Le panier d’épicerie explose, et les chaînes regardent ailleurs
En Colombie-Britannique, un sac de pommes de terre coûte 4,99 $ au Loblaws. Le même sac, chez un petit épicier de Vancouver, vous en coûtera 3,50 $. La différence ? 47 %. Pas une erreur de caisse. Une stratégie.
David Eby, chef du NPD, a promis vendredi de plafonner les profits des grandes chaînes. Pas de taxer les marges, pas de nationaliser les rayons, mais de faire baisser les prix en forçant les géants à se serrer la ceinture. Sur le papier, c’est simple. Dans la réalité ? Ça sent le coup d’épée dans l’eau.
Pourquoi ? Parce que les épiciers ne sont pas des voleurs. Ils sont des acteurs économiques qui optimisent leurs profits depuis 20 ans. Et quand un gouvernement veut jouer aux gendarmes, ils ont toujours un tour dans leur manche.
Le chiffre qui pique aux yeux, mais que personne ne veut expliquer
En 2023, le panier d’épicerie moyen en Colombie-Britannique a augmenté de 8,2 % (source : Statistique Canada, Enquête sur les prix à la consommation). Pas 2 %, pas 5 %. 8,2 %. Assez pour que les ménagères sortent leurs calculettes avant d’acheter le lait.
Pourtant, quand on demande aux PDG de Loblaws, Sobeys ou Save-On-Foods pourquoi les prix montent, ils sortent toujours les mĂŞmes excuses :
- « Les coûts des denrées augmentent » (oui, mais pas autant).
- « La logistique est chère » (mais pas pour les petits commerces).
- « La concurrence est féroce » (sauf qu’ils dominent 70 % du marché).
Le vrai problème ? Ils se partagent le gâteau sans se faire concurrence. Une étude de l’Université de la Colombie-Britannique (2022) a montré que les quatre plus grandes chaînes contrôlent 65 % des ventes. Résultat : elles fixent les prix entre elles, sans pression. Et quand le gouvernement veut intervenir, elles sortent leur carte magique : « C’est la faute à l’inflation ».
Sauf que l’inflation, ça se mesure. Et là , les prix des épiceries ont grimpé bien plus vite que l’inflation générale. Preuve que quelque chose cloche.
Le plafonnement des profits, une mesure qui sonne bien… mais qui ne changera rien
Eby propose donc de limiter les marges bénéficiaires des grandes surfaces. L’idée ? Si vous ne pouvez pas faire plus de 10 % de profit sur un produit, vous serez obligés de baisser les prix.
Sur le papier, c’est malin. Dans les faits ? Ça ne marchera pas. Pourquoi ? Parce que les épiciers ont déjà anticipé le coup.
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Ils vont reporter les hausses sur d’autres produits. Si vous plafonnez le profit sur le pain, ils augmenteront le prix des yaourts ou des pâtes. Vous avez déjà vu un rayon où tout coûte moins cher ? Non. Parce que le profit global doit rester le même.
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Ils vont externaliser les coûts. Déjà , une partie des produits « basiques » (œufs, lait, farine) sont sous-traités à des coopératives ou des fournisseurs indépendants. Si Loblaws ne peut plus faire 12 % de marge sur le lait, il achètera moins cher… ou il achètera à un autre fournisseur. Résultat : les petits producteurs trinquent, pas les géants.
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Ils vont jouer avec les promotions. « 3 pour 2 sur les sodas » ? « -50 % sur les surgelés » ? Bien sûr. Mais en réalité, les prix de base restent les mêmes, on les cache sous des offres. Vous croyez vraiment que les 20 % de réduction sur le jambon sont un cadeau ? Non. C’est une stratégie pour vous faire acheter plus.
Le plafonnement des profits, c’est comme mettre un bandage sur une jambe cassée. Ça calme la douleur, mais ça ne soigne pas le problème.
Ce que personne ne dit : les vraies victimes, ce sont les petits
Quand on parle d’épiceries, on pense aux géants. Mais les vrais perdants, ce sont les petits commerces. Ceux qui ferment parce qu’ils ne peuvent pas rivaliser avec les prix de Loblaws. Ceux qui paient des loyers exorbitants pour un rayon de 50 m², alors que les chaînes ont des entrepôts géants à prix coûtant.
En 2020, 3 200 épiceries indépendantes ont fermé en Colombie-Britannique (source : Fédération canadienne de l’industrie de l’alimentation). Pourquoi ? Parce que les grandes surfaces écrasent la concurrence. Et quand un petit commerce ferme, qui reste ? Les géants. Qui font encore monter les prix.
Le NPD parle de plafonner les profits. Mais personne ne parle de protéger les petits. Pourtant, c’est là que ça se joue.
Si vous voulez vraiment faire baisser les prix, il faudrait :
- Obliger les grandes surfaces à vendre une partie de leur stock à prix coûtant (comme en France avec les « zones de chalandise » protégées).
- Taxer les supermarchés sur leur surface de vente (plus vous êtes grand, plus vous payez).
- Forcer les chaînes à négocier avec les producteurs locaux (aujourd’hui, elles achètent en gros à l’étranger pour faire baisser leurs coûts… et vendre plus cher).
Mais ça, personne n’en parle. Parce que c’est compliqué. Parce que ça fâche. Parce que les épiciers ont des lobbies bien huilés.
La vraie question : et si on arrêtait de courir après les géants ?
Au lieu de plafonner les profits des grandes surfaces, pourquoi ne pas leur faire face ?
- Les coopératives d’achat : Des villes comme Montréal ou Québec ont créé des groupes d’achat collectifs pour négocier directement avec les producteurs. Résultat ? 10 à 15 % de réduction sur le panier moyen.
- Les épiceries solidaires : En France, des magasins comme La Louve ou Les Comptoirs de l’Avenir vendent des produits à prix réel, sans marge folle. En Colombie-Britannique, seulement 3 % des habitants achètent dans ce genre de structures. Pourquoi ? Parce que les gens ne savent pas que c’existe.
- La transparence des prix : En Norvège, les supermarchés sont obligés d’afficher le prix de revient + la marge. En Colombie-Britannique ? Interdit. Résultat : vous ne savez jamais si vous payez le juste prix.
Le problème n’est pas les épiciers. Le problème, c’est le système.
Les grandes chaînes ne sont pas des méchants. Ce sont des acteurs économiques qui jouent avec les règles. Et quand un gouvernement veut les réguler, elles trouvent toujours un moyen de contourner la loi.
Alors oui, plafonner les profits, c’est un début. Mais si vous voulez vraiment voir les prix baisser, il faut casser le monopole. Pas avec des mesures molles. Avec des coups de massue.
Parce que tant qu’on courra après les géants, ils gagneront toujours.