La Finlande enterre ses déchets radioactifs, le monde regarde ailleurs

Vingt-deux ans après le début des travaux, l’Onkalo devient le premier site de stockage géologique profond au monde. Mais derrière ce symbole, des questions persistent : et si la vraie bataille était ailleurs ?

Publié le 23 octobre 2026 à 12:08
La Finlande enterre ses déchets radioactifs, le monde regarde ailleurs

Le 26 juin 2025, la Finlande a officiellement donné son feu vert pour l’ouverture du premier site de stockage définitif de déchets nucléaires au monde. Onkalo, ce trou béant creusé à 420 mètres sous terre près d’Eurajoki, va enfin servir à sa fonction. Pas tout de suite, bien sûr, l’entreprise Posiva, qui gère le projet, parle encore de « prochaines années ». Mais le principe est acté : les barils de combustible usé, ceux qui ont traîné des décennies dans des piscines de refroidissement, vont disparaître sous roche pour… au moins 100 000 ans. Peut-être plus. Personne ne sait vraiment ce qui se passera dans 10 000 ans, encore moins dans 100 000. Alors on enterre le problème, littéralement. Et ça, c’est le vrai scoop : on enterre sans garantie.

Un trou dans le sol, un trou dans le débat

Posiva a dépensé 3,5 milliards d’euros depuis 2004 pour creuser ce labyrinthe de galeries et de cuves en cuivre. Le tout scellé par du bentonite, cette argile qui doit empêcher l’eau de circuler. Sur le papier, c’est solide. En théorie, les déchets resteront confinés. En pratique ? Personne ne peut le prouver. Les simulations vont jusqu’à 1 million d’années, mais au-delà, même les modèles les plus optimistes avouent leur limite. Et puis, il y a les imprévus : un tremblement de terre, une faille géologique mal cartographiée, une erreur humaine. Onkalo est une expérience à l’échelle des siècles, mais on la lance sans retour possible.

Pourtant, la Finlande a tranché. Pourquoi ? Parce que c’était plus simple que de continuer à stocker les déchets en surface, en attendant une solution qui n’existe pas. Parce que les autres pays européens tergiversent encore. Parce que la Suède et la France regardent, mais ne bougent pas. La Suède a son propre projet, Forsmark, mais il est bloqué par des recours juridiques. La France, elle, mise toujours sur le recyclage du combustible, une solution qui, elle aussi, n’est pas encore au point. La Finlande a osé. Les autres hésitent.

Le vrai problème : et les autres, alors ?

Onkalo est souvent présenté comme une « première mondiale ». Sauf que non. C’est une première pour l’Europe. Aux États-Unis, le site de Yucca Mountain au Nevada a été abandonné après des décennies de débats. En Russie, on enterre les déchets près de la mer de Barents, sans grand contrôle. La Chine et l’Inde n’ont même pas encore de projet sérieux. La Finlande avance, mais elle le fait seule.

Et puis, il y a le détail qui dérange : Posiva a déjà commencé à enfouir des déchets de faible activité. Les plus dangereux, eux, attendront. Pourquoi cette précipitation ? Parce que le site est conçu pour durer, mais pas pour être rempli du jour au lendemain. On commence par les moins radioactifs pour tester, puis on verra. Sauf que si quelque chose cloche, c’est trop tard pour revenir en arrière.

L’argument qui fait mal : « On n’a pas le choix »

Les défenseurs du projet sortent l’argument massue : « Il faut bien les mettre quelque part. » Oui, mais où ? Et surtout, qui décide que c’est sûr ? Les autorités finlandaises ont validé le projet, mais est-ce que dans 500 ans, un descendant va creuser pour voir si tout va bien ? Non. Onkalo est une solution pour nous, pas pour les générations futures.

Et puis, il y a une question que personne ne pose vraiment : est-ce que c’est vraiment la meilleure option ? Le stockage géologique profond, c’est la solution la plus « propre » aujourd’hui, mais est-ce que c’est la seule ? La fusion nucléaire, peut-être ? Les réacteurs à sels fondus ? Onkalo est une réponse à une question posée il y a 50 ans. Pas à celle d’aujourd’hui.

Le vrai jeu : l’argent et le pouvoir

Derrière les discours techniques, il y a une réalité moins glamour : l’industrie nucléaire a besoin de cette solution pour survivre. Sans stockage définitif, pas de nouveaux réacteurs. Pas de nouveaux contrats. La Finlande, elle, a un atout : son petit nombre d’habitants et son territoire peu dense. Pas de manifestations monstres, pas de risques politiques majeurs. La Suède, elle, a des éoliennes et des écologistes qui bloquent tout. La France, elle, a des centrales vieillissantes et des débats sans fin.

Posiva, c’est aussi une success-story finlandaise. Une entreprise publique qui a tenu bon pendant 20 ans. Mais à quel prix ? Celui des impôts, bien sûr. Et celui de l’image : « La Finlande résout ses problèmes, les autres tergiversent. » C’est un argument commercial, pas un débat scientifique.

Ce qu’on ne vous dira pas

Personne ne parle vraiment des coûts cachés. Combien coûtera la surveillance à long terme ? Qui paiera si un problème survient dans 1 000 ans ? Les assurances ne couvrent pas les catastrophes qui n’ont pas encore eu lieu.

Personne ne mentionne non plus que la Finlande a un avantage géologique rare : son sous-sol granitique est stable. La France, avec son Bassin Parisien, ou la Belgique, avec ses nappes phréatiques, n’ont pas les mêmes atouts. Onkalo, c’est un coup de poker géologique.

Et surtout, personne ne vous expliquera pourquoi les pays qui ont le plus de déchets, comme les États-Unis ou la Russie, ne font rien. Parce que c’est trop compliqué. Parce que c’est trop cher. Parce que personne ne veut être le premier à avouer que ça ne marche pas.

La Finlande a gagné. Le monde a perdu.

Onkalo ouvre. Les barils descendent. Les galeries se referment. Et après ? Après, il faudra attendre. Voir si les modèles tiennent. Espérer que personne ne viendra jamais vérifier. La Finlande a fait son devoir. Le reste du monde regarde, et se tait. Parce que la vraie question n’est pas « Est-ce que ça marche ? », mais « Qui va oser dire non la prochaine fois ? »

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R Galaxie Rédaction

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