Un robot qui répond aux questions, mais pas aux usagers ?
La bibliothèque Lucy-Faris va accueillir un robot concierge d’ici quelques semaines. Officiellement, il s’appelle Libby, un modèle conçu par une entreprise québécoise, Libby Robotics, basée à Montréal. Officieusement, ça fait grincer des dents. Pas parce que la tech est mauvaise, enfin, pas encore. Mais parce que ça coûte cher, que ça crée des attentes, et que personne ne sait très bien à quoi il servira, au final.
Le détail qui cloche : Libby ne sera pas un vrai concierge. Il ne vous accueillera pas à l’entrée, ne vous indiquera pas les toilettes en souriant, et ne vous proposera pas un café. Non. Il répondra aux questions par écrit, via un écran. Pas de voix, pas de contact. Juste des réponses préenregistrées ou générées par IA, comme un chatbot en forme de boîte métallique.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Un gadget pour cacher un problème plus gros
La ville de Gatineau dépense 125 000 $ pour ce jouet. Un budget qui aurait pu servir à embaucher une deuxième bibliothécaire, ou à moderniser les locaux. Mais non. On préfère un robot. Pourquoi ? Parce que c’est moderne. Parce que ça fait innovant. Parce que personne ne veut avouer qu’on manque de personnel.
Le chiffre qui saute aux yeux : selon Statistique Canada, 43 % des bibliothèques publiques au Québec manquent de personnel. À Gatineau, c’est pire. Les usagers se plaignent depuis des années : files d’attente pour les ordinateurs, retards pour les réservations, et des horaires réduits. Au lieu de régler ça, on achète un robot.
Est-ce que Libby va résoudre ces problèmes ? Non. Est-ce qu’il va les aggraver ? Probablement.
L’IA à la bibliothèque, une première… mais pas une bonne idée
Libby n’est pas le premier robot à travailler dans une bibliothèque. À Toronto, RoboLibrarian patrouille depuis 2019. Résultat ? Les usagers l’ignorent. Les employés non plus. Il coûte cher à entretenir, et il ne fait rien que ne pourrait faire un panneau ou un site web.
La vraie question : est-ce que Gatineau a besoin d’un robot pour gérer les questions basiques, alors que les bibliothécaires sont déjà débordés ?
Prenez un exemple concret : un enfant qui cherche un livre sur les dinosaures. Avec Libby, il devra taper sa question sur un écran. S’il fait une faute d’orthographe, adieu. S’il ne comprend pas la réponse, adieu. Avec une bibliothécaire, il aurait une explication claire, un conseil personnalisé, peut-être même un petit mot d’encouragement.
Le piège : on remplace l’humain par une machine, mais on garde les mêmes problèmes. Sauf que maintenant, on a une machine en plus à entretenir.
Qui va payer la facture quand ça ne marchera pas ?
Les promoteurs de Libby promettent des économies à long terme. Faux. Les robots comme celui-ci coûtent cher à acheter, à installer, et à mettre à jour. Et si jamais il tombe en panne ? Qui va le réparer ? Un technicien envoyé de Montréal ? Combien de temps d’arrêt ?
Le scénario réaliste : dans six mois, Libby sera là, silencieux, inutilisé. Les usagers continueront à poser leurs questions aux bibliothécaires, comme avant. Sauf que maintenant, la ville aura dépensé 125 000 $ pour un objet qui ne sert à rien.
La vraie innovation, ce serait d’embaucher des gens. Pas des robots.
Ce que ça dit de Gatineau
Gatineau mise sur la tech pour faire bonne figure. Mais à quoi bon ? Un robot concierge, c’est comme acheter une Tesla pour faire les courses : ça impressionne, mais ça ne change rien à la réalité.
Le message que ça envoie : la ville préfère dépenser des millions dans du gadget plutôt que de régler ses problèmes de fond. Les bibliothèques sont en crise ? On achète un robot. Les écoles manquent d’enseignants ? On automatise. Les hôpitaux sont sous-financés ? On installe des bornes d’IA.
C’est une fuite en avant. Et Gatineau n’est pas la seule.
La conclusion qui dérange
Libby arrivera à la bibliothèque Lucy-Faris. Les médias en parleront deux jours. Les usagers l’ignoreront. Et dans cinq ans, on achètera un autre robot, parce que personne n’osera avouer que le premier était une mauvaise idée.
La vraie question, personne ne la pose : et si on arrêtait les conneries et qu’on embauchait des humains, au lieu de machines ?