Les prix des fruits et légumes explosent sans explication

La sécheresse a fait grimper les prix des fruits et légumes, mais les supermarchés et les marchés ne jouent pas le même jeu. Certains se cachent derrière des marges opaques, d’autres affichent des hausses sans vergogne. Résultat : votre panier coûte plus cher, et personne ne vous dit vraiment pourquoi.

Publié le 15 octobre 2026 à 18:04
Les prix des fruits et légumes explosent sans explication

Le rayon qui vous ment depuis juin dernier

Ce matin, devant les étals de la rue Saint-Denis, le kilo de tomates cerises affichait 8,90 €. Huit euros. Pour des tomates. Pas des fraises en plein hiver, pas des groseilles surgelées, mais des tomates cerises, molles, sous plastique. Le vendeur a haussé les épaules : « C’est la sécheresse, patron. Les champs brûlent, les rendements chutent. » Il avait raison. Mais pas tout à fait.

Les chiffres le confirment : selon FranceAgriMer, les prix des légumes ont augmenté de 12 % en un an, ceux des fruits de 9 %. La tomate, star des salades estivales, a vu son prix bondir de 25 % depuis mai. Pourtant, les étiquettes ne racontent pas toute l’histoire. Car si la sécheresse a bien réduit les récoltes, les supermarchés et les marchés ne se sont pas contentés de répercuter le coût. Ils ont profité.

Et vous, vous payez.

Le marché, ce casino où personne ne triche… enfin si

Sur les marchés, les prix montent, mais pas n’importe comment. À Paris, un kilo de courgettes valait 1,80 € il y a six mois. Aujourd’hui, il en coûte 3,50 €. « C’est la loi de l’offre et de la demande », explique un maraîcher du 11e arrondissement. « Quand les champs crèvent, les prix grimpent. Point. » Sauf que non. Parce que sur les mêmes étals, les courgettes bio, elles, ont à peine augmenté. Et que les fraises, elles, restent à 4 € le kilo, comme l’été dernier. Alors oui, la sécheresse joue. Mais pas seule.

Le vrai problème ? Les marges. Sur les marchés, les producteurs vendent souvent en gros à des grossistes, qui revendent aux détaillants. À chaque étape, une petite commission s’ajoute. Quand les récoltes baissent, les grossistes pressent. Résultat : vous payez deux fois le prix. Une fois pour la sécheresse, une fois pour leur avidité.

Et les consommateurs ? Ils achètent. Parce que manger, ça se fait tous les jours.

La grande distribution, elle, se tait

Dans les supermarchés, c’est pire. Parce qu’on ne voit même pas les prix grimper. Du moins, pas tout de suite.

Prenez Carrefour, par exemple. En juin, le groupe a annoncé une hausse moyenne de 3 % sur les fruits et légumes. Trois pour cent. Un chiffre qui sonne bien, surtout quand on sait que l’inflation sur ces produits est deux fois plus élevée. Alors comment font-ils ?

Ils rognent ailleurs. Sur les marques distributeurs. Sur les promotions. Sur les produits de saison qu’ils ne mettent plus en avant. Résultat : vous achetez moins, mais ce que vous achetez coûte plus cher. Et comme les prix ne sont pas affichés en temps réel, vous ne le savez pas.

Preuve ? Un sac de salade mixte. En 2022, il coûtait 2,20 € en moyenne chez Carrefour. Aujourd’hui, il en coûte 2,90 €. Soit +32 %. Mais si vous regardez l’étiquette, vous verrez écrit « Prix moyen : 2,49 € ». Parce que le vrai prix, lui, est caché dans les rayons.

Et quand on demande des explications, les porte-paroles sortent les mêmes phrases lisses : « Nous adaptons nos prix en fonction des coûts réels des producteurs. » Traduction : « On vous arnaque, mais c’est pour votre bien. »

Ce que les régulateurs ne veulent pas voir

La DGCCRF (la police de la concurrence) a bien sorti un communiqué en juillet : « Les professionnels doivent veiller à ce que les hausses de prix soient justifiées et transparentes. » Très bien. Sauf que sur le terrain, personne ne contrôle vraiment.

Pourquoi ? Parce que les enquêtes prennent du temps. Parce que les producteurs et les distributeurs négocient en coulisses. Parce que quand un consommateur se plaint, on lui répond : « C’est la crise, madame. »

Un exemple ? En juin dernier, Intermarché a été épinglé pour avoir sous-évalué les prix de certains produits sur ses étiquettes. Résultat des courses : des amendes symboliques, et des pratiques qui continuent. Parce que sanctionner, ça coûte cher. Et que personne n’a vraiment envie de jouer les gendarmes.

Alors, que faire ?

Vous voulez des fruits et légumes ? Il va falloir choisir son camp.

  • Sur les marchés, vous payez cher, mais vous savez d’où ça vient. Et parfois, en négociant, vous pouvez obtenir un prix correct. Mais attention : certains étals surchargent délibérément, surtout en périphérie des villes.
  • En supermarché, vous payez moins cher… mais vous ne savez pas ce que vous payez vraiment. Et les promotions ? Souvent des leurres. Un produit à -30 %, mais en quantité réduite. Une aubergine à 1,99 €, mais qui pèse 400 grammes au lieu de 600.
  • En circuit court, chez les producteurs locaux, vous payez le juste prix. Mais il faut accepter de manger ce qui est de saison, et pas des tomates en décembre.

Le vrai problème, c’est que vous n’avez pas le choix. La sécheresse, c’est un fait. Mais l’arnaque, c’est une décision.

Et les décideurs ? Ils regardent ailleurs.

La dernière vérité : vous allez payer encore plus cher

Les prévisions de Météo-France sont claires : 2024 sera encore plus sec que 2023. Les rendements vont chuter. Les prix vont continuer à monter.

Alors soit vous arrêtez de manger des fruits et légumes. Soit vous acceptez de payer le double, voire le triple de ce que vous payiez il y a deux ans.

Personne ne vous le dira clairement. Mais c’est comme ça.

Et après, on vous parlera de « résilience » et de « sobriété heureuse ».

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R Galaxie Rédaction

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