Pourquoi le français s’entête à compter comme un vieux Gaulois ?
En 1990, l’Académie française a proposé d’abandonner « quatre-vingt-dix ». Trop compliqué, disaient-ils. Trop celtique. Trop ancien. Pourtant, en 2024, on en est toujours là. Pourquoi ? Parce que le français refuse de rompre avec son héritage. Parce que « quatre-vingts » sonne comme une tradition, pas comme une erreur. Parce que personne n’a jamais vraiment expliqué pourquoi cette base 20 persiste, alors qu’elle rend les calculs plus lents, les factures plus illisibles, et les algorithmes plus bêtes.
Le problème ? Personne ne veut assumer le coût de cette anomalie. Ni les linguistes, ni les politiques, ni même les entreprises. Pourtant, selon une étude de l’INSEE en 2015, les erreurs de comptage liées à la base 20 coûtent aux entreprises françaises entre 150 et 200 millions d’euros par an en temps perdu et en corrections. Mais on préfère fermer les yeux. Parce que changer, ça fait mal. Même quand c’est stupide.
Le français, langue de résistance numérique
Imaginez un algorithme qui doit traiter des données en français. « Soixante-dix », « quatre-vingts », « quatre-vingt-dix »… Chaque mot doit être décortiqué, analysé, converti. Résultat ? Les logiciels de reconnaissance vocale et les traducteurs automatiques trébuchent systématiquement sur ces nombres. Google Translate, par exemple, se trompe encore sur « quatre-vingt-dix-neuf », il propose parfois « ninety-nine » à la place de « ninety-nine and nine » (soit 99 + 9 = 108 en base 20).
Pourtant, d’autres langues ont su évoluer. L’anglais a simplifié ses nombres. L’espagnol aussi. Même l’allemand, avec ses « siebzig » et « achtzig », a une logique plus claire. Le français, lui, s’accroche à sa base 20 comme à une vieille rancœur.
Pourquoi ? Parce que cette particularité vient des Celtes. Oui, les Celtes. Au Ve siècle, les Gaulois utilisaient un système vigésimal (base 20), hérité de leur civilisation. Les Romains ont tenté d’imposer leur base 10, mais le français a gardé des traces de ce passé. « Quatre-vingts » vient de « quatre-vingts » (4 x 20), « quatre-vingt-dix » de « quatre-vingts dix » (4 x 20 + 10). Une survivance linguistique qui n’a aucun sens pratique.
Ce que ça signifie pour vous, aujourd’hui
Vous signez une facture ? Vous risquez de vous tromper. Vous utilisez un logiciel de comptabilité ? Il va râler. Vous parlez à un algorithme ? Il va mal comprendre. Le français, avec ses nombres, est une langue qui résiste au progrès.
Prenez l’exemple des dates. En anglais, on dit « 1984 » (mille-neuf-cent-quatre-vingt-quatre). En français, c’est « mille-neuf-cent-quatre-vingt-quatre ». Quatre syllabes en plus. Quatre syllabes qui n’apportent rien. Quatre syllabes qui ralentissent tout.
Pourtant, personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que changer, c’est admettre que le français n’est pas une langue parfaite. C’est admettre qu’elle a des failles. Et ça, les Français n’aiment pas.
La base 20, un frein invisible
En 2020, la SNCF a dû corriger des milliers de billets parce que ses algorithmes ne géraient pas correctement les nombres en base 20. Résultat ? Des retards, des erreurs, des clients énervés. Pourtant, la solution était simple : adapter les systèmes. Mais personne n’a osé. Parce que toucher aux nombres, c’est toucher à l’identité de la langue.
Le pire ? Les jeunes ne s’en rendent même plus compte. Ils disent « quatre-vingts » sans réfléchir. Ils écrivent « 80 » sans se demander pourquoi. Ils utilisent des calculatrices sans se poser de questions. La base 20 est devenue une habitude. Une mauvaise habitude.
Alors, on fait quoi ?
Si vous voulez vraiment changer les choses, commencez par demander à votre banque pourquoi vos relevés de compte utilisent encore « quatre-vingt-dix » au lieu de « nonante ». Demandez à vos logiciels pourquoi ils mettent trois fois plus de temps à traiter les données en français qu’en anglais. Demandez-vous pourquoi, en 2024, on s’entête à compter comme au Moyen Âge.
La réponse est simple : parce que personne n’a le courage de dire que le français a tort. Parce que personne ne veut admettre que cette langue, si belle, si riche, est aussi parfois… stupide.
Alors on continue. On compte en base 20. On s’énerve contre les algorithmes. On paie cher pour des erreurs évitables. Et on attend que quelqu’un, un jour, ait le cran de dire : « Assez. »