Fujifilm force les photographes Ă  racheter un appareil inutile

L’Instax Square 2 arrive avec des piles AA et un film plus doux, mais Fujifilm joue avec les habitudes des clients. Pourquoi ce coup de force ? Et pourquoi ça marche encore ?

Publié le 19 octobre 2026 à 06:09
Fujifilm force les photographes Ă  racheter un appareil inutile

Pourquoi Fujifilm vous fait payer deux fois plus cher vos souvenirs en papier

Le Soft Haze, ce nouveau film qui arrive fin octobre, c’est du marketing pur. Fujifilm le vend comme une révolution : des couleurs plus douces, un grain moins visible, un rendu « plus naturel ». Traduction : ça ressemble à ce que font les apps de retouche sur smartphone, mais en pire. Parce que le vrai problème, ce n’est pas la qualité du film. C’est le prix. Et le fait que Fujifilm vous force à acheter un nouvel appareil pour en profiter.

En 2018, le marché des appareils instantanés valait 350 millions de dollars (source : Statista). Aujourd’hui, il stagne. Les clients achètent moins de films, moins d’appareils. Alors Fujifilm change la donne : elle vous fait racheter un boîtier pour un film qui existe déjà. Comme si Sony avait sorti un nouveau format de cassette pour la Walkman en 2024.

Et les piles AA ? Un détail qui en dit long. Les LR6, celles des anciens Instax, se trouvent partout. Les AA, si. Fujifilm mise sur votre paresse. Vous n’aurez pas envie d’acheter un adaptateur. Alors vous prendrez l’Instax Square 2. Même si vous n’en avez pas besoin.

Le piège des filtres intégrés : Fujifilm vous fait croire que vous contrôlez la photo

Les deux filtres intégrés, un pour les couleurs vives, un pour les tons sépia, c’est du théâtre. Fujifilm vous donne l’illusion du choix. En réalité, vous n’avez toujours pas le contrôle. Sur un Instax classique, vous choisissez le film, vous choisissez le développement (ou pas), vous choisissez même de tricher avec des lumières artificielles. Là, Fujifilm limite vos options.

Le filtre sépia, par exemple, donne un rendu qui rappelle les Polaroid des années 80. Sauf que les Polaroid, au moins, étaient cohérents. Là, c’est du calcul. Fujifilm sait que les clients veulent du vintage sans faire l’effort de chercher un vrai film rétro. Alors elle le fait à leur place. Pour un prix.

Et puis, il y a le boîtier. Plus épais, plus lourd. Fujifilm a ajouté des boutons inutiles, une molette de réglage qui ne sert à rien. Pourquoi ? Parce que ça justifie le prix. Parce que ça donne l’impression d’un appareil « premium ». Alors que c’est juste un gadget de plus dans un marché qui ne tourne déjà plus rond.

Le vrai problème : Fujifilm abandonne les créateurs, pas les amateurs

Les photographes qui utilisent l’Instax pour de vrai, ceux qui développent leurs films, qui font des tirages multiples, qui poussent les limites du format, sont en colère. Parce que Fujifilm ne leur parle plus. Le Soft Haze ? Trop doux. Les piles AA ? Une contrainte de plus. Le boîtier redessiné ? Inutile pour eux.

Pourtant, Fujifilm continue de cibler les amateurs. Ceux qui veulent des photos jolies sans se prendre la tête. Ceux qui achètent un appareil parce que c’est « tendance ». Le problème, c’est que ces clients-là ne reviennent pas. Ils prennent une photo, ils la postent sur Instagram, et ils oublient.

En 2023, seulement 12 % des ventes d’appareils instantanés concernaient des modèles professionnels ou semi-pros (source : Photo Industry News). Le reste ? Des cadeaux d’anniversaire, des achats impulsifs. Fujifilm mise sur ce public-là. Et elle a raison : ils achètent. Même si c’est pour un produit qu’ils n’utiliseront que trois fois.

Ce que Fujifilm ne vous dit pas sur les piles AA

Les piles AA, c’est le vrai coup de génie marketing. Parce que ça crée une dépendance. Vous achetez l’Instax Square 2, vous mettez des AA dedans, et vous ne pourrez plus revenir en arrière. Fujifilm sait que les clients n’achèteront pas un adaptateur. Alors elle vous enferme dans son écosystème.

Et puis, il y a le coût caché. Une pile AA rechargeable coûte 2 à 3 euros. Une LR6, 1 euro. Sur un an, avec 50 photos, vous dépensez 50 euros de plus en piles. Fujifilm ne vous le dit pas. Parce que ça ne figure pas dans la fiche technique.

L’Instax Square 2 : un appareil pour ceux qui n’ont pas le temps de réfléchir

Le Soft Haze, les filtres intégrés, les piles AA… Fujifilm a tout prévu pour que vous n’ayez pas à choisir. Vous voulez une photo ? Appuyez sur le bouton. Le reste, c’est elle qui s’en occupe. C’est exactement ce que veulent les clients lambda : un appareil qui fait tout à leur place.

Le problème, c’est que ça marche. Trop bien. Parce que Fujifilm ne vise pas les passionnés. Elle vise ceux qui veulent un souvenir sans effort. Ceux qui ne cherchent pas la perfection, mais juste une image qui « ressemble à quelque chose ».

Et ça, Fujifilm le sait. Alors elle continue. Même si ça signifie vous faire racheter un appareil pour un film qui existe déjà.

La prochaine étape ? Un abonnement pour les films

Il ne manquait plus que ça. Fujifilm pourrait très bien lancer un service d’abonnement pour le Soft Haze. « 10 films par mois, livrés à domicile, avec des filtres exclusifs. » Bien sûr, ce serait 30 euros par an. Bien sûr, vous seriez verrouillé dans leur système.

Pour l’instant, non. Mais le mécanisme est là. Fujifilm a testé le terrain avec les piles AA. Et ça a marché. Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

La vraie question, c’est : jusqu’où iront-ils ?

Pas besoin de répondre. On sait déjà.

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R Galaxie Rédaction

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