Le 5 octobre 2026, à Paris, Emmanuel Macron serrait la main de Romuald Wadagni comme on accueille un partenaire clé. Les photos officiels montrent deux hommes souriants, alignés devant les drapeaux tricolore et béninois. Pourtant, dans les couloirs de l’Élysée, l’ambiance était moins légère. La France a un problème au Bénin, et ce n’est pas celui qu’elle veut afficher.
Pas de discours pompeux, pas de grand geste. Juste une poignée de main et un échange bilatéral qui sent le calcul. Macron a rappelé les « valeurs communes », démocratie, stabilité, partenariat économique. Wadagni a hoché la tête, poli, avant d’évoquer « l’urgence de moderniser les infrastructures ». Traduction : les routes du Bénin, aujourd’hui en lambeaux, étouffent son économie. Et la France, avec ses entreprises comme Bouygues ou Vinci, pourrait bien en profiter.
Mais il y a un hic.
Le Bénin n’est plus le petit pays docile des années 2000. Depuis l’arrivée de Wadagni en 2021, le ton a changé. Le président béninois, ancien ministre des Finances sous Boni Yayi, a une réputation : il ne laisse pas les bailleurs de fonds dicter leur loi. En 2024, il a menacé de renégocier les dettes contractées auprès du FMI et de la Banque mondiale, accusant Paris de « deux poids, deux mesures ». Résultat ? Les crédits français ont ralenti. La France, habituée à jouer les gendarmes économiques en Afrique, se heurte à un mur.
L’argent, ce nerf de la guerre invisible
Les chiffres parlent. Entre 2020 et 2025, les investissements français directs au Bénin ont chuté de 30 %, selon les données de la Banque mondiale. Pourquoi ? Parce que Cotonou a durci les conditions. Les contrats publics, autrefois attribués sans appel d’offres, sont désormais passés au crible. Les entreprises françaises se plaignent : « Trop lent, trop cher, trop risqué. »
Pire : le Bénin mise sur la Chine. Pékin a déjà injecté 1,2 milliard de dollars dans les ports et les barrages. Pour Macron, c’est un camouflet. La France perd du terrain face à Pékin, mais aussi face à d’autres acteurs comme les Émirats ou la Turquie. À Paris, on tente de rassurer : « Nous restons le premier partenaire historique. » Sauf que les chiffres mentent.
Derrière les sourires, une guerre économique.
Wadagni n’est pas un naïf. Il sait que la France a les moyens de faire pression. En 2023, elle a gelé 50 millions d’euros d’aides budgétaires après des accusations de « dérive autoritaire » (le Bénin a suspendu des ONG jugées trop critiques). Mais aujourd’hui, il a besoin d’elle. Pas pour les aides, mais pour les marchés. Le Bénin veut attirer des usines textiles, des zones franches. Et pour ça, il faut des infrastructures, routes, électricité, ports. La France a les compétences. La Chine a l’argent.
Le piège de la dépendance énergétique
Il y a un autre dossier qui pique : le pétrole. Le Bénin n’en produit pas, mais il en importe massivement. Et depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, les prix ont explosé. Macron a proposé un partenariat « énergétique », en réalité, une dépendance déguisée.
Le Bénin pourrait s’approvisionner via les raffineries françaises, mais à quel prix ? Les contrats seraient liés à des clauses sociales, environnementales… et politiques. Wadagni a feint l’enthousiasme, mais il a aussi glissé un avertissement : « Nous ne voulons pas être un satellite. » Traduction : « Ne me faites pas croire que c’est une faveur. »
Ce que personne ne dit à voix haute
Dans les couloirs de l’Élysée, on murmure que la vraie raison de cette visite, c’est la France qui veut tester Wadagni. Est-il fiable ? Peut-on compter sur lui pour bloquer l’influence chinoise au Sahel ?
Le Bénin n’est pas un pays stratégique comme le Mali ou le Niger, mais il est un maillon clé. Si Cotonou bascule trop vers Pékin, Paris perd un allié indirect dans la région. D’où cette visite, ce mélange de fermeté et de courtoisie.
Macron a offert des contrats, des promesses de « coopération renforcée ». Wadagni a écouté, puis a contre-attaqué : « Nous voulons des résultats concrets, pas des vœux pieux. » La balle est dans le camp de Paris.
Le vrai enjeu : qui contrôle l’Afrique de l’Ouest ?
Derrière les discours sur les « partenariats gagnant-gagnant », il y a une guerre larvée. La France veut montrer qu’elle reste une puissance incontournable. Le Bénin cherche à se libérer, sans pour autant se mettre à dos l’Occident. Le résultat ? Un équilibre précaire.
À la sortie de l’Élysée, Wadagni a annoncé un « accord-cadre » sur les infrastructures. Rien de révolutionnaire. Juste assez pour que les médias s’enflamment, assez pour que les actionnaires français se rassurent. Mais dans les coulisses, les négociations continuent.
La France a encore les cartes en main. Pour combien de temps ?
Pas de conclusion grandiloquente. Juste une question qui reste en suspens : quand le Bénin comprendra-t-il que ses « partenaires » ne sont pas des amis, mais des concurrents ? Et quand la France acceptera-t-elle que l’Afrique ne lui doit plus rien ?