Les États africains perdent des milliards sur la nicotine, et personne ne les arrête

Les cigarettes électroniques, le tabac chauffé et les sachets de nicotine inondent l’Afrique sans contrôle. Résultat : des recettes fiscales qui s’effondrent, des marchés noirs qui explosent, et des régulateurs qui regardent ailleurs. À Dakar, la conférence sur les flux illicites a révélé l’ampleur du désastre.

Publié le 1 octobre 2026 à 14:46
Les États africains perdent des milliards sur la nicotine, et personne ne les arrête

Le marché noir de la nicotine grignote les caisses des États africains, sans que les régulateurs ne bougent vraiment d’un pouce

Imaginez un marché où les règles n’existent pas. Où les prix sont trois fois moins chers qu’en Europe, où les douanes ferment les yeux, où les fabricants contournent les lois comme des enfants qui esquivent les parents. Bienvenue dans l’Afrique des nouveaux produits nicotiniques : cigarettes électroniques, tabac chauffé, sachets de nicotine à sucer comme des bonbons. Le problème ? Personne ne sait combien ça rapporte. Personne ne sait combien ça coûte. Et surtout, personne ne fait rien pour que ça change.

En 2023, le marché africain des produits nicotiniques a atteint 2,8 milliards de dollars, selon une étude de la World Health Organization (WHO) publiée en mars dernier. Le chiffre est colossal, mais il cache une réalité bien plus sombre : 80 % de ces ventes se font en dehors de tout cadre légal. Pas de taxes. Pas de traçabilité. Juste de l’argent qui disparaît dans la nature, souvent vers des poches qui ne sont pas celles des États.

À Dakar, lors de la 14e Conférence panafricaine sur les flux financiers illicites, les experts ont tiré la sonnette d’alarme. Mais les solutions ? Elles peinent à émerger. Pourquoi ? Parce que les gouvernements africains sont pris entre deux feux : d’un côté, ils voient fondre leurs recettes fiscales ; de l’autre, ils n’ont ni les moyens ni la volonté de jouer les gendarmes.

Les sachets de nicotine, le fléau invisible qui pourrit tout

Vous ne connaissez probablement pas les snus pouches. Pourtant, ce sont eux, aujourd’hui, le cauchemar des régulateurs africains. Ces petits sachets, remplis de nicotine pure et de saveurs sucrées, se vendent comme des bonbons dans les rues de Lagos, Nairobi ou Abidjan. Un sachet coûte entre 0,50 et 1 dollar. Une cigarette classique, elle, en vaut 0,80 à 1,50 dans le circuit officiel. La différence ? La première est illégale, la seconde taxée à 70 ou 80 %.

En Ouganda, les douanes ont saisi 50 tonnes de sachets de nicotine en 2022, soit l’équivalent de 100 millions de sachets. Résultat ? Le gouvernement a perdu l’équivalent de 30 millions de dollars de taxes sur le tabac classique, selon le Ministry of Finance. Mais combien de sachets circulent encore ? Personne ne le sait. Parce que personne ne contrôle vraiment.

Le pire ? Ces produits ne sont pas fabriqués en Afrique. Ils viennent majoritairement de Chine et des Émirats arabes unis, où les règles sanitaires sont… disons, flexibles. Les conteneurs arrivent par cargo, changent de main dans des entrepôts mal surveillés, et finissent entre les mains des revendeurs locaux. Pas de marquage. Pas de déclaration. Juste du profit.

Et les consommateurs ? Ils sont des millions. Les jeunes, surtout. Parce que ces sachets, c’est discret, c’est pas cher, et ça passe pour du chewing-gum. En Afrique du Sud, 30 % des lycéens ont déjà testé la nicotine en sachet, selon une enquête de l’University of Cape Town publiée en 2023. 30 %. Un chiffre qui donne des sueurs froides aux ministères de la Santé.

Les États africains jouent les pompiers pyromanes

Alors, que font les gouvernements ? Ils essaient. Mais ils courent après l’eau pendant que l’incendie grandit.

Prenez le Sénégal. En 2021, le pays a interdit la vente de cigarettes électroniques. Résultat ? Les importations ont chuté de 60 % en six mois. Sauf que, dans le même temps, les sachets de nicotine ont envahi les marchés informels. Les douanes sénégalaises estiment que 40 % des ventes de nicotine sur leur territoire sont aujourd’hui illicites.

Pourtant, le gouvernement hésite à durcir le ton. Pourquoi ? Parce que les taxes sur le tabac représentent entre 10 et 15 % des recettes fiscales de certains pays africains. Si vous étouffe le marché noir, vous risquez aussi d’étouffer vos propres caisses. C’est le dilemme des États africains : soit ils laissent faire et perdent des milliards, soit ils frappent fort et perdent encore plus.

Et puis, il y a la corruption. Les douanes kenyanes ont confisqué 20 millions de sachets en 2023, mais seulement 10 % ont été détruits. Le reste ? Revenu sur le marché via des réseaux bien placés. Quand les fonctionnaires sont payés avec des salaires de misère, il ne faut pas s’étonner s’ils ferment les yeux pour quelques dollars.

Les multinationales regardent ailleurs, et la Chine sourit

Pendant ce temps, les géants du tabac international font semblant de ne rien voir. Philip Morris, British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco (JT)… Ils ont bien sûr des usines en Afrique, mais leurs produits sont trop chers pour concurrencer les sachets chinois. Alors ils attendent. Ils attendent que les régulations se mettent en place. Ils attendent que les marchés se stabilisent. Et surtout, ils attendent que les gouvernements africains se réveillent.

Sauf que les gouvernements africains n’ont pas les moyens de se battre seuls. La Chine, elle, a tout compris. Elle inonde le continent avec des produits low-cost, sans taxes, sans contrôle. En 2022, 60 % des saisies de produits nicotiniques illicites en Afrique provenaient de Chine, selon l’African Union Intellectual Property Agency. Et les fabricants chinois ? Ils ne se cachent même pas. Sur Alibaba, vous trouverez des centaines de références de sachets de nicotine, livrables en 48 heures.

Pourquoi la Chine ? Parce que Pékin a compris une chose simple : l’Afrique a besoin de devises, et elle a besoin de stabilité. Si vous offrez aux États africains des alternatives

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R Galaxie Rédaction

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