Ethereum vient d'annoncer son intention de viser **200 millions de gas par jour** après son événement Glamsterdam, prévu pour fin 2024. Officiellement, c’est pour « plus que tripler » la capacité de sa couche 1. En vrai, c’est un aveu : le réseau actuel est à la ramasse, et les solutions techniques pour le sauver se heurtent à des limites physiques, et politiques.
**200 millions de gas**, c’est le nouveau chiffre magique. Pour les profanes, un *gas* mesure le coût d’une opération sur le réseau. Plus il y a de gas, plus Ethereum peut traiter de transactions. Sauf que ce n’est pas si simple. D’abord, parce que **le réseau est déjà saturé à 10-15 millions de gas par jour en moyenne** (source : Glassnode, Q2 2024). Ensuite, parce que chaque augmentation de capacité se paie en frais exorbitants, et en frustration.
### Le prix à payer pour respirer
En 2022, Ethereum a franchi le cap des **1 million de gas par jour** avec le *Merge*. Aujourd’hui, on parle de **200 millions**. Problème : chaque multiplication par 10 coûtera **10 fois plus cher en infrastructure**, et les nœuds (les ordinateurs qui font tourner le réseau) ne sont pas prêts. Les développeurs indépendants, ceux qui ne sont pas Vitalik ou les gros fonds, commencent déjà à grogner. Un rapport interne de **Nethermind** (un des principaux mainteneurs de clients Ethereum) estimait en mars 2024 que **les coûts d’exploitation des nœuds pourraient doubler d’ici 2025** si la capacité explose sans préparation.
Et puis, il y a **l’effet pervers** : plus vous augmentez la capacité, plus les *miners* (ou *validateurs*, depuis le Merge) ont intérêt à monopoliser le réseau pour maximiser leurs profits. Résultat ? Les frais restent élevés, même quand la demande est faible. À titre d’exemple, en 2021, pendant le bull run, un simple transfert de 0,1 ETH coûtait **50 dollars en frais**. Aujourd’hui, avec des volumes bien moindres, on reste souvent autour de **10-20 dollars**. Si la capacité passe à 200 millions de gas, ces frais pourraient **revenir à des niveaux de 2021, voire les dépasser**.
### Glamsterdam, ou l’illusion du scaling
Glamsterdam, c’est le nom de code pour **l’activation de Proto-Danksharding**, une mise à jour censée optimiser l’espace de stockage sur la couche 1. En théorie, ça permettrait de **réduire les coûts** et d’augmenter la capacité. En pratique, personne ne sait vraiment comment ça va se passer. Les tests en conditions réelles n’ont même pas encore commencé.
**Pourquoi Ethereum mise-t-il autant sur sa couche 1 alors que tout le monde sait que les *rollups* (solutions de couche 2) sont bien plus efficaces ?**
Parce que **Vitalik et l’Ethereum Foundation ont une vision centralisatrice**. Ils veulent garder le contrôle. Les *rollups* comme Arbitrum ou Optimism externalisent une partie de la charge, mais ils dépendent d’Ethereum pour finaliser les transactions. Si la couche 1 devient trop lente ou chère, ces solutions deviennent inutiles. **Or, les *rollups* sont aujourd’hui responsables de 90 % du volume de transactions sur Ethereum** (source : L2Beat, juin 2024). En poussant la couche 1 à 200 millions de gas, Ethereum risque de **saper ses propres alternatives**, et donc son écosystème.
### Le vrai problème : Ethereum est un goulot d’étranglement
Voici le paradoxe : **plus Ethereum essaie de scalper sa couche 1, plus il dépend des couches 2 pour ne pas s’effondrer**. C’est un cercle vicieux.
Prenez **Uniswap**, le DEX le plus utilisé sur Ethereum. En 2022, il traitait **90 % de ses volumes en couche 1**. Aujourd’hui ? **Moins de 10 %**. Tout passe par Arbitrum ou Optimism. Pourtant, si la couche 1 devient trop chère, même les *rollups* devront repasser par Ethereum, et là, ça coince.
**Le vrai jeu, c’est ça** : Ethereum veut être à la fois **le réseau centralisé le plus puissant** et **la base décentralisée la plus flexible**. Mais les deux sont incompatibles. Vous ne pouvez pas avoir un réseau qui gère 200 millions de gas **sans** que les frais ne deviennent prohibitifs, **sans** que les validateurs ne deviennent une oligarchie, et **sans** que les utilisateurs ne se tournent vers des alternatives comme Solana ou Sui.
### Ce que personne ne dit
Les médias parlent de « scaling », de « capacité multipliée par 4 », mais **personne ne mentionne les sacrifices nécessaires**.
1. **Les petits acteurs vont disparaître**. Un nœud Ethereum coûte déjà **5 000 à 10 000 dollars par mois** en coûts d’exploitation (électricité, bande passante, hardware). À 200 millions de gas, ce sera **20 000 à 50 000 dollars**. Seuls les gros fonds et les entreprises comme Coinbase ou Kraken pourront suivre. La décentralisation ? **Oubliée.**
2. **Les régulateurs vont s’en mêler**. Plus le réseau est centralisé, plus il ressemble à une cible pour les États. Les États-Unis et l’UE ont déjà un œil sur les *stablecoins* et les DEX. Si Ethereum devient **le seul réseau viable pour les gros volumes**, il sera **le premier à être régulé, voire censuré**.
3. **Les alternatives vont gagner**. Solana, avec ses **2 000 à 3 000 transactions par seconde** (contre 15-30 pour Ethereum), et ses frais dérisoires, attire déjà les développeurs. **Pourquoi construire sur Ethereum si ça coûte une fortune et que ça risque de se faire bloquer par un gouvernement ?**
### La conclusion qui dérange
Ethereum vise 200 millions de gas. **Bravo**. Mais ce n’est pas une solution, c’est un aveu d’échec.
Le réseau est trop lent, trop cher, trop centralisé. **Les *rollups* sont une béquille**, pas une solution définitive. Et **Glamsterdam ne changera rien à la physique du problème** : un bloc Ethereum ne peut pas traiter 200 millions de gas sans que ça ne coûte une fortune.
**La vraie question, c’est : jusqu’à quand les utilisateurs vont-ils payer pour les erreurs de conception d’un réseau qui refuse d’évoluer ?**
Pas besoin d’être un expert pour comprendre une chose : **Ethereum ne sauvera pas ses utilisateurs. Ce sont ses utilisateurs qui devront le sauver, en le quittant.**
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R Galaxie Rédaction