Un atelier, une table en bois usée, des ciseaux posés sur un tissu à motifs. À Mouliets-et-Villemartin, dans les Deux-Sèvres, les adhérentes des Ateliers créatifs ne font pas dans le sentimentalisme. Elles cousent. Plus de 100 foulards pour l’Institut Curie, dans le cadre de l’action 20 000 foulards pour Curie, lancée en 2022. L’objectif ? Offrir un réconfort aux patients en chimio, ceux qui perdent leurs cheveux et se retrouvent avec une tête à nu, un corps qui trahit la maladie avant même que les mots ne le disent. Sauf que ce genre d’initiative, ça cache souvent autre chose. Une image lisse, un geste qui fait du bien en apparence, mais qui pose des problèmes concrets. Alors, ces foulards, ils servent vraiment à quelque chose ? Ou c’est juste une façon de se donner bonne conscience sans toucher au vrai problème ?
Un geste qui ne change rien aux inégalités
L’Institut Curie, c’est une référence en cancérologie. Mais même là , les patients ne sont pas tous logés à la même enseigne. Un foulard, ça se lave. Ça se porte. Ça cache. Sauf que pour beaucoup, le vrai réconfort, c’est ailleurs. Une écoute, un suivi psychologique, un accès aux soins sans délai. Or, ces foulards, ils ne résolvent aucun de ces problèmes. Pire : ils peuvent donner l’impression que le système a déjà tout prévu. Comme si le fait de recevoir un foulard signait une prise en charge globale. Sauf que non. À l’Institut Curie, comme ailleurs, les listes d’attente pour une consultation en psychologie peuvent dépasser six mois. Six mois. Le temps que les cheveux repoussent, peut-être. Mais pas le temps que la peur s’en aille.
Et puis, il y a la question de l’accès. Ces foulards, ils sont distribués comment ? Qui en bénéficie vraiment ? Les ateliers comme ceux de Mouliets fonctionnent souvent avec des dons, des bénévoles, des stocks de tissu récupérés. Résultat : la qualité varie. Certains foulards sont solides, respirants, adaptés aux soins. D’autres, moins. Et une patiente en chimio, elle n’a pas besoin d’un accessoire qui lui rappelle qu’elle est en train de se battre.
Le vrai problème, c’est l’argent
L’Institut Curie, en 2023, a reçu 1,2 milliard d’euros de subventions publiques (source : rapport d’activité 2023). Un milliard. Pourtant, les associations comme les Ateliers créatifs de Mouliets dépendent de dons, de subventions locales, de la bonne volonté des adhérentes. Pas de budget pharaonique. Pas de campagne marketing. Juste des femmes qui cousent, des machines à coudre qui tournent, et l’espoir que ça fera une différence. Sauf que la différence, elle se joue ailleurs. Dans les hôpitaux sous-financés, dans les déserts médicaux, dans les files d’attente qui s’allongent. Un foulard, ça ne soigne pas. Ça ne paie pas les soins. Ça ne réduit pas les délais.
Et si on parlait cash ?
Pourtant, ces initiatives, elles marchent. Médiatiquement, du moins. Un foulard, c’est moins compliqué à expliquer qu’un manque de lits en oncologie. Moins gênant qu’un débat sur le financement des hôpitaux. Alors on cousait, on souriait, on postait des photos sur les réseaux. Regardez comme on est solidaires ! Sauf que la solidarité, quand elle se limite à des accessoires, ça ressemble parfois à une distraction.
À Mouliets, on ne se voile pas la face. Les adhérentes savent très bien que leurs foulards ne changeront pas le système. Mais elles font ce qu’elles peuvent. Et puis, il y a cette fierté, cette satisfaction de donner quelque chose de concret. Même si ce n’est pas assez concret. Même si ça ne règle rien.
Le piège du geste symbolique
Le problème, c’est que ces actions, elles donnent l’impression que quelqu’un fait quelque chose. Que la société bouge. Que les choses avancent. Sauf que non. Les foulards s’accumulent, les patients attendent, et les budgets des hôpitaux restent les mêmes. Pire : en mettant l’accent sur des gestes symboliques, on évite d’aborder le vrai sujet. Celui qui pique, qui dérange. Celui qui coûte cher.
Alors, ces foulards de Mouliets, ils sont utiles ? Oui, sur le moment. Ils réchauffent, ils cachent, ils rappellent qu’on pense à vous. Mais ils ne sauvent pas de vies. Ils ne raccourcissent pas les délais. Ils ne financent pas les soins. Et c’est ça, le vrai scandale. Que des milliers de personnes se battent pour des accessoires alors que le système, lui, ne bouge pas.
Ce qu’on ne vous dira pas
Personne ne va vous expliquer que ces ateliers, aussi louables soient-ils, sont un leurre. Un leurre bienveillant, peut-être. Mais un leurre quand même. Parce que tant qu’on parlera de foulards et de bonnets, on évitera d’aborder la vraie question : comment financer correctement les soins, comment réduire les inégalités d’accès, comment former assez de personnel soignant ?
À Mouliets, on cousait. À Paris, on tergiverse. Et pendant ce temps, les patients attendent.
Le dernier mot
Les foulards de chimio, ça se porte. Mais ça ne change rien à la machine. Alors oui, continuez à coudre. Mais ne vous arrêtez pas là . Parce que le vrai combat, lui, il est ailleurs.