo (qui ne trace pas vos données) ou Bing (qui essaie de se faire une place) resteront des niches. Résultat : pas de pression pour améliorer la recherche, pas de nouvelles fonctionnalités.
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Un écosystème verrouillé : Les fabricants de smartphones sont obligés de composer avec Google. Résultat, les téléphones deviennent des boîtes noires où tout passe par Google : le magasin d’applications, la carte, le navigateur. Vous possédez votre téléphone, mais c’est Google qui en décide.
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Un risque pour la vie privée : Plus il y a de concurrence, plus les entreprises sont obligées de transparentes sur leurs pratiques de collecte de données. Avec un monopole, Google peut faire ce qu’il veut.
Ce que Bruxelles aurait pu faire, mais n’a pas fait
La Commission européenne a deux options :
- Casser Google en imposant des sanctions lourdes et en forçant une vraie ouverture. Sauf que ça prend des années, et en attendant, Google gagne du temps avec ses recours.
- Laisser filer en espérant que la concurrence finira par émerger toute seule. Sauf que sans régulation forte, Google va continuer à étouffer les alternatives.
Le vrai problème, c’est que personne ne défend vraiment les utilisateurs. Les régulateurs veulent jouer les justiciers, mais ils manquent de moyens. Les concurrents (Microsoft, Meta, les moteurs européens) n’ont pas les ressources pour rivaliser. Et les utilisateurs ? Ils sont trop occupés à scroller pour s’en rendre compte.
La vraie question : qui va gagner cette guerre ?
Google mise sur la justice pour gagner du temps. Bruxelles mise sur la régulation pour casser le monopole. Les utilisateurs, eux, sont les grands perdants.
Parce que même si Google perd en théorie, en pratique, il aura déjà tout fait pour que le statu quo dure. Les fabricants de smartphones continueront à préinstaller Google Search par défaut. Les moteurs alternatifs resteront des options marginales. Et vous, vous continuerez à taper vos requêtes sans vous poser de questions.
Sauf que cette fois, il y a un détail qui change : la Cour de justice de l’UE pourrait enfin dire stop. Et si c’est le cas, préparez-vous à un bouleversement.
Pas parce que ça va être agréable. Mais parce que pour la première fois depuis des années, quelqu’un essaie vraiment de casser la machine.
Et ça, ça fait peur à Google.