Le Gardénal a disparu des pharmacies

Un médicament vital contre l'épilepsie manque cruellement en France. Pourquoi les laboratoires et les importateurs l'ont-ils abandonné ? Les patients paient le prix d'un systÚme qui privilégie le profit à la santé.

Publié le 30 septembre 2026 à 12:19
Le Gardénal a disparu des pharmacies

Un médicament vital, un business pourri

Le GardĂ©nal, c’est le nom gĂ©nĂ©rique du mĂ©probamate, un anxiolytique et antiĂ©pileptique utilisĂ© depuis les annĂ©es 1950. Un vieux mĂ©dicament, donc. Pas cher. Pas glamour. Juste efficace. Pour les Ă©pileptiques qui rĂ©sistent aux traitements modernes, c’est souvent la seule solution. Pourtant, aujourd’hui, c’est introuvable. Pourquoi ? Parce que personne ne veut le fabriquer. Ni en France, ni en Europe. Les laboratoires ont abandonnĂ© le crĂ©neau depuis des annĂ©es. Trop peu rentable. Trop compliquĂ©. « Un mĂ©dicament gĂ©nĂ©rique, vieux, avec des marges faibles
 » rĂ©sume un cadre du secteur sous couvert d’anonymat. « On ne fait pas de business avec ça. » Sauf que le business, justement, c’est de soigner. Pas de spĂ©culer sur des molĂ©cules Ă  la mode.

Et puis il y a l’autre problĂšme : l’importation. Le GardĂ©nal se fabrique encore, mais oĂč ? En Inde, peut-ĂȘtre. En Chine, sans doute. Des usines qui tournent Ă  plein rĂ©gime pour d’autres pays, mais pas pour la France. Les chaĂźnes d’approvisionnement ont dĂ©cidĂ© que ce mĂ©dicament n’était pas une prioritĂ©. « Les grossistes nous disent : ‘On a mieux Ă  faire.’ » lance un pharmacien du Sud-Ouest, exaspĂ©rĂ©. « Comme si on pouvait choisir entre soigner les gens et faire tourner des stocks de paracetamol ! »

Le rĂ©sultat ? Une pĂ©nurie qui s’étire depuis des mois. L’Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament (ANSM) a bien Ă©mis des alertes, mais sans dĂ©clencher de plan d’urgence. « On nous parle de ‘tensions d’approvisionnement’, de ‘dĂ©lais allongĂ©s’
 » raille un neurologue parisien. « C’est du jargon administratif pour dire : on s’en fout. »

Les patients en premiĂšre ligne

Ceux qui paient le prix fort, ce sont les patients. Ceux qui, comme Marie, comptent sur ce mĂ©dicament pour Ă©viter que leur corps ne se tordille sous l’effet d’une crise. « Je prends une pilule par jour, tous les jours. Si je rate une dose, je risque l’hospitalisation. » explique Thomas, 42 ans, atteint d’épilepsie rĂ©fractaire. « Et lĂ , je me demande comment je vais tenir. »

Les alternatives ? Il y en a, mais elles ne marchent pas pour tout le monde. Certains Ă©pileptiques doivent se rabattre sur des traitements plus lourds, avec des effets secondaires Ă  gogo. D’autres, comme Sophie, 28 ans, doivent se contenter de demi-doses, au risque de voir leurs crises empirer. « Mon mĂ©decin me dit : ‘On fait avec.’ Mais ‘faire avec’, c’est quoi ? Vivre en Ă©quilibre sur un fil ? »

Et puis il y a ceux qui tombent dans le pire : le marchĂ© noir. Des comprimĂ©s achetĂ©s en ligne, sans garantie, sans contrĂŽle. « J’ai vu des gens commander sur des sites Ă©trangers, Ă  prix d’or », raconte un infirmier en libĂ©ral. « Le risque ? Des contrefaçons, des surdosages
 Bref, la loterie. »

L’ANSM a bien tentĂ© de relancer la production via des appels d’offres. Mais les laboratoires se font tirer l’oreille. « Pourquoi investir dans un mĂ©dicament qui ne se vend pas ? » rĂ©torque un directeur commercial. « Parce que c’est une question de santĂ© publique, bordel ! » rĂ©pond un mĂ©decin, sans filtre.

Un systÚme qui privilégie le profit à la santé

Le GardĂ©nal, c’est l’exemple parfait d’un systĂšme qui a tout faux. Un mĂ©dicament essentiel, mais pas assez « sexy » pour attirer les investissements. Une molĂ©cule ancienne, donc peu lucrative. Une pĂ©nurie qui s’installe, parce que personne ne veut assumer la responsabilitĂ©.

« C’est la loi du marchĂ© », soupire un Ă©conomiste de la santĂ©. « Les laboratoires privilĂ©gient les blockbusters, ceux qui rapportent des milliards. Pas les petits trucs qui sauvent des vies sans faire de bruit. »

Pourtant, des solutions existent. La France pourrait relancer la production locale, comme elle l’a fait pour certains antibiotiques pendant le Covid. L’État pourrait imposer des quotas de fabrication pour les mĂ©dicaments vitaux. Mais non. On prĂ©fĂšre attendre que la crise explose avant de rĂ©agir. Comme d’habitude.

« On nous parle toujours de ‘resilience’, de ‘souverainetĂ© sanitaire’
 » ironise un syndicaliste pharmacien. « Sauf que quand ça coince, on est toujours les derniers Ă  la manƓuvre. »

Et aprĂšs ?

Alors, que faire ? Attendre que les stocks s’épuisent complĂštement ? Que les patients se tournent vers des solutions dangereuses ? Non. Il est temps de crier gare. Le GardĂ©nal n’est pas un mĂ©dicament comme les autres. C’est une ligne de vie. Et si les laboratoires et les importateurs ne veulent pas l’assumer, c’est au pouvoir politique de le faire. Par la force, si nĂ©cessaire.

Car une chose est sĂ»re : si on laisse faire, la prochaine pĂ©nurie, ce ne sera pas celle du GardĂ©nal. Ce sera celle d’un autre mĂ©dicament. Et d’un autre patient. Et d’un autre drame Ă©vitable.

La balle est dans le camp des dĂ©cideurs. Ils ont jusqu’à ce que la situation empire pour agir. AprĂšs, il sera trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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