L'Europe paie cash la folie des marchés du gaz

Les cours explosent à nouveau, comme en 2022. Derrière, une mécanique implacable : les traders parient sur la peur, les États ferment les yeux, et vos factures gonflent. Voici pourquoi ça ne va pas s'arrêter.

Publié le 14 octobre 2026 à 12:07
L'Europe paie cash la folie des marchés du gaz

Le marché joue avec vos factures comme avec des jetons

Le 10 juillet, le TTF, le marché de référence du gaz en Europe, a enregistré un pic à 178 €/MWh. Un chiffre qui claque comme une gifle. Pourtant, les stocks sont pleins, les livraisons russes (ce qu’il en reste) continuent, et l’été, normalement, ça devrait baisser. Alors pourquoi cette hausse ? Parce que les traders ont flairé une nouvelle occasion de s’en mettre plein les poches. Le gaz, c’est comme l’immobilier : tout le monde sait que c’est une bulle, mais personne ne veut être le premier à crier au feu.

Derrière les écrans, les fonds spéculatifs misent sur la pénurie future. Pas celle de 2022, non, celle de 2025, quand les vieux réacteurs nucléaires français vont encore fermer, quand l’Allemagne va peut-être rouvrir des centrales à charbon (oui, vous avez bien lu), et quand l’hiver prochain pourrait être plus froid que prévu. Ils parient sur votre peur, pas sur la réalité.

Et les régulateurs ? Ils regardent ailleurs. La ACER (l’Agence européenne des marchés énergétiques) a encore une fois refusé d’intervenir pour limiter les positions spéculatives. Leur argument ? « Le marché doit rester libre. » Traduction : « On ne veut pas froisser les traders, ils nous financent. » Résultat : les prix montent, vos factures aussi, et Bruxelles se lave les mains.

L’Allemagne paie le prix de sa dépendance

Prenons l’Allemagne. Le pays qui a fermé ses centrales nucléaires et ses mines de lignite pour sauver la planète. Résultat des courses ? En 2023, ils ont importé 80 % de leur gaz, contre 60 % avant la guerre. Et cette année, avec la Russie qui étrangle ses livraisons (via Nord Stream, dont les flux sont divisés par deux depuis 2022), ils sont en train de se faire niquer par les prix.

Le gouvernement a bien lancé des subventions pour les entreprises, mais ça ne suffit pas. Les usines ferment, les emplois partent. L’Allemagne a cru pouvoir se passer du gaz russe en deux ans. Spoiler : ça ne marche pas. Et maintenant, ils doivent choisir entre payer des prix de dingue ou relancer des centrales à charbon. Ils ont déjà commencé.

En France, on fait semblant de ne pas voir. EDF a annoncé en juin qu’elle allait réduire la production nucléaire cet hiver, officiellement pour des « raisons techniques ». Officieusement ? Parce que les réacteurs vieillissent, et qu’on n’a pas les moyens de les entretenir. Si on ferme des centrales, il faudra bien se chauffer… avec du gaz.

Le piège des contrats à long terme

Vous croyez que les entreprises européennes ont des contrats malins pour éviter les hausses ? Détrompez-vous. Elles sont toutes tombées dans le même piège : des contrats indexés sur le prix spot du gaz américain (le Henry Hub), qui a lui aussi explosé ces dernières semaines. Résultat ? Les usines allemandes, françaises, italiennes paient 30 à 50 % plus cher que l’an dernier.

Prenez Air Liquide, par exemple. Le géant chimique a prévenu en juin que ses marges seraient « sous pression » à cause du gaz. Ils ne sont pas les seuls. La sidérurgie, la pétrochimie, tout le monde trinque. Et à la fin, c’est toujours le consommateur qui paie.

Pourquoi personne ne veut réguler ?

Parce que réguler, ça signifie faire chier les traders. Et les traders, ce sont les mêmes qui financent les partis politiques, qui achètent des médias, qui font et défont les carrières. Le système est verrouillé.

En 2022, l’UE avait créé un plafond temporaire sur les prix du gaz pour éviter l’effondrement. Ça avait marché… jusqu’à ce que les lobbies fassent pression pour le supprimer. Aujourd’hui, même l’idée d’une taxe sur les profits spéculatifs fait rire les commissaires européens. « On ne peut pas faire ça, ce serait du protectionnisme ! », alors que protéger les citoyens contre des prix abusifs, ça s’appelle pas du protectionnisme, ça s’appelle de la décence.

L’hiver prochain sera pire

Les analystes de BloombergNEF prévoient que le gaz européen pourrait encore monter de 20 % d’ici décembre. Pourquoi ? Parce que :

  • La demande en Asie repart (la Chine rouvre ses usines, l’Inde aussi), et le gaz europĂ©en est plus cher que celui des États-Unis. Les acheteurs se tournent vers le LNG amĂ©ricain.
  • Les rĂ©serves europĂ©ennes ne sont pas aussi pleines qu’on le dit. Les stocks sont Ă  70 % de leur capacitĂ© (contre 65 % Ă  la mĂŞme pĂ©riode en 2023), mais la production locale (Norvège, Pays-Bas) baisse, et les livraisons russes (via la Turquie et l’Iran) sont instables.
  • L’Europe refuse de parler Ă  la Russie. MĂŞme quand Moscou propose des prix « normaux » (500 $/1 000 mÂł, contre 1 000 $ aujourd’hui), Bruxelles fait la sourde oreille. RĂ©sultat : on paie deux fois plus cher pour s’entĂŞter.

L’hiver prochain, si le froid arrive, les prix pourraient repartir vers 200 €/MWh. Et cette fois, personne ne viendra vous sauver.

Que faire, vous ?

Rien. Absolument rien.

Vous pouvez :

  • RĂ©duire votre consommation (tourner le chauffage Ă  19°, Ă©viter les douches trop longues, etc.). Ça changera vos factures de 5 Ă  10 %, mais pas le système.
  • Exiger des comptes Ă  vos gouvernements. Écrire Ă  votre dĂ©putĂ©, signer des pĂ©titions, manifester. Ça peut marcher… si assez de monde le fait.
  • PrĂ©parer un plan B. Si les prix restent Ă©levĂ©s, certains pays pourraient ralentir les factures (comme l’a fait l’Allemagne en 2022). Mais ça coĂ»tera cher aux États, et Ă  la fin, c’est toujours vous qui payez.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut admettre que le modèle est brisé. On a cru pouvoir se passer du gaz russe en deux ans. On a cru que les énergies renouvelables arriveraient à temps. On a cru que les traders ne feraient pas n’importe quoi. On s’est planté sur tout.

Et maintenant, on paie.

La prochaine fois, ce sera pire.

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R Galaxie Rédaction

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