La France s’épuise sous le poids des crises

Canicules, dette, taux d’intĂ©rĂȘt, lycĂ©ens dans la rue
 Le pays Ă©touffe. Entre rĂ©volte et rĂ©signation, les signes d’un effondrement social se multiplient. Pourquoi personne ne freine ?

Publié le 11 octobre 2026 à 18:04
La France s’épuise sous le poids des crises

Le thermomĂštre explose, les champs crĂšvent, et les comptes aussi

Ce matin-lĂ , Ă  Saint-Chamond, les vignes de Jean-Marc, 52 ans, ont rendu l’ñme. Pas Ă  cause du gel, ni des maladies, mais parce que le sol a cuit Ă  50 degrĂ©s. « On a perdu 40 % de la rĂ©colte en une semaine. À ce rythme, c’est la faillite dans six mois », lĂąche-t-il en essuyant la sueur qui coule sur son front. Les chiffres de FranceAgriMer le confirment : les pertes agricoles liĂ©es Ă  la canicule 2022 ont dĂ©passĂ© 1,5 milliard d’euros. Et cette annĂ©e, rien ne laisse prĂ©sager un rĂ©pit. Pourtant, Ă  Bruxelles, on parle encore de « rĂ©silience ». Comme si le mot suffisait Ă  faire pousser les blĂ©s.

Mais la vraie douleur, elle, ne vient pas des champs. Elle est ailleurs.

La dette, ce serpent qui étouffe

La France doit 3 000 milliards d’euros. Un chiffre qui donne le vertige, mĂȘme pour les Ă©conomistes les plus endurcis. Et comme si ça ne suffisait pas, les taux d’intĂ©rĂȘt remontent. RĂ©sultat ? Les collectivitĂ©s locales, dĂ©jĂ  Ă  genoux, voient leurs emprunts coĂ»ter 30 % plus cher qu’il y a deux ans. « On nous demande de serrer la ceinture, mais avec des budgets gelĂ©s et des dĂ©penses qui explosent, c’est mission impossible », grogne un maire du Nord, qui prĂ©fĂšre rester anonyme. Pendant ce temps, l’État continue de jouer les pompiers, en injectant des milliards dans les hĂŽpitaux, les retraites, et maintenant, les lycĂ©es en Ă©bullition.

Pourtant, personne ne parle vraiment de la dette. Pas Macron, pas MĂ©lenchon, pas mĂȘme les mĂ©dias. Comme si c’était un tabou. « On nous bassine avec l’inflation, le pouvoir d’achat, mais la dette, c’est le vrai cancer », assĂšne un ancien haut fonctionnaire du ministĂšre des Finances. « Et on fait semblant de ne pas voir. »

Les lycĂ©ens, miroir d’une jeunesse en colĂšre

Ils ne sont pas des Ă©colos, pas des gauchistes, pas des fachos. Juste des gamins qui en ont marre. « On nous dit que c’est pour notre bien, mais Ă  force de nous serrer la ceinture, on crĂšve », lance LĂ©a, 17 ans, en pleine manif devant le lycĂ©e Henri-IV. Les grĂšves se multiplient, les cordons de sĂ©curitĂ© aussi. Plus de 80 Ă©tablissements ont Ă©tĂ© occupĂ©s depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, selon le ministĂšre de l’Éducation. Mais cette fois, ce n’est pas qu’une question de rĂ©forme des retraites ou de bac. C’est l’accumulation. Le logement qui coĂ»te une fortune, les jobs Ă©tudiants qui disparaissent, les parents qui galĂšrent Ă  boucler les fins de mois.

Et puis il y a ce dĂ©tail qui saute aux yeux : les lycĂ©ens ne crient pas contre les profs. Ils crient contre l’État. « On nous parle de mĂ©rite, d’effort, mais quand on voit les filiĂšres qui ferment et les profs qui partent, c’est clair : on nous ment », balance un Ă©lĂšve de terminale, casque sur les oreilles. Le chĂŽmage des jeunes a bondi de 15 % en un an, selon PĂŽle Emploi. Et les stages ? « On se les fait payer 500 balles par mois », raille un autre. « C’est ça, la France qui monte ? »

Le logement, cette bombe Ă  retardement

À Paris, un deux-piĂšces Ă  1 800 euros. À Lyon, un studio Ă  1 200. À Lille, une chambre chez l’habitant Ă  600. Les prix ont explosĂ©, les salaires stagnent, et les aides publiques ? « Une blague », selon les associations. 3,5 millions de personnes sont mal logĂ©es en France, d’aprĂšs la Fondation AbbĂ© Pierre. Et les solutions ? « On attend quoi ? Les tours HLM des annĂ©es 70 ? Les bidonvilles en banlieue ? » s’emporte un travailleur social dans le 93.

Pourtant, les promoteurs continuent de construire des rĂ©sidences Ă©tudiantes Ă  prix d’or. « Ils savent trĂšs bien que les jeunes n’ont pas le choix », grince un syndicaliste de la CFDT. « Et l’État ? Il regarde ailleurs. »

Pourquoi personne ne freine ?

Parce que la machine broie tout sur son passage. Les agriculteurs crĂšvent en silence, les lycĂ©ens manifestent, les locataires squattent, mais personne ne touche aux vrais leviers. La dette ? On la rembourse en s’endettant encore plus. Les taux ? On les subit en serrant la ceinture. Le logement ? « C’est le marchĂ© », dit-on, comme si c’était une fatalitĂ©.

Et puis il y a cette étrange passivité. Les Français votent, manifestent, mais rien ne change vraiment. « On est dans une boucle sans fin : on nous promet des lendemains qui chantent, et on se réveille toujours avec la gueule dans le gaz », résume un ouvrier de Renault, licencié il y a trois mois.

La France n’est pas en guerre. Mais elle est en train de s’épuiser.

Pas de conclusion lisse. Juste un constat : si on ne freine pas maintenant, ce sera trop tard.

Et les prochaines générations paieront la note.

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R Galaxie Rédaction

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