Le cœur des femmes, un sujet tabou malgré les chiffres noirs
En 2024, une femme française sur cinq meurt d’une maladie cardiovasculaire avant 65 ans. Pourtant, quand on parle santé des femmes, on cite d’abord le cancer du sein. Pas le cœur. Pourtant, c’est lui qui tue. Beaucoup. Sans bruit.
Le Centre hospitalier William Morey de Chalon-sur-Saône le sait. Le 1er octobre 2026, il organise une journée de dépistage cardiovasculaire et gynécologique gratuit. Une initiative utile ? Oui. Mais insuffisante. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le manque d’accès aux soins. C’est l’invisibilité du risque.
Les femmes minimisent les symptômes. Les médecins aussi.
Une étude de la Société française de cardiologie (2023) le confirme : 72 % des femmes décrivent des douleurs atypiques avant un infarctus, essoufflement, nausées, fatigue. Des signes souvent confondus avec un virus, un burn-out, ou « juste l’âge ». Résultat : elles arrivent à l’hôpital trop tard. Les hommes, eux, ont plus souvent des douleurs thoraciques classiques. Et sont pris au sérieux plus vite.
Pourtant, les femmes ne sont pas moins exposées. À 50 ans, une femme a le même risque qu’un homme de faire un infarctus. Mais elle en meurt davantage. Pourquoi ? Parce que les essais cliniques les ont longtemps exclues. Parce que les campagnes de prévention ciblent d’abord les hommes. Parce que le stéréotype de la « femme fragile » persiste, même chez les médecins.
Chalon-sur-Saône tente de briser le tabou
Cette journée du 1er octobre, c’est l’occasion de mesurer l’écart entre les paroles et les actes. Le CH William Morey propose des bilans complets : électrocardiogramme, prise de tension, dosage du cholestérol. Gratuit. Accessible. Alors, pourquoi les files d’attente seront-elles probablement clairsemées ?
Parce que la prévention, ça se vit au quotidien. Pas le jour J. Une femme sur trois ignore que la pilule ou le traitement hormonal substitutif peut augmenter ses risques cardiovasculaires. Une sur deux ne sait pas que la ménopause accélère la calcification des artères. Et la plupart croient encore que le cœur, ça concerne surtout les autres.
L’hôpital a ses limites
Mobiliser un établissement public pour une journée, c’est bien. Mais ça ne suffit pas. En 2025, la Bourgogne-Franche-Comté comptait 1 200 décès féminins par maladies cardiovasculaires. Un chiffre qui ne baisse pas assez vite. Pourtant, les solutions existent : dépistage systématique dès 40 ans, formation des gynécologues aux risques cardiaques, et surtout, arrêter de traiter les femmes comme des patientes de seconde zone.
Le 1er octobre 2026, Chalon-sur-Saône fera son devoir. Le reste dépendra des femmes elles-mêmes. Et de leur capacité à écouter leur corps, même quand il parle une langue qu’on ne leur a jamais apprise.
La prochaine fois que vous sentirez un poids dans la poitrine, ne dites pas « ce n’est rien ». Allez aux urgences. Même si c’est juste pour qu’on vous écoute.