GameSir sort ses manettes Fortnite, mais personne ne croit à l’histoire du cœur
Le 12 octobre, GameSir a annoncé un partenariat avec Fortnite pour des manettes mobiles aux couleurs du jeu. Six versions, des skins offerts, et un argument choc : « Pour jouer comme un pro ». Sauf que les pros, justement, ne touchent pas à ces manettes. Et les joueurs réguliers non plus, visiblement.
Pourquoi ce partenariat ? GameSir, marque chinoise spécialisée dans les accessoires gaming pour mobile, mise sur l’effet de mode. Fortnite reste le jeu le plus téléchargé au monde (1,5 milliard de dollars de revenus en 2023, selon SuperData), et son univers est une mine d’or pour le merchandising. Sauf que là, ce n’est pas une peau de personnage ou un emoji qui est mis en avant, mais du matériel. Du plastique coloré, avec des boutons qui vibrent peut-être un peu mieux qu’une manette basique.
Le problème ? Les manettes GameSir coûtent entre 20 et 30 euros. Pour cette somme, vous pourriez vous offrir un café tous les matins pendant deux mois. Ou un vrai contrôleur Bluetooth de qualité. Le partenariat avec Fortnite offre bien des skins gratuits (un skin de manette dans le jeu, pas un vrai objet physique), mais ça ne change rien à l’équation : ces manettes ne sont pas faites pour durer. Elles sont faites pour vendre.
Et puis, qui va les acheter ? Les joueurs occasionnels, peut-être, ceux qui tapotent l’écran de leur smartphone en mode arcade. Pas les compétiteurs. Pas ceux qui passent des heures à optimiser leur setup. GameSir le sait. D’où l’astuce des skins : ça donne l’impression d’un cadeau, alors que c’est juste une façon de justifier le prix.
Six couleurs, un seul message : « Achetez, c’est Fortnite »
Les manettes sont disponibles en six versions : bleu électrique, vert fluo, rose bonbon, noir mat, doré et… Fortnite classique (un mélange de tout ça). Le design ? Basique. Les matériaux ? Légers, comme tout ce qui vient de Chine. La vraie valeur ajoutée, c’est le packaging : des boîtes qui brillent sous la lumière des néons des e-sports bars, avec des motifs qui rappellent les cartes Fortnite.
Mais est-ce que ça marche ? Pas vraiment. Les commentaires sur les réseaux sociaux sont sans pitié. « Ça ressemble à du jouet pour enfant », « J’ai déjà une manette qui fait ça, elle coûte 10 euros », « Epic Games aurait pu faire mieux ». Bref, le ton est donné : personne ne croit à la légitimité de l’objet.
Pourtant, GameSir mise sur l’effet de rareté. « Édition limitée », « Disponible seulement jusqu’à la fin du mois ». Des techniques de vente qui marchent à tous les coups… sur des produits sans valeur réelle. Le vrai problème, c’est que Fortnite ne met pas son nom sur ces manettes comme sur une collaboration sérieuse. Pas de skin exclusif, pas de fonctionnalité spéciale. Juste un logo et des couleurs.
Epic Games joue les arbitres sans s’engager
Epic Games, le studio derrière Fortnite, ne communique pas beaucoup sur ce partenariat. Pourquoi ? Parce que ça ne les arrange pas d’être associés à un produit bas de gamme. Leur réputation dépend de l’image premium de Fortnite : concerts virtuels, collaborations avec des marques sérieuses (comme Travis Scott ou Dior), des événements qui coûtent des millions.
Ici, c’est l’inverse : une manette à 25 euros, vendue en masse sur Amazon et chez les revendeurs asiatiques. Epic Games ne perd pas d’argent, mais ils ne gagnent rien non plus. Sauf peut-être un peu de visibilité low-cost.
Le vrai business, c’est ailleurs. GameSir ne vend pas que des manettes. La marque a aussi des claviers, des souris, des chargeurs… et surtout, une stratégie : inonder le marché avec des accessoires gaming à bas prix, en misant sur l’effet Fortnite pour attirer les clients. Le risque ? Que les joueurs réalisent trop tard que ces manettes sont jetables.
Et après ? GameSir va-t-il recommencer avec un autre jeu ?
Probablement. Parce que ça marche. Pas pour la qualité, mais pour le volume. Fortnite est un aimant à partenariats, et GameSir en profite. Le problème, c’est que ce genre d’opération ne fait pas avancer le gaming mobile. Ça ne pousse pas les constructeurs à innover. Ça ne donne pas envie aux joueurs de s’investir dans du matériel durable.
Alors, à qui profite le crime ? À GameSir, clairement. À Epic Games, peut-être un peu. Aux joueurs ? Non. Parce que ces manettes, au final, ne servent qu’à une chose : vendre plus. Et ça, c’est le seul jeu qui compte pour GameSir.
La vraie question : et si on arrêtait de tomber dans le panneau ?
Les joueurs de Fortnite sur mobile sont habitués aux collaborations marketing. Ils ont l’habitude des skins, des événements spéciaux, des partenariats avec des marques. Mais cette fois, c’est différent. Parce que GameSir ne vend pas un rêve. Ils vendent du plastique.
La prochaine fois que vous verrez une pub pour des manettes Fortnite à prix réduit, demandez-vous une chose : est-ce que je veux vraiment ça dans mes mains ? Ou est-ce que je me fais juste avoir ?
La réponse est dans le portefeuille.