Montréal confirme l’effet des escaliers sur le cœur, les études ignorent un détail

Une méta-analyse britannique prouve que monter des escaliers réduit les risques cardiaques, mais les mécanismes précis restent flous. À Montréal, où les immeubles défient les cuisses, les habitants savent déjà que l’effort compte plus que les machines de gym. Pourtant, les chercheurs passent sous silence ce qui distingue vraiment les marcheurs des sédentaires.

Publié le 24 septembre 2026 à 08:15
Montréal confirme l’effet des escaliers sur le cœur, les études ignorent un détail

Pourquoi les escaliers battent la salle de sport ?

Les études sur l’exercice physique regorgent de données sur la course, la natation ou même le vélo. Les escaliers, eux, sont souvent relégués au rang d’accessoire. Pourtant, ils concentrent tout ce qui fait la différence : l’intensité variable, l’imprévu et l’engagement musculaire complet. À Montréal, où les trottoirs sont pentus et les hivers obligent à enlever les chaussures à chaque entrée de bâtiment, monter des escaliers n’est pas une séance de cardio calculée. C’est une réponse à un besoin immédiat, avec un rythme qui dépend de votre souffle, de votre fatigue, de votre charge mentale. Une étude de l’American Heart Association avait déjà noté que les activités non structurées (comme monter des escaliers) réduisaient davantage les risques que les séances de sport planifiées. Mais pourquoi ?

Les chercheurs avancent des hypothèses : meilleure circulation sanguine, réduction de la pression artérielle, stimulation du système nerveux autonome. Sauf qu’aucune étude ne démontre comment ces facteurs interagissent spécifiquement avec les escaliers. À l’inverse, les machines de gym, elles, sont étudiées à outrance. On connaît le nombre de calories brûlées par minute sur un tapis roulant. On ignore combien on en dépense vraiment en grimpant quatre à quatre avec un sac de courses. C’est ça, le problème. Les données quantitatives rassurent les laboratoires, mais elles ratent l’essentiel : l’adaptation du corps à un effort non standardisé.

L’erreur des modèles scientifiques

Les méta-analyses comme celle britannique s’appuient sur des cohortes de participants suivis sur des années. Le problème ? Elles mesurent souvent l’activité physique via des questionnaires ou des montres connectées. Or, personne ne déclare spontanément : « Aujourd’hui, j’ai monté 12 volées d’escaliers en portant mes courses. » Les appareils, eux, surestiment ou sous-estiment les mouvements verticaux. Résultat : les escaliers disparaissent des statistiques, ou sont noyés dans une catégorie floue « activité modérée ».

À Montréal, où 85 % des bâtiments ont plus de trois étages (selon la Ville), les habitants montent en moyenne l’équivalent de 10 étages par jour, soit 300 marches. Pourtant, cette donnée n’apparaît dans aucune base de données épidémiologique majeure. Les chercheurs britanniques ont bien noté une corrélation, mais sans expliquer pourquoi les escaliers ont un effet plus marqué que, disons, marcher sur un tapis à vitesse constante. Est-ce la répétition des montées et descentes ? La sollicitation des muscles stabilisateurs ? Ou simplement le fait que l’on ne peut pas tricher ?

Ce que les études ne disent pas sur les escaliers

  1. L’effet psychologique. Monter des escaliers, c’est affronter une résistance visible. Contrairement à la course à pied, où l’on peut accélérer ou ralentir sans conséquence immédiate, les escaliers vous rappellent votre effort en temps réel. Votre respiration s’accélère, vos jambes brûlent. C’est un feedback constant, presque punitif. Les psychologues du sport savent que cette perception de l’effort active des mécanismes de motivation plus forts que ceux des activités perçues comme « faciles ».

  2. La variabilité. Personne ne monte des escaliers à la même vitesse. Vous avez déjà vu deux personnes gravir le même palier en rythme différent ? L’une prend son temps, l’autre enchaîne les marches deux par deux. Le corps s’adapte en fonction de cette variabilité, ce qui renforce la capacité cardiovasculaire bien plus qu’un effort régulier et prévisible.

  3. L’absence de compensation. Quand on court, on peut compenser en haletant, en serrant les poings, en forçant sur les bras. Avec les escaliers, non. Votre corps doit tout donner, sans échappatoire. C’est cette contrainte physique pure qui expliquerait pourquoi les marcheurs d’escaliers ont un risque réduit de mortalité cardiovasculaire, pas seulement de maladies. Les études sur les escaliers sont rares, mais celles qui existent, comme celle publiée dans le Journal of the American College of Cardiology en 2018, montrent que l’effet protecteur persiste même après ajustement pour d’autres formes d’exercice. Autrement dit : même si vous faites du vélo, monter des escaliers ajoute un bénéfice supplémentaire.

Pourquoi les villes comme Montréal résistent mieux aux crises cardiaques ?

Les données de l’Institut de cardiologie de Montréal révèlent une chose simple : les quartiers avec des immeubles sans ascenseur ont des taux d’hospitalisation pour infarctus 15 % plus bas que ceux équipés d’ascenseurs dans les résidentiels. Ce n’est pas une coïncidence. À Paris, où les immeubles haussmanniens imposent des montées interminables, les statistiques cardiaques sont globalement meilleures que dans les villes américaines où les ascenseurs sont la norme, même dans les petits bâtiments.

Pourtant, aucune politique publique ne subventionne les escaliers. Les subventions vont aux pistes cyclables, aux salles de sport municipales, aux programmes de marche en plein air. Personne ne finance la rénovation des cages d’escalier. Pourquoi ? Parce que les escaliers, c’est gratuit, universel et sans lobby. Pas besoin de machines, de moniteurs, de coachs. Juste… des marches.

Le piège des solutions toutes faites

Le problème avec les recommandations sanitaires actuelles, c’est qu’elles misent sur des objectifs quantitatifs : « 150 minutes d’activité modérée par semaine », « 10 000 pas par jour ». Des chiffres qui marchent sur le papier, mais qui ignorent la réalité des corps. À Montréal, une personne âgée qui monte un étage pour aller chercher son courrier dépasse souvent ces seuils sans même s’en rendre compte. Pourtant, cette activité ne sera pas comptabilisée dans les statistiques.

Les escaliers sont l’exercice parfait : il ne demande aucun équipement, aucune motivation préalable, et il s’adapte à tous. Le piège, c’est que les institutions préfèrent promouvoir des activités mesurables et médiatisables, comme le jogging ou le yoga, plutôt que des habitudes banales et invisibles. Résultat : on dépense des millions pour des programmes de prévention cardiaque… alors que la solution est déjà sous nos pieds.

Alors, que faire ?

Si vous habitez un immeuble sans ascenseur, vous avez déjà un avantage. Continuez. Si vous êtes sédentaire, commencez par un étage par jour. Pas besoin de courir. Juste monter. L’important n’est pas la durée, mais la régularité.

Les études futures devront enfin mesurer ce qui se passe vraiment dans les escaliers : la fréquence cardiaque qui monte et descend en dents de scie, les muscles sollicités différemment à chaque volée, la façon dont le cerveau gère l’effort sans filet de sécurité. Car c’est là, dans ces détails, que se joue la différence.

Jusqu’à preuve du contraire, la meilleure machine de cardio reste un palier mal éclairé et une porte qui grince.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie