Empathie nommé neuf fois, mais son vrai problème reste ignoré

*Empathie* cartonne aux Gémeaux avec neuf nominations, mais derrière les applaudissements, une question reste sans réponse : pourquoi une série aussi audacieuse sur la santé mentale se heurte encore aux mêmes vieux tabous ?

Publié le 13 septembre 2026 à 22:00
Empathie nommé neuf fois, mais son vrai problème reste ignoré

Le chiffre qui fausse tout

9 nominations. C’est le score d’Empathie aux Gémeaux. Assez pour faire la une des quotidiens, assez pour que les acteurs sourient en interview, assez pour que les producteurs parlent de « consécration ». Sauf que ce chiffre cache quelque chose : personne ne sait combien ça coûte, vraiment, de faire une série comme ça. Pas les médias. Pas les diffuseurs. Pas même les créateurs, à en croire les rumeurs.

Empathie, c’est 10 épisodes, 10 heures de fiction qui parlent de santé mentale sans filtre. Pas de happy end facile, pas de psychologue qui arrive à la dernière minute pour sauver le héros. Juste des gens qui déconnent, qui s’enferment, qui explosent. Et ça, au Québec, c’est un budget à part. Parce que pour tourner des scènes où un personnage hurle dans un corridor d’hôpital, il faut des décors qui tiennent la route. Des acteurs qui savent jouer la folie sans tomber dans le cliché. Et des techniciens prêts à gérer les caprices des scènes de crise.

Or, les chiffres officiels ? Ils n’existent pas. Pas de rapport public de Radio-Canada ou de Super Écran. Juste des estimations : entre 1,2 et 1,5 million par épisode. Soit presque deux fois plus cher qu’une série policière classique. Alors comment Empathie a survécu ? Réponse : en misant sur l’audience. Et là, c’est le vrai sujet.

L’audience qui ment

Les audiences, c’est le seul langage que comprennent les diffuseurs. Empathie a cartonné : 1,2 million de téléspectateurs par épisode sur ICI Télé. Un score exceptionnel pour une série québécoise. Sauf que personne ne dit que c’est grâce à qui.

Les données de Numeris (l’organisme qui mesure les audiences au Québec) montrent une chose claire : Empathie attire surtout les 25-49 ans. Ceux qui ont déjà frôlé la crise, ceux qui connaissent quelqu’un qui a craqué. Pas les baby-boomers, pas les ados. Juste les adultes qui savent de quoi on parle.

Pourtant, quand on demande aux producteurs pourquoi ils n’en font pas plus de séries comme ça, ils répondent toujours la même chose : « Le public n’est pas prêt. » Traduction : « On n’ose pas investir, parce qu’on ne sait pas si ça marchera. » Sauf que Empathie marche. Alors pourquoi on en reste à un seul projet ?

La réponse, c’est simple : parce que les diffuseurs ont peur. Peur de se planter. Peur de perdre de l’argent. Peur de devoir justifier un budget auprès d’actionnaires qui ne comprennent pas. Alors ils préfèrent miser sur du déjà-vu. Des comédies légères, des drames familiaux sans prise de tête. Rien qui bouscule. Rien qui force à réfléchir.

Le vrai enjeu : la santé mentale, enfin à l’écran ?

Empathie, c’est la première série québécoise à aborder la santé mentale sans édulcorer. Pas de psychologue miracle, pas de fin heureuse. Juste des personnages brisés, et des solutions qui existent (mais qu’on ne montre presque jamais).

Pourtant, quand on regarde les autres productions récentes, on se rend compte d’un truc : presque aucune série ne parle vraiment de ça. Pas Les Parent, pas 19-2, pas Les Invincibles. Juste des histoires où tout finit bien, où les personnages sont solides, où personne ne sombre.

Pourquoi ? Parce que c’est plus facile. Parce que ça coûte moins cher. Parce que les scénaristes ont peur de se tromper. Parce que les diffuseurs ont peur de se faire engueuler par des associations qui trouvent que c’est « trop dur ».

Sauf qu’Empathie prouve que le public est prêt. Alors pourquoi on n’en fait pas plus ?

La réponse, c’est dans les chiffres. Une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2022 montre que 1 Québécois sur 5 a déjà souffert d’un trouble anxieux ou dépressif. Un sur cinq. Pas un sur dix. Pas un sur vingt. Un sur cinq.

Alors oui, Empathie mérite ses nominations. Mais ce qui est vraiment dommage, c’est qu’elle reste une exception. Une belle exception, mais une exception quand même.

Ce que les Gémeaux ne récompensent pas

Le 13 septembre, Florence Longpré et son équipe vont monter sur scène. Ils vont sourire. Ils vont remercier. Et après ? Rien ne changera.

Parce que les Gémeaux, c’est comme les Oscars : ça donne une patine de légitimité, mais ça ne bouge pas les lignes. Empathie a prouvé qu’une série sur la santé mentale pouvait marcher. Alors pourquoi on n’en voit pas d’autres ?

Parce que l’industrie a peur. Peur de l’inconnu. Peur de se planter. Peur de devoir justifier des budgets plus élevés. Peur de devoir affronter des sujets qui dérangent.

Alors on reste dans le confort. Dans les séries où tout va bien. Où les personnages sont parfaits. Où personne ne crie, ne pleure, ne se casse.

Sauf que la vraie vie, elle, elle n’est pas comme ça. Et Empathie, c’est la seule qui ose le montrer. Pour l’instant.

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R Galaxie Rédaction

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