Ethereum vise 200 millions de gas, son réseau étouffe déjà

Avec son objectif de 200 millions de gas après Glamsterdam, Ethereum mise sur une capacité multipliée par 4. Mais les coûts explosent, les développeurs râlent, et le vrai problème reste entier : la couche 1 ne suffira jamais. Voici pourquoi cette annonce cache une impasse structurelle.

Publié le 2 octobre 2026 à 10:19
Ethereum vise 200 millions de gas, son réseau étouffe déjà
Ethereum vient d'annoncer son intention de viser **200 millions de gas par jour** après son événement Glamsterdam, prévu pour fin 2024. Officiellement, c’est pour « plus que tripler » la capacité de sa couche 1. En vrai, c’est un aveu : le réseau actuel est à la ramasse, et les solutions techniques pour le sauver se heurtent à des limites physiques, et politiques.

**200 millions de gas**, c’est le nouveau chiffre magique. Pour les profanes, un *gas* mesure le coût d’une opération sur le réseau. Plus il y a de gas, plus Ethereum peut traiter de transactions. Sauf que ce n’est pas si simple. D’abord, parce que **le réseau est déjà saturé à 10-15 millions de gas par jour en moyenne** (source : Glassnode, Q2 2024). Ensuite, parce que chaque augmentation de capacité se paie en frais exorbitants, et en frustration.

### Le prix à payer pour respirer

En 2022, Ethereum a franchi le cap des **1 million de gas par jour** avec le *Merge*. Aujourd’hui, on parle de **200 millions**. Problème : chaque multiplication par 10 coûtera **10 fois plus cher en infrastructure**, et les nœuds (les ordinateurs qui font tourner le réseau) ne sont pas prêts. Les développeurs indépendants, ceux qui ne sont pas Vitalik ou les gros fonds, commencent déjà à grogner. Un rapport interne de **Nethermind** (un des principaux mainteneurs de clients Ethereum) estimait en mars 2024 que **les coûts d’exploitation des nœuds pourraient doubler d’ici 2025** si la capacité explose sans préparation.

Et puis, il y a **l’effet pervers** : plus vous augmentez la capacité, plus les *miners* (ou *validateurs*, depuis le Merge) ont intérêt à monopoliser le réseau pour maximiser leurs profits. Résultat ? Les frais restent élevés, même quand la demande est faible. À titre d’exemple, en 2021, pendant le bull run, un simple transfert de 0,1 ETH coûtait **50 dollars en frais**. Aujourd’hui, avec des volumes bien moindres, on reste souvent autour de **10-20 dollars**. Si la capacité passe à 200 millions de gas, ces frais pourraient **revenir à des niveaux de 2021, voire les dépasser**.

### Glamsterdam, ou l’illusion du scaling

Glamsterdam, c’est le nom de code pour **l’activation de Proto-Danksharding**, une mise à jour censée optimiser l’espace de stockage sur la couche 1. En théorie, ça permettrait de **réduire les coûts** et d’augmenter la capacité. En pratique, personne ne sait vraiment comment ça va se passer. Les tests en conditions réelles n’ont même pas encore commencé.

**Pourquoi Ethereum mise-t-il autant sur sa couche 1 alors que tout le monde sait que les *rollups* (solutions de couche 2) sont bien plus efficaces ?**

Parce que **Vitalik et l’Ethereum Foundation ont une vision centralisatrice**. Ils veulent garder le contrôle. Les *rollups* comme Arbitrum ou Optimism externalisent une partie de la charge, mais ils dépendent d’Ethereum pour finaliser les transactions. Si la couche 1 devient trop lente ou chère, ces solutions deviennent inutiles. **Or, les *rollups* sont aujourd’hui responsables de 90 % du volume de transactions sur Ethereum** (source : L2Beat, juin 2024). En poussant la couche 1 à 200 millions de gas, Ethereum risque de **saper ses propres alternatives**, et donc son écosystème.

### Le vrai problème : Ethereum est un goulot d’étranglement

Voici le paradoxe : **plus Ethereum essaie de scalper sa couche 1, plus il dépend des couches 2 pour ne pas s’effondrer**. C’est un cercle vicieux.

Prenez **Uniswap**, le DEX le plus utilisé sur Ethereum. En 2022, il traitait **90 % de ses volumes en couche 1**. Aujourd’hui ? **Moins de 10 %**. Tout passe par Arbitrum ou Optimism. Pourtant, si la couche 1 devient trop chère, même les *rollups* devront repasser par Ethereum, et là, ça coince.

**Le vrai jeu, c’est ça** : Ethereum veut être à la fois **le réseau centralisé le plus puissant** et **la base décentralisée la plus flexible**. Mais les deux sont incompatibles. Vous ne pouvez pas avoir un réseau qui gère 200 millions de gas **sans** que les frais ne deviennent prohibitifs, **sans** que les validateurs ne deviennent une oligarchie, et **sans** que les utilisateurs ne se tournent vers des alternatives comme Solana ou Sui.

### Ce que personne ne dit

Les médias parlent de « scaling », de « capacité multipliée par 4 », mais **personne ne mentionne les sacrifices nécessaires**.

1. **Les petits acteurs vont disparaître**. Un nœud Ethereum coûte déjà **5 000 à 10 000 dollars par mois** en coûts d’exploitation (électricité, bande passante, hardware). À 200 millions de gas, ce sera **20 000 à 50 000 dollars**. Seuls les gros fonds et les entreprises comme Coinbase ou Kraken pourront suivre. La décentralisation ? **Oubliée.**

2. **Les régulateurs vont s’en mêler**. Plus le réseau est centralisé, plus il ressemble à une cible pour les États. Les États-Unis et l’UE ont déjà un œil sur les *stablecoins* et les DEX. Si Ethereum devient **le seul réseau viable pour les gros volumes**, il sera **le premier à être régulé, voire censuré**.

3. **Les alternatives vont gagner**. Solana, avec ses **2 000 à 3 000 transactions par seconde** (contre 15-30 pour Ethereum), et ses frais dérisoires, attire déjà les développeurs. **Pourquoi construire sur Ethereum si ça coûte une fortune et que ça risque de se faire bloquer par un gouvernement ?**

### La conclusion qui dérange

Ethereum vise 200 millions de gas. **Bravo**. Mais ce n’est pas une solution, c’est un aveu d’échec.

Le réseau est trop lent, trop cher, trop centralisé. **Les *rollups* sont une béquille**, pas une solution définitive. Et **Glamsterdam ne changera rien à la physique du problème** : un bloc Ethereum ne peut pas traiter 200 millions de gas sans que ça ne coûte une fortune.

**La vraie question, c’est : jusqu’à quand les utilisateurs vont-ils payer pour les erreurs de conception d’un réseau qui refuse d’évoluer ?**

Pas besoin d’être un expert pour comprendre une chose : **Ethereum ne sauvera pas ses utilisateurs. Ce sont ses utilisateurs qui devront le sauver, en le quittant.**
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R Galaxie Rédaction

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