Orange ferme la 2G sans prévenir un million d'appareils

À la fin juin 2026, 1,7 million de terminaux 2G resteront connectés en France. Des alarmes, des ascenseurs, des systèmes de téléassistance. Personne ne les a prévenus. Personne ne les préviendra. Et ça va casser.

Publié le 28 septembre 2026 à 12:12
Orange ferme la 2G sans prévenir un million d'appareils

1,7 million d'appareils vont s'éteindre sans raison apparente, et personne ne fera rien à temps

C'est un chiffre sorti d'un rapport de l'ARCEP, l'autorité qui régule les télécoms en France. 1,7 million d'appareils uniquement compatibles 2G seront encore actifs à la fin juin 2026. Trois mois avant la fermeture définitive du réseau. Trois mois pour que les fabricants, les installateurs, les propriétaires réalisent que leur alarme, leur ascenseur, leur système de téléassistance va se transformer en brique. Sans préavis. Sans solution. Sans que personne ne leur ait jamais dit que leur machine dépendait d'un réseau qui va disparaître.

Et ça, c'est un problème.

Les ascenseurs qui tombent, les alarmes qui ne répondent plus

Prenez un immeuble de bureaux à Paris. Un ascenseur. 90 % des ascenseurs installés avant 2010 utilisent encore des cartes SIM 2G pour les appels d'urgence. Pourquoi ? Parce que c'était plus simple. Moins cher. Moins compliqué. Personne n'a pensé à vérifier si le réseau serait toujours là dans 10 ans. Résultat : en décembre 2026, quand Orange, SFR et Bouygues Telecom couperont la 2G, ces ascenseurs ne pourront plus alerter les secours. Pas de signal. Pas de communication. Juste un bouton qui ne sert à rien.

Même chose pour les systèmes de téléassistance chez les personnes âgées. Des milliers de boîtiers, posés dans des résidences ou des logements, qui envoient des alertes en cas de chute. Si le réseau 2G tombe, c'est le black-out. Les familles ne seront pas prévenues. Les secours non plus.

Et les alarme anti-intrusion ? Les mêmes. Des centaines de milliers de logements équipés de systèmes qui ne fonctionneront plus. Un cambrioleur n'aura qu'à attendre décembre 2026 pour savoir quels quartiers sont vulnérables.

Pourquoi personne ne bouge ?

Parce que c'est compliqué. Changer une carte SIM 2G par une 4G, c'est du boulot. Il faut modifier le matériel, recoder certains systèmes, former les techniciens. Ça coûte cher. Et ça prend du temps.

Parce que les fabricants s'en fichent. Beaucoup d'entreprises qui vendent ces équipements ont déjà disparu ou ont arrêté de supporter leurs vieux modèles. Personne ne veut assumer la mise à jour.

Parce que les régulateurs ont fermé les yeux. L'ARCEP savait depuis 2018 que la 2G disparaîtrait. Ils ont prévenu les opérateurs. Ils ont prévenu les fabricants. Mais pas les utilisateurs finaux. Résultat : des milliers de propriétaires d'immeubles, de résidences, de logements ignorent qu'ils ont un problème.

Et parce que les opérateurs n'ont aucune obligation légale de prévenir. Contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, où les autorités ont obligé les opérateurs à identifier et contacter les clients concernés, la France a laissé faire. Personne ne sera tenu responsable si un ascenseur ne fonctionne plus. Personne ne sera poursuivi si une alarme ne déclenche pas.

Le casse-tête des téléassistances : des vies en jeu

Prenez Mme Dubois, 82 ans, qui vit seule dans un appartement à Lyon. Elle a un boîtier de téléassistance posé près de son lit. Si la 2G tombe, et qu'elle tombe, personne ne saura qu'elle est en danger.

Combien de temps mettront les secours à réaliser que son système ne répond plus ? Combien de temps avant qu'on ne trouve son corps ?

Ce n'est pas une hypothèse. C'est déjà arrivé ailleurs. En 2020, en Suède, un système de téléassistance basé sur la 2G a lâché pendant plusieurs heures. Une personne âgée est morte avant qu'on ne s'en aperçoive.

En France, l'ANSSI (l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) a tiré la sonnette d'alarme en 2022, mais sans effet concret. Aucune campagne d'information massive. Aucun recensement obligatoire des appareils concernés.

Pourquoi ? Parce que gérer ça, c'est compliqué. Parce que personne ne veut assumer la responsabilité. Parce que, au fond, on préfère laisser faire.

Ce que ça va changer (ou pas)

Décembre 2026.

  • Les ascenseurs : Certains immeubles auront anticipé. D'autres non. Les techniciens seront submergés.
  • Les alarmes : Les cambrioleurs le sauront. Certains logements deviendront des cibles.
  • Les téléassistances : Des vies seront en danger.

Mais rien ne changera vraiment. Parce que personne ne sera sanctionné. Parce que les assurances ne couvriront pas les dommages liés à cette fermeture. Parce que les opérateurs auront fait leur travail : ils auront éteint la 2G comme prévu.

Le vrai problème, c'est que ça aurait pu être évité.

La solution ? Trop tard pour la plupart

Si vous êtes propriétaire d'un immeuble, d'une résidence, ou si vous utilisez un système de téléassistance, voici ce que vous pouvez faire (même si c'est trop tard pour beaucoup) :

  • Vérifiez votre équipement. Est-ce qu'il utilise une carte SIM ? Est-elle 2G ?
  • Contactez le fabricant. Demandez-lui s'il propose une mise à jour. Spoiler : beaucoup diront non.
  • Trouvez un technicien spécialisé. Ça existe, mais c'est rare.
  • Préparez un plan B. Si votre alarme ou votre ascenseur dépend de la 2G, vous devrez peut-être investir dans un nouveau système.

Mais pour la plupart des gens, il n'y aura rien à faire. Parce que personne ne les a prévenus. Parce que les délais sont trop courts. Parce que les solutions coûtent trop cher.

Et c'est comme ça que la France gère ses infrastructures critiques : en attendant que ça casse.

Le vrai scandale ? Personne ne s'en soucie vraiment

Pourquoi ce sujet ne fait-il pas la une des médias ?

  • Parce que c'est technique. Les gens ne comprennent pas tout de suite.
  • Parce que ça ne fait pas de morts… enfin, pas tout de suite.
  • Parce que les politiques préfèrent parler d'autre chose.

Pourtant, c'est un test grandeur nature de notre résilience. Si on laisse tomber 1,7 million d'appareils sans solution, qu'est-ce qu'on laisse tomber d'autre ?

La 2G, c'est le symptôme d'un problème plus large : on modernise sans prévenir, sans accompagner, sans se soucier des conséquences.

Et en décembre 2026, ce ne seront pas que des appareils qui s'éteindront. Ce sera un signal d'alerte.

Un signal qu'on préférera ignorer.

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R Galaxie Rédaction

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