En 2024, l’Éthiopie tue le Bitcoin par la sécheresse

Les barrages à sec, les mineurs coupés de 75 % d’électricité. L’Éthiopie étrangle son industrie crypto sous la pression climatique. Et personne ne s’en émeut vraiment.

Publié le 19 septembre 2026 à 22:02
En 2024, l’Éthiopie tue le Bitcoin par la sécheresse

Le pays qui voulait être la Mecque du Bitcoin paie cash la sécheresse

L’Éthiopie, en 2021, c’était le rêve des crypto-aventuriers. Un pays avec l’électricité la moins chère du monde (à peine 2 cents le kWh), des terres bon marché, et une volonté politique affichée : devenir le hub africain du minage. Les fermes s’étaient installées comme des champignons après la pluie. Des milliers de machines, des data centers entiers, des investisseurs étrangers qui débarquaient avec des valises pleines de dollars. Même le gouvernement avait créé une zone économique spéciale pour attirer les capitaux. Tout le monde y voyait un eldorado. Sauf ceux qui regardaient les barrages.

Pourtant, les signes étaient là. Dès 2022, les experts de l’ONU parlaient d’une sécheresse historique dans la Corne de l’Afrique. Les lacs Tana et Koka, qui alimentent 90 % de l’électricité du pays, baissaient de niveau. Les pluies ne venaient plus. Et personne, ou presque, ne s’en souciait vraiment. Pourquoi ? Parce que le Bitcoin, ça rapporte. Parce que les mineurs paient cash, sans poser de questions. Parce que les autorités locales voyaient dans cette manne une façon de financer des projets pharaoniques sans dépendre des bailleurs internationaux.

Sauf qu’El Niño, lui, ne négocie pas.

En 2023, les précipitations ont chuté de 60 % par rapport à la moyenne. Les barrages ont perdu 35 % de leur capacité de stockage (source : rapport de l’EEP, janvier 2024). Résultat : l’Éthiopie a dû rationner son électricité. Pas pour les hôpitaux, pas pour les écoles, mais pour les fermes de Bitcoin. Officiellement, c’est une mesure temporaire. Officieusement, c’est un coup de massue.

Les mineurs, otages d’un pari climatique

Vous vous dites peut-être : « Mais pourquoi l’Éthiopie s’acharne sur les mineurs et pas sur les usines ou les ménages ? » La réponse est simple : parce que les mineurs, eux, peuvent partir.

Contrairement à une centrale textile ou à une usine de ciment, une ferme de Bitcoin, ça se délocalise en 48 heures. Il suffit de prendre ses machines, de les brancher ailleurs, et hop : le problème est réglé. Sauf que personne ne veut d’eux. Pas en Inde, pas en Iran, pas en Chine (où le minage est interdit). Les pays émergents ont compris une chose : le Bitcoin, c’est un gouffre énergétique. Et quand la sécheresse frappe, les gouvernements préfèrent allumer les hôpitaux plutôt que les ASIC.

Du coup, en Éthiopie, les mineurs se retrouvent entre deux feux. D’un côté, l’État leur coupe le jus. De l’autre, les banques locales refusent de leur prêter pour moderniser leurs infrastructures. Résultat : les plus faibles ferment. Les autres tentent de survivre avec des groupes électrogènes, ce qui double leur coût de production. Bref, c’est la fin du modèle.

L’État éthiopien, gagnant malgré lui ?

Pour Addis-Abeba, cette crise est un cauchemar… et une opportunité. Un cauchemar, parce que le pays perd des millions de dollars de revenus (l’EEP a vu ses recettes chuter de 35 % en un an, selon des sources internes). Une opportunité, parce que ça permet de revoir la donne.

Le gouvernement éthiopien n’a jamais caché son mépris pour le Bitcoin. Pour lui, c’est une bulle spéculative, une distraction pour les jeunes, et une menace pour la stabilité monétaire. En coupant l’électricité, il envoie un message clair : « Ici, on produit de l’électricité pour l’industrie utile, pas pour des parieurs de casino numérique. »

Sauf que les mineurs ne l’entendent pas de cette oreille. Certains accusent l’État de saboter volontairement le secteur pour mieux le contrôler. D’autres parlent de corruption : des fonctionnaires auraient favorisé certaines fermes au détriment d’autres. Bref, la méfiance monte.

Et maintenant, que font les mineurs ?

La plupart serrent les dents et attendent. Parce que partir, c’est perdre des millions. Parce que rebrancher des groupes électrogènes, c’est s’enfoncer un peu plus. Parce que personne ne leur tend la main.

Certains tentent de négocier avec l’État. D’autres cherchent des solutions alternatives : énergie solaire, contrats à long terme avec des producteurs indépendants. Mais c’est compliqué. Très compliqué.

Pourtant, une question reste en suspens : et si la sécheresse durait ? Si El Niño revenait l’an prochain ? Si les barrages continuaient à se vider ? Dans ce cas, l’Éthiopie aurait un choix à faire : soit elle laisse mourir son industrie crypto, soit elle sacrifie d’autres secteurs pour la sauver.

Spoiler : personne ne mise sur la deuxième option.

Le Bitcoin, victime collatérale du réchauffement ?

Ce qui se passe en Éthiopie, c’est un avertissement. Le minage de Bitcoin, c’est une machine à bouffer l’électricité. Une machine qui, dans un monde où les ressources se raréfient, devient ingérable.

En 2023, le Bitcoin a consommé plus d’électricité que la Suède. Plus que la Norvège. Plus que la Suisse. Et cette consommation ne fait qu’augmenter. Sauf que, contrairement à un pays riche, l’Éthiopie n’a pas les moyens de gaspir ses ressources. Elle a besoin de son hydroélectricité pour nourrir sa population, irriguer ses champs, et attirer des investissements sérieux.

Le Bitcoin, lui, ne fait que pomper. Sans rien rapporter en retour, si ce n’est des bulles spéculatives et des factures d’électricité.

Alors oui, l’Éthiopie tue son industrie crypto. Mais en réalité, c’est le climat qui l’a tuée. Et c’est ça, le vrai problème.

Parce que dans cinq ans, ce ne sera plus seulement les barrages éthiopiens qui seront à sec. Ce seront ceux du Pérou, de la Colombie, du Kenya. Et les mineurs, eux, ils seront toujours là. À chercher désespérément un pays assez naïf pour leur donner du jus à prix d’usine.

La question n’est pas de savoir si le Bitcoin est une bonne ou une mauvaise chose. La question, c’est : dans un monde en surchauffe, qui va payer l’addition ?

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R Galaxie Rédaction

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