Le samedi 10 octobre 2026, Engis va accueillir son premier Salon de la santé. À l’école et au centre culturel de Hermalle-sous-Huy. L’idée ? Regrouper sous un même toit médecins, infirmiers, kinés, psychologues et même des associations spécialisées dans les maladies chroniques. Le tout pour que les habitants, surtout ceux des quartiers éloignés ou moins aisés, puissent enfin voir des professionnels sans rendez-vous et sans file d’attente. Sauf que voilà : ce salon, c’est l’échevine en charge de la santé, une infirmière de formation, qui l’a monté. Parce qu’elle en avait marre de constater, encore et encore, que les gens ne savaient même pas où aller pour se faire soigner. Pas par paresse. Par ignorance. Ou par désillusion : « On leur dit qu’il faut prendre rendez-vous trois semaines à l’avance, qu’il n’y a plus de places, que le médecin généraliste a fermé son cabinet… Du coup, ils reportent. Et quand ils reportent trop, c’est trop tard. » Elle cite l’exemple d’un patient diabétique qu’elle a croisé il y a deux mois : il avait une plaie infectée depuis six semaines, mais il n’osait pas se rendre aux urgences parce qu’il avait entendu dire que c’était « pour les urgences vraies ». Résultat : hospitalisation en urgence, antibiotiques à haute dose, et une facture qui va lui coller au cul pendant des années. Ce genre d’histoire, elle en a des caisses.
Un salon pour quoi faire, exactement ?
Officiellement, c’est pour « démocratiser l’accès aux soins ». Officieusement, c’est pour faire pression sur les pouvoirs publics. Parce que le problème à Engis, comme ailleurs en Wallonie, ce n’est pas l’absence de professionnels. C’est leur dispersion. Les cabinets sont saturés, les maisons médicales ferment faute de moyens, et les centres de santé mentale ? On attend encore. Le salon, c’est un peu un coup de pied dans la fourmilière.
Mais attention : ce n’est pas un guichet unique. Pas une permanence gratuite. Pas non plus un lieu où l’on va vous soigner sur place. Non. C’est un espace où l’on va vous orienter. Où l’on va vous dire : « Allez voir untel, il a une place libre ce matin. Ou alors, essayez la maison médicale de X, ils prennent les urgences aujourd’hui. » Bref, un annuaire humain. Sauf que les annuaires, ça ne marche que si tout le monde y croit.
Et là , c’est le hic. Parce que les associations locales, elles, ne sont pas convaincues. Elles disent : « Un salon, c’est bien. Mais un salon, ça dure une journée. Après ? Les gens reviennent chez eux, et ils retombent dans le même système. » Elles pointent du doigt le vrai problème : le manque de structures pérennes. À Engis, comme dans 90 % des communes wallonnes, il n’y a pas assez de lits en maison de repos, pas assez de places en centre de santé mentale, et les médecins libéraux, eux, sont à bout. Selon une étude de l’Union des Classes Moyennes (UCM) publiée en 2023, 42 % des médecins généralistes en Wallonie envisagent de prendre leur retraite dans les cinq prochaines années, faute de relève et de conditions de travail supportables. À Engis, le taux de remplacement est de 15 %. Autrement dit : sur dix médecins qui partent, un seul est remplacé. Le reste ? On se débrouille comme on peut.
Ce que le salon ne dit pas
Le salon, c’est l’histoire d’une échevine qui a voulu agir. Point. Mais ce qu’on ne vous dira pas, c’est que ce genre d’initiative, ça part souvent d’une bonne intention et ça finit en coup d’épée dans l’eau. Parce que derrière les stands, derrière les flyers, derrière les sourires des infirmières qui vous expliquent où aller, il y a une réalité : le système de santé wallon est à la ramasse.
Prenez les soins dentaires. À Engis, il n’y a qu’un seul dentiste pour 3 500 habitants. Les urgences ? Le CHU de Liège est saturé, et les cliniques privées refusent souvent les patients non assurés ou en attente de prise en charge. Résultat : les gens reportent. Ils attendent. Ils se soignent avec des médicaments périmés achetés en ligne. Et quand enfin ils osent se rendre quelque part, c’est trop tard.
Le salon, c’est un pansement sur une jambe de bois. Une journée pour rappeler aux gens que des solutions existent. Mais une journée, ça ne change rien à la structure. À moins que ça ne devienne un levier politique. Et là , c’est toute la question. Parce que pour que ça marche, il faudrait que les élus locaux utilisent ce salon comme un argument pour réclamer plus de moyens, plus de places, plus de médecins. Sauf que les élus, eux aussi, sont à la ramasse.
Le vrai défi : faire bouger les lignes
L’échevine en charge du projet le sait : un salon, ça ne suffit pas. Il faudrait une permanence permanente. Un lieu où les gens pourraient venir sans rendez-vous, où ils seraient accueillis par du personnel formé, où ils auraient accès à des consultations rapides pour les petits bobos comme pour les gros soucis. Bref, une maison de santé communautaire.
Sauf que pour ça, il faudrait de l’argent. Des locaux. Du personnel. Et surtout, une volonté politique. Parce que jusqu’à présent, les communes wallonnes se sont contentées de faire avec ce qu’elles avaient. Résultat : des déserts médicaux, des listes d’attente interminables, et des habitants qui finissent par se dire que ça ne sert à rien d’y aller. Le salon d’Engis, c’est un premier pas. Mais un premier pas, ça ne fait pas un marathon.
Ce qui est sûr, c’est que si ce salon marche, si les gens viennent en masse, si les professionnels y voient un intérêt, alors ça pourrait servir d’exemple. Peut-être que d’autres communes suivront. Peut-être que les pouvoirs publics finiront par comprendre que la santé publique, ça ne se gère pas avec des chiffres et des rapports, mais avec des gens qui ont besoin d’aide maintenant.
Et après ?
Le 10 octobre 2026, Engis va faire son salon. Les stands seront remplis, les flyers distribués, les sourires partagés. Mais dans six mois, où en sera-t-on ?
Ce qui est certain, c’est que si rien ne change après cette journée, alors le salon n’aura servi à rien. Sauf à rappeler une évidence : la santé, ça ne se négocie pas. Ça se défend. Et pour ça, il faut plus que des bonnes intentions. Il faut des actes. Des vrais. Pas des coups d’épée dans l’eau.
Le dernier mot ? À Engis, on a compris le problème. Maintenant, il faut passer à l’étape suivante. Sinon, tout ça, ce ne sera qu’un joli salon… qui ne changera rien.