Une éolienne offshore, ça pèse des milliers de tonnes. Mais ce qui compte, c’est ce qu’on ne voit pas : plusieurs centaines de kilos d’aimants en terres rares, enfouis dans les générateurs. Sans eux, pas de rotation, pas d’électricité. Et ces aimants ? La France n’en produit pas un gramme. Elle les importe, comme tout le monde, de Chine. Sauf que Pékin contrôle 80 % de la raffinerie mondiale depuis les années 1980. Et que l’Europe, enfin, commence à réagir, trop tard pour la France, qui a laissé filer l’occasion.
L’éolienne, ce monstre dépendant
Prenez une turbine offshore comme celles du parc de Saint-Nazaire. 150 tonnes d’aimants pour 80 éoliennes. Des aimants en néodyme, dysprosium, terbium, des terres rares dont la Chine extrait, affine et vend à prix d’or. Un kilo de néodyme pur coûte 120 euros. Sans ces métaux, pas de champ magnétique assez puissant pour faire tourner les pales à grande vitesse. Résultat : l’Europe importe 98 % de ses terres rares, selon l’ADEME. La France ? Zéro raffinerie, zéro mine en exploitation.
Pourtant, on nous vend des éoliennes comme la solution verte par excellence. Sauf que leur bilan carbone inclut aussi celui des camions chinois qui transportent ces aimants. Et que si Pékin décide demain de couper les exportations ? Adieu, votre parc éolien.
L’Europe se réveille, la France dort
En 2023, l’UE a enfin lancé Caremag, un projet pour extraire et raffiner des terres rares en Finlande et en Suède. Objectif : sortir de la dépendance chinoise d’ici 2030. Trop tard pour la France, qui a fermé sa dernière raffinerie en 2015, à La Rochelle. Aujourd’hui, on importe même les aimants pour les éoliennes françaises depuis la Chine.
Pourquoi ? Parce que raffiner des terres rares, c’est sale, cher et compliqué. Les procédés chimiques utilisent des acides corrosifs, et le rendement est faible. Un kilo de terres rares raffinées = 10 kilos de déchets toxiques. Personne ne veut de ça dans son jardin. Sauf la Chine, qui a tout centralisé.
Le piège des subventions européennes
Bruxelles a injecté 1,8 milliard d’euros dans les énergies vertes depuis 2020. Problème : ces milliards ne financent pas la souveraineté industrielle. Ils servent à installer des éoliennes… dont les composants critiques viennent de Chine. Une dépendance qui ne dit pas son nom.
Prenez le projet More en Norvège, qui veut extraire des terres rares dans l’Arctique. La France ? Elle regarde ailleurs. Pourtant, on a bien une mine de terres rares à Montredon-Labessonnié, dans le Tarn. Mais elle dort. Fermée depuis 2018, elle pourrait redémarrer… si on avait la volonté politique. Spoiler : on ne l’a pas.
Ce que personne ne dit sur les éoliennes
Les écologistes adorent les parcs éoliens. Sauf qu’ils ignorent souvent leur face cachée. Ces centaines de kilos d’aimants chinois, c’est aussi un risque géopolitique. Si la Chine décide de restreindre ses exportations (comme elle l’a fait en 2010 pour le gallium), les éoliennes européennes s’arrêtent net.
Et puis, il y a la question du recyclage. Aujourd’hui, on ne recycle presque pas les aimants des éoliennes. Résultat : dans 20 ans, on aura des montagnes de déchets électroniques… et toujours besoin de terres rares. Le cercle vicieux.
La France a raté le train
En 2009, Areva (devenu Orano) avait un projet de raffinerie à Brouckerville, en France. Aujourd’hui ? Rien. Pendant ce temps, la Chine construit des usines géantes. En 2022, elle a produit 140 000 tonnes de terres rares, soit 60 % de la demande mondiale.
L’Europe, elle, traîne. Caremag ne sera opérationnel qu’en 2030. Trop tard pour les éoliennes déjà installées. Trop tard pour la France, qui n’a même pas essayé de se lancer.
Et après ?
On peut continuer à importer des éoliennes chinoises. Ou on peut se réveiller. Mais attention : la souveraineté industrielle, ça ne se décrète pas. Ça demande des usines, des ingénieurs, des risques financiers. La France a choisi la facilité. Résultat : elle dépendra encore des aimants chinois dans 10 ans.
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : la transition énergétique française a un trou noir. Il s’appelle Chine.