Le thermomĂštre explose, les champs crĂšvent, et les comptes aussi
Ce matin-lĂ , Ă Saint-Chamond, les vignes de Jean-Marc, 52 ans, ont rendu lâĂąme. Pas Ă cause du gel, ni des maladies, mais parce que le sol a cuit Ă 50 degrĂ©s. « On a perdu 40 % de la rĂ©colte en une semaine. Ă ce rythme, câest la faillite dans six mois », lĂąche-t-il en essuyant la sueur qui coule sur son front. Les chiffres de FranceAgriMer le confirment : les pertes agricoles liĂ©es Ă la canicule 2022 ont dĂ©passĂ© 1,5 milliard dâeuros. Et cette annĂ©e, rien ne laisse prĂ©sager un rĂ©pit. Pourtant, Ă Bruxelles, on parle encore de « rĂ©silience ». Comme si le mot suffisait Ă faire pousser les blĂ©s.
Mais la vraie douleur, elle, ne vient pas des champs. Elle est ailleurs.
La dette, ce serpent qui étouffe
La France doit 3 000 milliards dâeuros. Un chiffre qui donne le vertige, mĂȘme pour les Ă©conomistes les plus endurcis. Et comme si ça ne suffisait pas, les taux dâintĂ©rĂȘt remontent. RĂ©sultat ? Les collectivitĂ©s locales, dĂ©jĂ Ă genoux, voient leurs emprunts coĂ»ter 30 % plus cher quâil y a deux ans. « On nous demande de serrer la ceinture, mais avec des budgets gelĂ©s et des dĂ©penses qui explosent, câest mission impossible », grogne un maire du Nord, qui prĂ©fĂšre rester anonyme. Pendant ce temps, lâĂtat continue de jouer les pompiers, en injectant des milliards dans les hĂŽpitaux, les retraites, et maintenant, les lycĂ©es en Ă©bullition.
Pourtant, personne ne parle vraiment de la dette. Pas Macron, pas MĂ©lenchon, pas mĂȘme les mĂ©dias. Comme si câĂ©tait un tabou. « On nous bassine avec lâinflation, le pouvoir dâachat, mais la dette, câest le vrai cancer », assĂšne un ancien haut fonctionnaire du ministĂšre des Finances. « Et on fait semblant de ne pas voir. »
Les lycĂ©ens, miroir dâune jeunesse en colĂšre
Ils ne sont pas des Ă©colos, pas des gauchistes, pas des fachos. Juste des gamins qui en ont marre. « On nous dit que câest pour notre bien, mais Ă force de nous serrer la ceinture, on crĂšve », lance LĂ©a, 17 ans, en pleine manif devant le lycĂ©e Henri-IV. Les grĂšves se multiplient, les cordons de sĂ©curitĂ© aussi. Plus de 80 Ă©tablissements ont Ă©tĂ© occupĂ©s depuis le dĂ©but de lâannĂ©e, selon le ministĂšre de lâĂducation. Mais cette fois, ce nâest pas quâune question de rĂ©forme des retraites ou de bac. Câest lâaccumulation. Le logement qui coĂ»te une fortune, les jobs Ă©tudiants qui disparaissent, les parents qui galĂšrent Ă boucler les fins de mois.
Et puis il y a ce dĂ©tail qui saute aux yeux : les lycĂ©ens ne crient pas contre les profs. Ils crient contre lâĂtat. « On nous parle de mĂ©rite, dâeffort, mais quand on voit les filiĂšres qui ferment et les profs qui partent, câest clair : on nous ment », balance un Ă©lĂšve de terminale, casque sur les oreilles. Le chĂŽmage des jeunes a bondi de 15 % en un an, selon PĂŽle Emploi. Et les stages ? « On se les fait payer 500 balles par mois », raille un autre. « Câest ça, la France qui monte ? »
Le logement, cette bombe Ă retardement
Ă Paris, un deux-piĂšces Ă 1 800 euros. Ă Lyon, un studio Ă 1 200. Ă Lille, une chambre chez lâhabitant Ă 600. Les prix ont explosĂ©, les salaires stagnent, et les aides publiques ? « Une blague », selon les associations. 3,5 millions de personnes sont mal logĂ©es en France, dâaprĂšs la Fondation AbbĂ© Pierre. Et les solutions ? « On attend quoi ? Les tours HLM des annĂ©es 70 ? Les bidonvilles en banlieue ? » sâemporte un travailleur social dans le 93.
Pourtant, les promoteurs continuent de construire des rĂ©sidences Ă©tudiantes Ă prix dâor. « Ils savent trĂšs bien que les jeunes nâont pas le choix », grince un syndicaliste de la CFDT. « Et lâĂtat ? Il regarde ailleurs. »
Pourquoi personne ne freine ?
Parce que la machine broie tout sur son passage. Les agriculteurs crĂšvent en silence, les lycĂ©ens manifestent, les locataires squattent, mais personne ne touche aux vrais leviers. La dette ? On la rembourse en sâendettant encore plus. Les taux ? On les subit en serrant la ceinture. Le logement ? « Câest le marchĂ© », dit-on, comme si câĂ©tait une fatalitĂ©.
Et puis il y a cette étrange passivité. Les Français votent, manifestent, mais rien ne change vraiment. « On est dans une boucle sans fin : on nous promet des lendemains qui chantent, et on se réveille toujours avec la gueule dans le gaz », résume un ouvrier de Renault, licencié il y a trois mois.
La France nâest pas en guerre. Mais elle est en train de sâĂ©puiser.
Pas de conclusion lisse. Juste un constat : si on ne freine pas maintenant, ce sera trop tard.
Et les prochaines générations paieront la note.