Les lycéens bloquent les lycées, Geffray tweete des algorithmes
C’est une scène qui se répète depuis des semaines : des milliers d’élèves barricadés dans leurs établissements, des profs solidaires, des CRS en renfort. Pendant ce temps, Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation, sort des arguments qui sentent le bureau de start-up plus que le terrain. « L’école doit être un lieu d’innovation », « il faut repenser les parcours », « la data peut aider ». Très bien. Mais quand les lycéens crient « On veut des profs, pas des robots », ça ne passe pas.
Pourtant, Geffray a un profil qui devrait coller : ex-directeur de l’innovation à l’Éducation nationale, ancien de la tech, habitué à parler en chiffres et en solutions disruptives. Sauf que la crise actuelle n’est pas une question de code mal écrit. C’est une question de moyens, de respect, de dignité. Et là, le ministre est à côté de la plaque.
Son discours techno ne convainc personne
Geffray a une fâcheuse tendance à transformer des problèmes sociaux en défis algorithmiques. « Il faut digitaliser l’école », « les plateformes peuvent fluidifier les parcours ». Traduction : « On va vous donner des écrans et des logiciels, et ça ira mieux ». Sauf que les lycéens ne veulent pas de « fluidité ». Ils veulent des classes à taille humaine, des profs en nombre suffisant, des locaux décents.
Prenez le chiffre : 1 enseignant pour 25 élèves en moyenne dans les lycées, contre 1 pour 20 dans la moyenne européenne (source : OCDE, rapport 2023). Geffray en parle ? À peine. Il préfère vanter les « outils collaboratifs » ou les « parcours individualisés ». Comme si un logiciel pouvait remplacer un prof surchargé.
Et puis il y a cette manie de citer des « success stories » à l’étranger. « En Finlande, ils font comme ci », « Au Canada, ils ont fait comme ça ». Sauf que la Finlande a 100 000 habitants de moins que la région Île-de-France, et que ses lycées ne sont pas sardines dans des bâtiments pourris. Comparer, c’est facile. Transposer, c’est autre chose.
Pourquoi il bloque sur le fond ?
Geffray a un problème : il est coincé entre deux feux. D’un côté, les lycéens qui veulent du concret. De l’autre, Macron qui lui demande des « réformes structurelles » sans jamais préciser « avec quel budget ». Résultat : le ministre navigue à vue, entre promesses creuses et mesures qui peinent à atterrir.
Prenez l’exemple des bourses sur critères sociaux : depuis 2022, le gouvernement a augmenté les plafonds, mais les délais de traitement s’allongent. Pourquoi ? Parce que les services manquent de moyens. Geffray en parle ? Non. Il parle de « simplification administrative ». Comme si c’était une question de paperasse mal organisée, et pas de sous-effectifs.
Le vrai clash : l’école comme business, pas comme service public
Geffray vient de la tech. Dans ce monde-là, on optimise, on externalise, on mesure tout. Sauf que l’école n’est pas une entreprise. C’est un service public. Et là, le ministre semble avoir oublié la différence.
Il y a deux semaines, il a lancé un « plan numérique pour l’éducation » avec des partenariats privés. Des géants comme Microsoft ou Google for Education y sont associés. Très moderne. Très « disruptif ». Sauf que ces entreprises ont un modèle : vendre des licences, pas éduquer des jeunes. Quand un lycéen de Seine-Saint-Denis te dit « On a besoin de livres, pas de tablettes », tu ne lui réponds pas « On va former vos profs à l’IA ».
Ce qui se joue derrière les grèves
Les lycéens ne manifestent pas pour rien. Ils manifestent parce que l’école publique est à genoux. Parce que les locaux sont insalubres (un rapport de l’Inspection générale de 2023 estime que 1 lycée sur 5 a des problèmes d’amiante ou de moisissures). Parce que les cantines ferment faute de personnel. Parce que les transports scolaires sont supprimés pour des raisons budgétaires.
Geffray, lui, parle de « transformation des métiers ». Comme si le problème était la « désaffiliation des jeunes » et pas le fait que leur lycée sent le renfermé et manque de chauffage.
Le piège du ministre « cool »
Geffray a un style. Il est jeune, il parle vite, il utilise des mots comme « agilité » ou « écosystème ». Ça plaît aux médias. Ça fait « moderne ». Sauf que quand tu es en grève contre la précarité, « l’agilité » ne paie pas le loyer.
Le pire ? Il a refusé de rencontrer les syndicats étudiants pendant des semaines. « On est en dialogue », « il faut du temps ». Du temps pour quoi ? Pour qu’ils se lassent ? Pour que les médias passent à autre chose ?
La vraie question : et après ?
Geffray va continuer à parler en code. Les lycéens vont continuer à manifester. Et le gouvernement va continuer à tergiverser. Parce que la crise n’est pas technique. Elle est politique.
La prochaine fois que le ministre sortira un tweet sur « l’intelligence artificielle au service de l’éducation », demandez-lui une chose simple : « Combien de profs embauchez-vous cette année ? ». Et attendez la réponse.
Parce que sur ce point, il n’a rien à dire.