En 2024, un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) estimait que la Chine dépensait 15 milliards de dollars par an en recherche sur l’IA, contre 12 milliards pour les États-Unis. Pourtant, quand Washington propose un « mécanisme de dialogue » avec Pékin sur le sujet, personne ne s’emballe. Pas même les Chinois, d’ailleurs. La nouvelle, annoncée dimanche par des sources américaines, tombe comme un écho lointain dans un débat qui, lui, ne s’essouffle pas : qui contrôle l’IA demain ? Qui en tire profit ? Et surtout, qui en subit les risques sans avoir son mot à dire ?
Un dialogue pour faire semblant de réguler.
La proposition américaine arrive à point nommé. Les États-Unis, après des années à laisser les géants du tech, Google, Microsoft, Meta, courir après l’innovation sans filet, commencent à réaliser que l’IA n’est pas qu’une question de startups et de labs high-tech. C’est une arme économique, un levier géopolitique, et peut-être demain, un outil de domination silencieuse. Sauf que quand on propose un dialogue à la Chine, c’est souvent pour deux raisons : soit parce qu’on n’a pas les moyens de faire autrement, soit parce qu’on veut gagner du temps.
Pékin, de son côté, ne mord pas à l’hameçon. Officiellement, les autorités chinoises « étudient la proposition ». Traduction : elles savent très bien que les États-Unis ne veulent pas vraiment discuter des vrais sujets. Pas ceux qu’on lit dans les communiqués, la « sécurité », la « transparence », les « principes éthiques », mais ceux qui fâchent. Comme les subventions massives accordées aux champions nationaux de l’IA, à commencer par Baidu, dont le modèle Ernie rivalise directement avec les outils américains. Ou encore l’accès illimité aux données des citoyens chinois, un terrain de jeu idéal pour entraîner les algorithmes sans se soucier des lois européennes sur la protection des données.
L’IA, c’est comme les armes : on en parle quand c’est trop tard.
Il y a un détail qui cloche. Personne ne mentionne les sanctions. Pas celles, déjà anciennes, contre Huawei ou les semi-conducteurs. Non, celles qui pourraient vraiment bloquer la Chine : un embargo sur les puces les plus avancées, ou une restriction totale sur l’exportation des modèles d’IA les plus performants. Les États-Unis en ont les moyens. Ils ne s’en privent pas ailleurs. Alors pourquoi ce silence ? Parce que l’IA, unlike les armes conventionnelles, ne se contrôle pas avec des embargos. Une fois qu’un modèle est entraîné, il est trop tard. Et une fois qu’une entreprise chinoise a accès à une technologie, elle la copie, la contourne, ou la contourne.
Prenez le cas de Tencent, qui a développé son propre modèle de langage en s’appuyant sur des données publiques… et des fuites de données privées. Personne ne sait exactement comment. Personne ne veut creuser. Parce que si on commence à poser les bonnes questions, on se rend compte que le dialogue, lui, n’a jamais vraiment commencé.
Derrière les sourires, la vraie guerre.
Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas une négociation sur les « bonnes pratiques ». C’est une course pour savoir qui va dicter les règles demain. Les États-Unis misent sur la régulation par morceaux : des lois ici, des restrictions là, en espérant que l’Europe et le Japon suivent. La Chine, elle, mise sur la vitesse. Plus de données, plus de modèles, plus de déploiement à grande échelle. Et si jamais un accident arrive, un biais discriminatoire qui coûte des vies, un modèle utilisé pour de la surveillance de masse, une faille qui permet une cyberattaque, qui sera tenu pour responsable ?
Le dialogue, s’il aboutit, ne servira qu’à une chose : donner une illusion de contrôle. Pendant ce temps, les militaires des deux côtés s’entraînent à utiliser l’IA pour cibler des frappes. Les hôpitaux chinois testent des diagnostics automatisés sans cadre éthique clair. Et les plateformes américaines continuent de vendre des outils d’IA générative à des régimes autoritaires, sous couvert de « neutralité technologique ».
Ce que personne ne dit, c’est que le vrai problème, ce n’est pas l’IA.
C’est ceux qui la contrôlent. Et ceux qui, demain, n’auront pas le choix.
La Chine et les États-Unis savent une chose : quand on parle de régulation, on parle toujours après la bataille. L’IA, elle, ne attend pas.
La prochaine fois qu’on vous parlera de « dialogue constructif » entre Washington et Pékin sur l’IA, demandez-vous une chose : qui paiera la note si ça explose ?
Pas les ingénieurs. Pas les chercheurs. Toujours les mêmes : vous.