Pourquoi l’épidémie a duré si longtemps ?
Pas à cause d’un virus plus agressif. Pas à cause d’un traitement qui aurait manqué. À cause des gens. Plus précisément, à cause de ceux qui refusent le vaccin. Selon les données de l’ASPC, les taux de vaccination chez les enfants canadiens sont tombés sous la barre des 90 % dans plusieurs provinces, le seuil minimal pour atteindre l’immunité collective. En Colombie-Britannique, par exemple, seulement 88 % des enfants étaient vaccinés en 2022. Assez pour laisser des brèches. Assez pour que la rougeole, maladie éradiquée dans les années 1990 au Canada, refasse surface.
Et puis il y a les communautés fermées, ces groupes où la méfiance envers les vaccins est systémique. Les Amish de l’Ontario, les communautés autochtones dans le Nord, ou encore les quartiers défavorisés de Montréal : partout où la désinformation circule sans contrôle, la rougeole a prospéré. Un virus stupide, mais efficace. Il suffit d’un voyageur non vacciné pour déclencher une flambée. En 2023, un seul cas importé à Vancouver a contaminé 12 personnes avant que les autorités ne réagissent.
La fin de l’épidémie, mais pas du risque
L’ASPC parle de « fin de l’épidémie ». Traduction : les nouveaux cas sont rares, mais le virus traîne encore. Comme un feu qui s’éteint lentement. Le vrai problème ? Personne ne sait où il se cache. La rougeole peut couver pendant des semaines avant qu’on ne la détecte. Et si un cluster éclate dans une école, une garderie ou un hôpital, les conséquences seront immédiates.
Pire : les stocks de vaccin pourraient ne pas suffire en cas de nouvelle vague. Après deux ans de surutilisation, certaines provinces ont dû puiser dans les réserves fédérales. En 2023, l’Alberta a manqué de doses pendant trois mois. Résultat : des retards dans la vaccination, des enfants non protégés. Une erreur. Une erreur qui pourrait se répéter.
Ce que les autorités ne disent pas
L’ASPC célèbre la fin de l’épidémie. Mais elle évite soigneusement un sujet : les lacs de vulnérabilité qui persistent. Prenez les établissements de santé. En 2022, un foyer de rougeole dans un hôpital de Toronto a contaminé 15 patients et 3 soignants. Pourquoi ? Parce que dans les services pédiatriques, les taux de vaccination du personnel sont inférieurs à 70 % dans plusieurs cas. Un scandale silencieux.
Et puis il y a les adultes. La plupart pensent être immunisés. Ils se trompent. Une étude de l’Université de la Colombie-Britannique a révélé que près de 20 % des adultes canadiens croient à tort être protégés. Résultat : des épidémies chez les jeunes adultes, comme celle qui a frappé une université de Calgary en 2023.
La vraie question : et maintenant ?
La rougeole est partie. Pour de bon ? Pas sûr. Ce qui est sûr, c’est que les autorités ont échoué à combler les failles.
-
La désinformation court toujours. Sur les réseaux, les théories du complot sur les vaccins restent virales. En 2023, une vidéo anti-vaccins a été vue 5 millions de fois au Canada. Personne ne fait rien.
-
Les campagnes de vaccination sont inefficaces. Les affiches dans les CLSC ? Les messages radio ? Ça ne marche pas. Il faudrait du porte-à-porte, des médecins qui parlent directement aux parents, des sanctions pour les refus injustifiés. Rien de tout ça n’est en place.
-
Les politiques publiques sont à la traîne. Plusieurs provinces n’ont pas de plan d’urgence pour une résurgence. L’Ontario, par exemple, n’a pas mis à jour ses protocoles depuis 2019.
Le piège de la fausse sécurité
Le plus dangereux, c’est l’illusion. Maintenant que l’épidémie est terminée, beaucoup vont baisser leur garde. Les parents vont arrêter de se faire vacciner. Les médecins vont moins en parler. Et la rougeole reviendra.
Ce n’est pas une question de si, mais de quand.
Parce qu’un virus comme celui-là, une fois qu’il a goûté à la liberté, il ne lâche pas facilement.