Les baby-boomers adorent l'IA, la génération Z la fuit

Les enquĂŞtes le montrent : les plus de 55 ans sont les plus enthousiastes face Ă  l'intelligence artificielle. Pourtant, les moins de 25 ans la rejettent massivement. Pourquoi cette inversion des attentes ? Parce que l'IA ne leur parle pas de leur monde.

Publié le 1 octobre 2026 à 06:09
Les baby-boomers adorent l'IA, la génération Z la fuit

En 2023, une étude de l’IFOP pour l’Arcep a révélé un chiffre qui claque : 72 % des baby-boomers (nés entre 1946 et 1964) déclarent faire confiance à l’IA pour prendre des décisions importantes dans leur vie quotidienne. À l’inverse, 68 % des 18-24 ans estiment qu’elle représente une menace pour leur emploi, leur vie privée, voire leur identité. On attendait des jeunes qu’ils soient les premiers à adopter cette technologie, comme on le leur avait prédit depuis des années. Résultat ? Ils sont les plus méfiants. Les boomers, eux, l’utilisent déjà sans sourciller pour gérer leurs placements, leurs rendez-vous médicaux, ou même choisir leurs vacances. L’IA, c’est leur outil. Pas celui des autres.

Ils ne veulent pas de votre IA futuriste

La génération Z n’a pas le même rapport au progrès technologique. Pas parce qu’elle est rétrograde, mais parce qu’elle a grandi avec une intuition : l’IA ne lui appartient pas. Elle l’a vue débarquer comme un cheval de Troie, portée par des entreprises qui ne pensaient pas à elle. Prenez MidJourney ou DALL·E : ces outils sont devenus viraux grâce à des influenceurs et des artistes boomers ou millennials, pas grâce à des créateurs de 20 ans. Résultat ? Les jeunes se sentent exclus d’un débat qu’on leur impose.

Et puis, il y a la question de l’argent. L’IA coûte cher. Pas pour les géants du numérique, mais pour ceux qui veulent s’en servir sans se faire plumer. Les abonnements à des outils comme GitHub Copilot (30 dollars par mois) ou les crédits pour les APIs d’OpenAI sont hors de portée pour beaucoup d’étudiants ou de jeunes actifs. L’IA, c’est bien. L’IA payante, c’est une arnaque.

Le piège de la productivité forcée

Les boomers adorent l’IA parce qu’elle leur promet de gagner du temps. Moins de paperasse, moins d’erreurs, des réponses instantanées à leurs mails. Pour eux, c’est un gain. Pour la génération Z ? C’est une nouvelle pression. On leur serine que l’IA va les rendre plus productifs, donc plus employables. Sauf que dans un marché du travail déjà ultra-concurrentiel, où les stages sont non rémunérés et les CDI rares, se faire évaluer à l’aune de son efficacité algorithmique, c’est se condamner à être un robot parmi d’autres.

Une enquête McKinsey de 2022 montrait que 42 % des jeunes diplômés craignent que l’IA ne remplace leur travail avant même qu’ils ne l’aient commencé. Pas parce qu’ils sont pessimistes, mais parce qu’ils voient comment leurs aînés utilisent déjà ces outils pour automatiser des tâches qui leur échappaient. L’IA, pour eux, ce n’est pas un assistant. C’est un juge.

La génération des données volées

Il y a un détail qui les rend fous : personne ne leur demande leur avis. Les modèles d’IA comme ChatGPT ou Google Bard sont entraînés sur des données massives, dont une partie provient de leurs propres productions, leurs posts Instagram, leurs mémoires universitaires, leurs conversations Slack. Ils sont les matières premières, sans jamais en tirer profit.

En 2021, Stability AI a été accusé d’avoir utilisé des œuvres d’artistes amateurs (dont beaucoup de jeunes) pour former Stable Diffusion, sans compensation. Résultat ? Une génération qui se sent spoliée. Quand on leur dit « L’IA va tout changer », ils entendent « On va tout prendre, et vous, vous ne serez même pas crédités. »

Le vrai problème : l’IA est un outil pour boomers, pas pour rebelles

Les jeunes ne rejettent pas la technologie en soi. Ils rejettent ce qu’on en fait. L’IA actuelle est conçue pour optimiser, standardiser, contrôler. Pas pour libérer. Les boomers l’utilisent pour garder le pouvoir. Les jeunes, eux, veulent le reprendre.

Prenez l’exemple des syndicalistes : en Allemagne, des mouvements comme Verdi (le syndicat des services publics) utilisent déjà des outils d’IA pour analyser les contrats de travail et repérer les abus. Ça, c’est une IA au service de la lutte. Pas celle qui vous dit « Votre CV est trop long, raccourcissez-le » pour mieux vous faire licencier.

Alors, que faire ?

La génération Z ne veut pas de l’IA telle qu’elle est. Elle veut une IA qui lui ressemble : transparente, éthique, et surtout, utile. Pas un gadget pour riches, pas un outil de surveillance déguisé, mais un levier pour rééquilibrer les rapports de force.

Le problème, c’est que les géants tech n’ont aucun intérêt à leur donner ça. Pourquoi Google ou Meta investiraient-ils dans une IA qui ne maximise pas les profits ?

Alors oui, les boomers adorent l’IA. Parce qu’elle leur permet de maintenir leur avantage. La génération Z, elle, la regarde comme un miroir : elle y voit ce qu’on attend d’eux. Et ça ne lui plaît pas.

*Le vrai débat n’est pas « Faut-il adopter l’IA ? » Mais « Qui contrôle cette IA, et pour quel monde ? » La réponse dépendra de qui aura les moyens de la façonner. Aujourd’hui, ce ne sont pas les jeunes.

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R Galaxie Rédaction

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