Un trou de 450 mètres de profondeur, taillé dans une roche si stable qu’elle a survécu à des glaciations, des séismes et des éruptions. À Eurajoki, dans le sud-ouest de la Finlande, Posiva, le consortium public-privé chargé du projet, vient d’y descendre les premiers conteneurs de déchets radioactifs. Des barres d’acier scellées dans du cuivre, elles-mêmes enfermées dans du béton. Assez solide pour résister à la corrosion pendant 100 000 ans. Assez lourd pour que personne, en théorie, ne puisse les déplacer avant des millénaires. Assez invisible pour que les générations futures oublient même qu’elles existent.
Posiva a calculé. Les déchets les plus dangereux, ceux qui mettent des dizaines de milliers d’années à se désintégrer, seront enterrés à 500 mètres sous terre. Suffisamment profond pour éviter les guerres, les inondations, les changements climatiques. Suffisamment profond pour que personne, en 2123, ne se souvienne que ce rocher gris, près de la mer Baltique, cache un danger. Le problème ? Personne ne sait comment prévenir les générations futures.
Un plan sans plan B
La Finlande mise sur trois couches de protection. D’abord, le conteneur lui-même : du cuivre épais, résistant à l’oxygène et aux bactéries. Ensuite, la roche : le granite d’Eurajoki est si dense qu’il bloque les radiations. Enfin, les cartes. Posiva a gravé des plaques en inox, avec des avertissements en plusieurs langues, des symboles universels, et même des coordonnées GPS. Sauf que.
Les coordonnées GPS ? Elles seront obsolètes dans 500 ans. Les langues ? L’anglais et le finnois suffiront-ils quand même plus personne ne les parlera ? Les symboles ? Qui saura les interpréter ? En 2015, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a testé une expérience : des archéologues ont été plongés dans le noir, avec des artefacts mystérieux. Résultat ? Ils ont cru à des offrandes religieuses, pas à des déchets dangereux.
Posiva a un plan de secours. Des capsules en céramique, résistantes à la chaleur, contiennent des instructions détaillées. Mais personne ne sait si elles survivront. Et surtout, personne ne sait qui les lira.
L’illusion du contrôle
La Finlande n’est pas la seule à parier sur le stockage souterrain. La Suède et la France étudient des sites similaires. Aux États-Unis, le projet Yucca Mountain, abandonné en 2010, avait prévu d’enterrer des déchets à 300 mètres sous le désert du Nevada. Le problème ? Aucun de ces projets ne résout la question de fond : et si l’humanité oublie ?
En 2018, une étude de l’Université de Sheffield a simulé une catastrophe : et si les repères disparaissaient ? Les chercheurs ont conclu que même avec des cartes et des avertissements, le risque zéro n’existe pas. Certains sites pourraient être redécouverts par hasard, d’autres jamais. D’autres encore pourraient être pillés pour leurs métaux précieux, le cuivre des conteneurs, par exemple, vaut de l’or aujourd’hui.
Posiva assume le risque. *